L’objectif des rencontres BibGes consiste à mettre en valeur la force des imbrications entre les croyances et les mécanismes sociopolitiques, du IVe au XVIe siècle et dans les différentes organisations des communautés chrétiennes (byzantines, latines, coptes et éthiopiennes). Historiens, historiens du droit et historiens de l’art sont invités à proposer une enquête sur ce qui peut apparaître comme une interface entre les écritures pragmatiques, celles qui servent l’administration et la transmission des biens et des personnes, et les Écritures saintes, le texte comme le Livre.
La question du rôle qu’une société accorde dans ses mécanismes de fonctionnement à un Livre saint, se pose avec une vivacité croissante comme le signalent les débats sur la laïcité en France et très récemment, la rhétorique biblique adoptée par Donald Trump et Peter Thiel aux États‑Unis. Or, l’histoire de l’appropriation de la Bible s’appuyant beaucoup sur des recensements de recours rhétoriques ou d’« usages » idéologiques ou spirituels des Écritures saintes, elle est examinée pour l’essentiel dans le cadre d’une histoire dite religieuse ou culturelle et non dans celui d’une histoire sociale attentive aux pratiques et aux normes[i]. Face à la vaste question des effets sociaux d’un Livre saint sur laquelle nous souhaitons attirer l’attention, le projet Bible et gestion du patrimoine dans les Chrétientés du ive au xvie siècle | BibGes vise à arpenter l’un de ses secteurs.
L’objectif du projet BibGes consiste à définir le rôle que les ecclésiastiques et les laïcs attribuent aux Écritures saintes (texte) et au Livre saint (artefact) dans leur gestion d’un patrimoine. En d’autres termes, il s’agit de déterminer l’influence de l’appropriation de la Bible dans l’administration et dans la transmission des biens et des droits au sein d’une communauté ou d’une famille ; tant dans la pensée se rapportant à ces administrations et transmissions (conceptions normatives ou doctrinales) que dans leurs pratiques, concrètes, ainsi que dans leurs représentations.
Le projet se fonde sur les apports des enquêtes dédiées aux usages de la Bible, aux rapports entre les développements théologiques et économiques et à la culture de l’écrit, tout en proposant deux pas de côté. En plus du focus sur les rapports entre Bible et gestion, il s’agit d’accorder dans les enquêtes au moins autant d’attention à la praxis qu’à la doxa[ii]. L’AAC s’adresse donc à tous types d’historiens, archéologues et historiens de l’art, médiévistes et modernistes, sans se limiter à une expertise déjà existante sur l’étude de la culture biblique en ces périodes.
Le cadre d’étude est celui des différentes communautés chrétiennes, depuis les premiers efforts d’institutionnalisation de leurs fonctionnements, au ive s., jusqu’à l’une des étapes majeures de leurs divisions avec la Réforme protestante, au xvie s. La prise en compte des cadres byzantins, latins, coptes et éthiopiens vise à étudier l’appropriation de la Bible dans différentes organisations sociopolitiques. Les déclinaisons, voire les contrastes qui apparaîtront entre les différentes études, devraient permettre d’approfondir l’historicisation de l’appropriation sociale du Livre saint des différents chrétiens. Il s’agit en outre de renforcer un courant historiographique cherchant à dépasser la segmentation académique à l’œuvre dans l’étude de ces différentes communautés. Du ive au xvie s., du reste, la fluidité des pratiques et de la pensée entre les différents christianismes s’avère supérieure à celle postulée jusqu’il y a peu[iii].
Déroulé de l’enquête collective
Deux ateliers de travail seront consacrés au thème BibGes, les 9-10 décembre 2026 à Lyon et en mars 2027 à Grenoble. Le présent AAC se rapporte à leur organisation. Ces deux rencontres sont conçues comme une première étape exploratoire, dont les thématiques dépendront des propositions reçues.
La deuxième étape de l’enquête collective consistera en l’organisation d’un colloque conclusif en juin 2027 à Arras, dont les travaux seront ouverts au public. La troisième étape sera celle de la publication d’un volume collectif. Tant sa structure que ses chapitres tireront parti des discussions tenues lors des ateliers puis du colloque. Le projet de publication sera proposé à des éditeurs scientifiques en septembre 2027.
Les ateliers (objets de l’AAC)
Les deux premières rencontres doivent poser les fondements de l’enquête, ordonnée par les questions suivantes : Au cours de quelles actions les ecclésiastiques et les laïcs articulent‑ils la Bible et la gestion de leur vie matérielle ? Quels types de discours, représentations ou normes mettent en œuvre ces actions et dans quels milieux sont‑ils produits ou bien circulent‑ils ? Elles seront dédiées au repérage des (types de) documents ad hoc, en tant qu’interfaces entre la Bible et la gestion du patrimoine, et à leur première analyse. Ces documents doivent présenter une articulation entre :
- d’une part, la Bible sous sa forme :
- de texte, et pas seulement d’univers de sens — citation des Écritures saintes, (ré‑)oralisation sous la forme liturgique, micro ou macroformes exégétiques, mises en scènes ou enseignement des Écritures… — ; ou …
- d’objet — artefact du livre : bibles, livres liturgiques, copies de commentaires exégétiques ou d’homélies ou sermons structurés par les Écritures saintes, représentations iconographiques ou renvois textuels à ces livres — ;
- et, d’autre part, la gestion du patrimoine, sous la forme d’une pensée ou bien d’une pratique relative à l’administration de biens, de droits et de personnes.
Ces documents pourront être textuels, iconographiques ou matériels.
Les présentations, de trente minutes environ, se feront en présentiel, en table ronde et dans le format souple d’un « travail en cours ». Il s’agira de préciser ainsi le potentiel d’un type de sources, d’un dossier documentaire ou d’une étude de cas, au regard des objectifs heuristiques de BibGes. Les discussions sur ces interfaces chercheront à estimer l’importance quantitative et qualitative de ces interfaces, en les rapportant à la globalité connue des pratiques et de la pensée dans le domaine de la gestion ; à historiciser l’appropriation du Livre saint, ses acteurs (genre ? statut ?), ses contextes, ses paramètres sociaux ; à mettre en regard les communautés des différents christianismes ; etc.
Pour favoriser les conditions d’un travail exploratoire, l’audience sera réduite à un public d’étudiants (visée formative) et aux chercheurs ayant manifesté leur intérêt à participer aux travaux. Tout ou partie du comité scientifique de BibGes participera également aux discussions, en présentiel ou en ligne.
Pour information, voici quelques interfaces entre Bible et gestion dont une étude préliminaire est déjà intégrée dans le programme :
- Les chartes ibériques des xie-xiiie citant la Bible ;
- Les manuscrits liturgiques ibériques des xie-xiiie siècles contenant des copies de chartes et de lettres administratives ;
- Les évangéliaires éthiopiens des xve-xvie siècles contenant des copies d’archives ;
- Les traités carolingiens sur la bonne administration royale, avec usages bibliques ;
- Les prescriptions sur les caisses communes des communautés protestantes au xvie siècle (traité, sermons) qui citent la Bible
- Les discours des maîtres en théologie du xvie s.
Nous invitons les chercheuses et chercheurs intéressés à ne pas hésiter à proposer de relatifs doublons ; leur pertinence sera déterminée par le comité scientifique au regard des perspectives du projet.
Modalités de participation et d’accueil
Les chercheuses et chercheurs souhaitant participer à l’un des deux ateliers BibGes sont invitées à proposer le synopsis de leur contribution (entre 350 et 700 mots). Il sera utile d’y mettre en valeur : le type documentaire, le dossier ou l’étude de cas, et le lien que celui‑ci signale ou établit entre la Bible et la gestion du patrimoine ; les acteurs engagés, la chronologie et la géographie considérées ; le cas échéant, les apports potentiels quant aux questions soulevées par le projet.
Nous accueillerons avec un intérêt égal les propositions des chercheuses et chercheurs doctorants, post-doctorants, en poste, émérites ; de toutes nationalités (langues de communication : français ou anglais). L’accueil des participants (transport, deux repas, une nuitée et un petit‑déjeuner) sera pris en charge, en tout ou partie, en fonction des prévisions établies début 2026 et des trajets réels.
Date limite des propositions : le 25 août 2026.
Les propositions seront envoyées à l’adresse suivante : amelie.delasheras@univ-artois.fr. Les autrices et auteurs des propositions retenues pour chacun des deux ateliers seront prévenues entre fin août et mi‑septembre 2026.
Amélie De Las Heras
Univ. Artois, UR 4027, Centre de Recherche et d’Études Histoire et Sociétés (CREHS), F-62000 Arras, France
Organisation
MESHS de Lille | Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société (UAR 3185) ; avec le soutien du CIHAM | Histoire, Archéologie, Littératures des mondes chrétiens et musulmans médiévaux (UMR 5648), de l’ANR ETHIOKONGROME « Les chrétiens d’Éthiopie et de Kongo face à Rome », de l’IEFR | Institut d’Étude des Faits Religieux et du CREHS | Centre de Recherche et d’Études Histoire et Sociétés.
Coordinatrices
Amélie De Las Heras (Université d’Artois, CREHS), avec Olivia Adankpo‑Abadie (Université Grenoble‑Alpes, LUHCIE & ANR ETHIOKONGROME) et Valentina Toneatto (Université Lumière Lyon 2, CIHAM).
Comité scientifique
Olivia Adankpo‑Abadie (Université Grenoble‑Alpes, LUHCIE & ANR ETHIOKONGROME),
- Thierry Amalou (Université d’Artois, CREHS),
- Amélie De Las Heras (Université d’Artois, CREHS),
- Maxence Miéra (Université d’Artois, LEM | Lille Économie Management – UMR 9221),
- Ismaël Moya (CNRS, LESC | Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative – UMR 7186),
- Ana Rodríguez López (CSIC – Madrid, CCHS | Centro de Ciencias Humanas y Sociales),
- Valentina Toneatto (Université Lumière Lyon 2, CIHAM).
Source : Calenda
















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