De l’assassinat du roi Eric V de Danemark dans une grange près de Viborg, dans la nuit du 21 au 22 novembre 1286, par une dizaine d’aristocrates qui le lardent de quelque cinquante-six coups de dague, au meurtre nocturne d’André de Hongrie, torturé, puis pendu à la balustrade sur laquelle donnait sa chambre au château d’Aversa, le 18 septembre 1345, en passant par la mort d’Hugues le Despenser, amant du roi d’Angleterre Edouard II, pendu, traîné sur une claie, éviscéré et équarri sur l’ordre de la reine Isabelle, le 24 novembre 1326, les exemples de la plus extrême violence contre les corps ne sont pas rares à l’encontre du prince, mais aussi de son entourage à la fin du Moyen Age.
Depuis les travaux de Norbert Elias, les cours sont souvent présentées comme des lieux structurants, disciplinant les comportements individuels et collectifs, réfrénant autant que possible l’expression des passions, voire des pulsions. Ce modèle a certes été depuis revisité et redimensionné par historiens et sociologues qui ont montré que la cour de Louis XIV ne pouvait être prise comme paradigme absolu de tels phénomènes. Reste que la cour demeure un espace de contraintes multiples, de contrôle des gestes et des affects : en favorisant l’expression de certaines émotions au détriment d’autres, refrénées, cachées, voire censurées, la cour apparaît toujours comme un des lieux de codification des sens. Elle intègre de ce fait des formes de violence ritualisées ou strictement définies, joutes oratoires, luttes physiques, punitions des crimes, etc., qui se veulent des moments positifs de célébration d’une violence, qui a alors de fortes valeurs
didactiques.
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Mais la cour est aussi une « configuration sociale », pour reprendre le mot de N. Elias, dans laquelle certains sont amenés à exposer ou à se poser comme fauteur d’actes violents. Ces actes ne doivent pas toujours être escamotés à la vue des courtisans, car s’ils se déroulent aux marges de la cour, à des heures qui cachent les visages, leur portée en est par trop diminuée : le bruit du crime ne suffit pas ! Pour affirmer une position sociale, pour marquer une prise d’autorité, ne faut-il pas renoncer aux usages de la cour ? La violence parfois doit être vue, ressentie, publique : à la cour fusent les insultes, les gestes menaçants et les provocations.
L’objectif de cette rencontre est d’abord de s’interroger sur l’existence d’une Disziplinierung des passions. Y a-t-il des modèles ? Sont-ils partagés ? Sur quoi se fondent-t-ils ? Comment ces comportements sont-ils enseignés ou acquis ? Il s’agit ensuite de savoir qui censure, qui juge de l’anormalité de comportements et d’actes violents ? Qui les punit, les sanctionne ? A partir de sources diffuses, on tentera donc d’appréhender les formes, les lieux et les préméditations, autant que les réparations envisagées, au cours de ces deux journées qui rassembleront des spécialistes de l’histoire des cours d’Europe, du XIIIe au XVIIe siècle.
Informations pratiques : « Passions et pulsions à la cour », colloque du GDRE C3B, Avignon, 8-9 décembre 2011. Les propositions de contribution doivent être adressées aux organisateurs, accompagnées d’un texte d’une page maximum d’argumentaire, avant le 15 juillet.
Bernard Andenmatten (Université de Lausanne) ; Bernard.Andenmatten@unil.ch
Armand Jamme (CNRS, UMR 5648) ; armand.jamme@orange.fr
Laurence Moulinier-Brogi (Université Lyon 2) ; Laurence.Moulinier-Brogi@univ-lyon2.fr
Marilyn Nicoud (Université d’Avignon) ; marilyn.nicoud@univ-avignon.fr





