Appel à contribution – Outils, ustensiles et accessoires. Les objets de la vie quotidienne en cuivre, bronze et laiton du Moyen Âge à l’époque moderne (XIIIe – XVIIe siècle)

9 décembre 2016

Organisateur : Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines – Laboratoire DYPAC (Dynamiques Patrimoniales et Culturelles) en partenariat avec la Fondation des Sciences du Patrimoine (LabEx Patrima).

Responsable : Anne-Clothilde Dumargne – doctorante UVSQ histoire médiévale.

Depuis quelques années de nombreuses études ont renouvelé nos connaissances sur l’environnement domestique médiéval et moderne, qu’il s’agisse de l’architecture de l’habitat (rural et urbain), de son aménagement intérieur et extérieur, de ses méthodes de construction ou de sa gestion. Elles nous ont éclairé sur les pratiques de vie quotidiennes rythmant la naissance, la vie et la mort des individus, leurs occupations pour se divertir ou entretenir leurs liens sociaux, sur la dévotion individuelle qui les anime, les manières dont ils mangent, dorment, se lavent, s’habillent, travaillent et les causes et conséquences sociales, culturelles, économiques ou politiques qui y président et en découlent.

Autant de pratiques, de tâches ou d’activités rendues inutiles ou impossibles sans le recours à l’outil, à l’ustensile ou à l’accessoire. Très courants, facilement accessibles et généralement sans grande valeur, ils ne semblent avoir bénéficié d’aucun statut spécifique dans le quotidien médiéval ou moderne à en juger par les omissions fréquentes dont ils font l’objet dans les inventaires de biens après décès. L’usage d’alliages de cuivre pour la fabrication de ces objets usuels semble pourtant nuancer cette apparente désinvolture à leur égard. Plus encore que l’emploi de matériaux « qui durent », aisément compréhensible au regard de l’usage auquel ils sont destinés, le choix du cuivre, du laiton ou du bronze semble distinguer à la fois l’objet et son propriétaire. Plus esthétiques que le fer ou l’étain, plus résistants que le bois ou le verre et plus économiques que l’argent ou l’or, ces matériaux semblent avoir engendré des conditions favorisant ou restreignant l’utilisation des objets en fonction de divers prérequis comme le genre, le rang, l’âge, les mœurs, les contraintes physiques ou institutionnelles, les croyances ou encore la temporalité. La couleur du laiton par exemple, parce qu’elle imite celle de l’or, pouvait tout aussi bien servir le faste des élites lors des banquets d’apparat que de plus humbles occupants garnissant leurs chapelles privées des objets à leur disposition pour leur conférer la même symbolique que celle que leur attribuait l’Église.

Le caractère généralement sériel de ces objets, tout comme la multiplicité des modèles existants ont sans doute contribué au peu d’intérêt manifesté par les chercheurs pour ce domaine de recherche ces dernières années, rebutés probablement par la perspective d’un travail de collecte fastidieux et peu documenté. En effet, la dispersion des objets, l’inégalité du nombre d’exemplaires conservés en fonction du type d’objet étudié et l’état de conservation sont autant de problématiques qui rendent leur étude malaisée. Ces particularités en font aussi des objets qui posent un certain nombre de problèmes de recontextualisation pour deux raisons essentielles : l’absence récurrente de marques ou d’inscriptions permettant facilement de les dater ou d’identifier leur fabricant et le peu de sources historiques dont on dispose pour les documenter. En effet, si les représentations iconographiques et certaines sources écrites permettent d’attester la présence, l’usage et la diversité des modèles et des formes de ces objets domestiques, elles s’avèrent très insuffisantes lorsqu’il s’agit par exemple d’aborder des problématiques techniques ou économiques. C’est pourquoi, les processus de commande tout comme l’évaluation du prix d’une de ces pièces à une époque donnée est généralement très difficile. La mise en évidence des techniques utilisées ou des pratiques d’atelier l’est tout autant.

La popularité actuelle de certains de ces objets sur le marché de l’art explique aussi peut-être dans une moindre mesure le peu de crédit accordé par la France à ce champ de recherche, réservé plus volontiers aux amateurs d’art populaire qu’à la recherche scientifique. Pourtant les musées peuvent aujourd’hui difficilement ignorer ces objets, qu’ils conservent parfois en très grand nombre, compte tenu des enjeux patrimoniaux et matériels auxquels ces derniers se prêtent et qui retiennent de plus en plus l’attention des chercheurs. L’intérêt ranimé de la communauté scientifique internationale pour le concept de « culture matérielle » ces vingt dernières années encourage en effet le renouvellement des perspectives et des problématiques liées à l’objet domestique en tant que domaine de recherche à part entière.

À l’instar des récents colloques organisés au Château de Caen les 9 et 10 octobre 2015, « La culture matérielle : un objet en question », ou à la Duke University les 19 et 20 février 2016, « Representations of the Ordinary, North Carolina Colloquium in Medieval and Early Modern Studies », l’étude de la vie quotidienne d’un point de vue historique ou archéologique où l’objet n’était considéré que comme une source possible d’information est clairement remise en question. En tant que témoin matériel d’un artisanat, de techniques, de gestes, d’échanges, d’usages communs ou spécifiques ou de consommation, les objets ordinaires, parents pauvres des recherches historiques, doivent être envisagés comme des sources de premier plan.

Devant la pauvreté historique et historiographique de l’étude du quotidien des sociétés anciennes et la nature des objets – souvent anonymes et trop communs pour être distingués – le recours à l’association de diverses méthodologies (comme par exemple l’analyse physico-chimique des matériaux, la comparaison morphologique, l’étude des collections, l’élaboration de typologies, le dépouillement des archives, la recherche iconographique, l’exploitation des données archéologiques) est véritablement porteuse de nouvelles perspectives de recherche.

L’initiative de cette journée d’étude se base donc sur deux constats : l’étude des objets usuels et utilitaires de la vie domestique des périodes anciennes peine encore à trouver en France une place légitime dans l’historiographie, en grande partie à cause de leur méconnaissance. Par ailleurs, la difficulté de retracer l’histoire de ces objets, de la conception à l’utilisation au quotidien, voire à leur disparition, et d’en apporter les preuves matérielles nous contraint souvent à avoir recours à l’interdisciplinarité pour tenter d’apporter des réponses concrètes aux problématiques qu’ils posent. Cette journée a donc pour ambition de présenter et de confronter les méthodes, les études et l’état des connaissances qu’ils appartiennent au domaine historique, artistique, iconographique, archéologique, technique, économique ou encore scientifique, et d’en considérer les mérites, les faiblesses, les limites ou les innovations.

Parmi les thématiques qui pourront être abordées mais auxquels les participants ne sont pas limités :

Axe 1. La fabrique des objets en cuivre, bronze et laiton : contexte, milieu et enjeux de l’élaboration des objets domestiques.

  • Les techniques de fabrication mises en œuvre
  • Localisation, description et fonctionnement des ateliers
  • Diversité des marchandises ; polyvalence des artisans
  • Le recours au modèle dans le processus de création des objets au regard de la
    diversité des formes.
  • Mise en évidence de formes, thèmes ou décors locaux suggérant l’identification
    d’un atelier
  • Production sérielle ? production standardisée ?

Axe 2. Usages, circulation et économie

  • Utilisation et usages: évolution de l’usage de l’objet, ses réemplois ou son adaptation à un contexte précis ; évolution morphologique par rapport à sa fonction, réutilisation des formes ou des motifs appliquée au contexte domestique
  • Pratiques symboliques / pratiques spécifiques
  • La circulation des objets domestiques : itinéraires, échanges et acteurs du
    commerce de la vie matérielle
  • Commandes, contrats et acquisitions des objets utilitaires : comment mesurer
    l’offre et la demande ? ; la valeur économique des objets usuels
  • Les lieux de l’économie domestique : les foires et marchés ; la dynamique de la
    boutique comme lieu plurifonctionnel.

Axe 3. La place et le statut de l’objet dans la maison médiévale et moderne

  • Représentation de l’objet et sa réalité matérielle
  • Manière d’habiter : confort, bien-être et sécurité
  • Objets affichés, objets dissimulés : objets utilitaires et fierté domestique
  • Quelles perceptions de l’objet domestique ? : inventaires après décès, manuels de vie pratique, traités de vie domestique, etc.

Modalités de soumission :

La participation de jeunes chercheurs (doctorants et post-doctorants) est vivement encouragée. Les propositions de communication accompagnées d’un argumentaire d’une dizaine de lignes, d’un titre et d’une brève bibliographie sont à envoyer au plus tard le 30 septembre 2016 à Anne-Clothilde Dumargne (a.c.dumargne@gmail.com). Les communications n’excèderont pas 30 minutes.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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