Appel à contribution – Reconstruire / restaurer Rome. La rénovation des bâtiments et des espaces de la ville comme politique urbaine, de l’Antiquité à nos jours – Rebuilding / Restoring Rome. The Renewal of Buildings and Spaces as Urban Policy, from Antiquity to the Present

English version below

30-31 octobre 2019, Rome
École française de Rome, Sapienza Università di Roma

Partout dans Rome, les monuments sont couverts d’inscriptions, antiques ou modernes, qui ne rapportent pas uniquement le nom de leur constructeur, mais célèbrent leur restauration. À l’image de Sixte IV, les papes urbanistes du Quattrocento et du Cinquecento se sont présentés avant tout comme des restaurateurs, quand bien même ils modernisaient la ville. Ce n’est pas une spécificité de la Renaissance : les empereurs antiques se voulaient déjà des reconstructeurs, tels Auguste réparant tous les temples délabrés de la Ville d’après les Res Gestae ou Septime Sévère, Restitutor Vrbis d’après son monnayage. Sans multiplier les exemples, il semble que Rome soit une ville qu’il faille sans cesse restaurer, reconstruire, faire renaître. Dans la veine des études sur le patrimoine et la mémoire dans l’espace urbain, sur la résilience des villes après des catastrophes, de plus en plus d’historiens s’intéressent à la question de la restauration. Cette rencontre a pour but d’étudier comment, durant toute l’histoire de Rome, de l’Antiquité au XXIe siècle, les notions de restauration ou de reconstruction ont été à la fois un moteur de l’urbanisme romain, un programme politique des pouvoirs publics et un idéal partagé ou non par les différents acteurs de la ville.

Ce colloque se propose d’envisager trois pistes de réflexion. La première consiste en la mise en évidence et l’examen de programmes de restauration ou reconstruction de la ville de Rome et de ses monuments. Il s’agirait d’en évaluer l’ampleur, parfois en confrontant les projets et les réalisations effectives, mais aussi de prêter attention aux modalités concrètes de leur mise en œuvre : financement des travaux, déroulement des chantiers, création d’outils spécifiques. Les aspects les plus paradoxaux, comme les destructions commises au nom de la restauration ou la modernisation présentée sous couvert d’un retour à un état ancien, seront bienvenus. On se demandera de même si, à l’inverse, l’idée de rénovation a pu constituer un frein à la mise en œuvre d’une réelle restructuration urbaine. Les cas les plus éclairants seront donc privilégiés, en gardant une approche à l’échelle de la ville ou du quartier plutôt qu’en examinant tel ou tel édifice particulier.

Le deuxième enjeu est celui des significations politiques de la reconstruction de Rome. Dans quelle mesure et selon quelles modalités les projets de restauration entrent-ils en résonance avec des programmes politiques plus généraux, par exemple le rétablissement de l’État et des traditions sous les empereurs romains, le raffermissement du pouvoir pontifical aux époques médiévale et moderne ou encore la redécouverte de la Rome classique (républicaine ou impériale) de la «période Française » au régime fasciste ? Quel est le lien entre la dimension pratique, concrète et les valeurs symboliques de cette restauration ? S’agit-il toujours de tendre vers un même idéal, de revenir à une même époque ? Ces questions sont intimement liées à la manière dont l’idée de Rome a pu évoluer, dès l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui. On évitera néanmoins une lecture trop métaphorique de la notion de restauration, de renaissance ou de retour au passé : les communications proposées devront toujours mettre en relation les idéologies avec des travaux effectifs ou du moins des projets de rénovation matérielle.

Enfin, le dernier axe à envisager est celui des relations entre les projets de reconstruction et les différents acteurs de la ville (pouvoir central, municipal ou spirituel, experts, habitants, etc.) ce qui revient à prendre en compte les revendications, les conflits, les résistances. Dans une certaine mesure, l’exigence de retour à une forme ancienne de la Ville peut être une demande de certains habitants face aux projets édilitaires des papes, aux politiques de modernisation des pouvoirs publics ou aux transformations induites par les impératifs économiques. Les humanistes, comme Flavio Biondo, appellent ainsi à protéger Rome contre la violence de ses propres habitants et des papes eux- mêmes ! L’idée que les Romains auraient été dépossédés de leur propre cité et, partant, de leur propre passé, devient un lieu commun dès la fin du Moyen Âge. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, des associations de protection du patrimoine (comme Italia Nostra) et des intellectuels (comme Antonio Cederna) ont contribué à l’émergence d’une revendication sur le démantèlement des aménagements fascistes de l’area centrale de Rome, pour mieux mettre en valeur le patrimoine historique. On examinera ainsi qui sont les promoteurs et les destinataires du geste de restitution.

Les participants sont également invités à prêter attention dans leur communication à la terminologie et aux concepts utilisés : il conviendra d’interroger et d’historiciser les termes de reconstruction, restauration, rénovation, restitution, etc., en se demandant s’ils sont interchangeables ou s’ils ont une signification spécifique, tant dans les sources que dans les catégories forgées par les historiens. Cette rencontre permettra de réfléchir aussi bien à la production de l’espace urbain qu’aux discours sur la ville.

Informations pratiques :

Le colloque, organisé dans le cadre des activités du LIA Mediterrapolis – Espaces urbains, mobilités, citadinités. Europe méridionale-Méditerranée. XVe-XXIe siècle, et co-financé par le Centre Roland Mousnier, se tiendra les 30 et 31 octobre 2019 à l’École française de Rome et à Sapienza Università di Roma. Les communications sont acceptées en anglais, français ou italien.

Les propositions de communication (500 mots) seront à envoyer avant le 1er février 2019, accompagnées d’une brève bio-bibliographie (150 à 200 mots), à l’adresse suivante: reconstruire.rome@gmail.com.

Les participants bénéficieront d’un hébergement à l’École française de Rome ainsi que d’une contribution aux frais de transport.

Une sélection des communications sera prise en compte pour une éventuelle publication.

Comité d’organisation
Bruno Bonomo (Sapienza Università di Roma), Charles Davoine (École française de Rome), Cécile Troadec (École française de Rome)

Comité scientifique
Martin Baumeister (Deutsches Historisches Institut in Rom), Bruno Bonomo (Sapienza Università di Roma), Sandro Carocci (Università di Roma Tor Vergata), Amanda Claridge (Royal Holloway, University of London), Charles Davoine (École française de Rome), Chiara Lucrezio Monticelli (Università di Roma Tor Vergata), Jean-Claude Maire Vigueur (Università Roma Tre), Cécile Troadec (École française de Rome), Vittorio Vidotto (Sapienza Università di Roma), Maria Antonietta Visceglia (Sapienza Università di Roma)

Rebuilding / Restoring Rome.
The Renewal of Buildings and Spaces as Urban Policy, from Antiquity to the Present

30-31 October 2019, Rome
École française de Rome, Sapienza Università di Roma

Everywhere in Rome, monuments are covered with ancient or modern inscriptions that not only contain the name of the original builder but also commemorate their restoration. Popes from the Quattrocento and Cinquecento who acted as urban planners, such as Sixtus IV, presented themselves as ‘restorers’, even when they were actually modernising the City. This phenomenon is not restricted to the Renaissance period: many Roman emperors already claimed to be rebuilders, such as Augustus who repaired all the damaged temples of Rome according to the Res Gestae, or Septimius Severus who was called Restitutor Vrbis on his coinage. Rome thus seems to be a city that constantly needs to be restored, rebuilt, born again. In the vein of the studies on urban heritage and memory and on cities’ resilience after disasters, more and more historians are interested in the question of restoration. This conference aims to investigate how the notions of restoration and rebuilding were a driving force of Rome’s urban transformation throughout its history, from Antiquity to the 21st century, as well as a political program put forward by the authorities and an ideal more or less shared by the different key actors of the city.

Three aspects of this topic will be discussed. First, the conference will analyse the rebuilding and restoration programs of Rome and its main monuments. We shall consider the scope of these programs, compare the main objectives of the projects and their actual realisation, and examine the concrete aspects of their implementation (funding, construction operations, use and creation of specific tools, etc.) The more paradoxical aspects, such as destroying in order to restore or presenting modernisation as a return to the past, will be welcome. We shall also enquire whether the ideal of renovation was an obstacle to a broad urban restructuration. We invite speakers to look at paradigmatic cases, and to keep a view on the city or district scale rather than narrowly focusing on a single building.

The second aspect concerns the political implications of Rome’s rebuilding. To what extent and in which ways did restoration projects fall within more general political programs, as for example the restoration of the State and its political traditions under the Roman emperors, the reinforcement of papal authority during the medieval and modern periods, or the recreation of classic Rome (republican or imperial) from the ‘French period’ to the fascist regime? What are the connections between the practical and the symbolic dimensions of restoration? Is the purpose always to tend toward the same ideal, to get back to the same period? All these questions are closely related to how
the very idea of ‘Rome’ has evolved, from Antiquity to the present. Nevertheless, speakers should avoid a purely metaphorical understanding of the notions of ‘restoration’, ‘rebirth’ and ‘return to the past’: all the papers should connect ideologies and policies with actual interventions or at least projects of material renewal.

Finally, we would like to examine the relationships between rebuilding projects and urban actors (central, municipal or spiritual powers, public experts, inhabitants, etc.) taking into account claims, resistances and conflicts. The wish to return to a previous or idealised form of the city was sometimes a demand expressed by the inhabitants of Rome in response to urban transformations initiated by the popes or the public authorities or caused by economic imperatives. Some humanists, such as Flavio Biondo, even wanted to protect Rome from the ‘violence’ of its own population, and from the popes themselves! At the end of the Middle Ages, the idea that the Romans had been stripped of their own past became a topos. In the second half of the 20th century, associations devoted to heritage preservation like Italia Nostra and intellectuals like Antonio Cederna petitioned for the dismantlement of the fascist urban design of Rome’s area centrale, in order to enhance its historical heritage. More broadly, we shall examine who were the initiators of these restorations, and whom these projects were to benefit.

Speakers are also invited to pay attention to vocabulary and concepts. We will interrogate and historicise the terms of ‘rebuilding’, ‘restoration’, ‘renewal’, ‘restitution’, etc. Are these terms interchangeable or do they have very specific meanings, both in the sources and in the categories used by historians? This conference will provide an opportunity to reflect simultaneously on the production of urban space and on the discourses about the city.

***

This conference is part of the activities of the LIA Mediterrapolis – Espaces urbains, mobilités, citadinités. Europe méridionale-Méditerranée. XVe-XXIe siècle, and is co-financed by the Centre Roland Mousnier.

The conference will be held at the Ecole française de Rome and Sapienza Università di Roma, on 30- 31 October 2019. Papers are accepted in English, French and Italian.

Paper proposals (500 words) should be sent by 1 February 2019, together with a brief bio- bibliography (150-200 words), at the following email address: reconstruire.rome@gmail.com.

The École française de Rome will provide accommodation to the selected speakers and contribute to their travel expenses.

A selection of papers from the conference might be considered for publication in a journal or edited book.

Organizing Committee
Bruno Bonomo (Sapienza Università di Roma), Charles Davoine (École française de Rome), Cécile Troadec (École française de Rome)

Scientific Committee
Martin Baumeister (Deutsches Historisches Institut in Rom), Bruno Bonomo (Sapienza Università di Roma), Sandro Carocci (Università di Roma Tor Vergata), Amanda Claridge (Royal Holloway, University of London), Charles Davoine (École française de Rome), Chiara Lucrezio Monticelli (Università di Roma Tor Vergata), Jean-Claude Maire Vigueur (Università Roma Tre), Cécile Troadec (École française de Rome), Vittorio Vidotto (Sapienza Università di Roma), Maria Antonietta Visceglia (Sapienza Università di Roma)

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
Cet article a été publié dans Appel à contributions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.