Ce numéro de la revue Histoire et Mesure se propose d’interroger l’acte de compter dans le cadre des chantiers des périodes anciennes et médiévales. Il ne s’agira pas ici d’aborder la question du calcul du point de vue des savoirs savants ou des traditions intellectuelles, mais bien d’examiner les pratiques concrètes, situées et pragmatiques du dénombrement et du calcul. Lettrés ou non, quels sont les acteurs qui comptent, et dans quels contextes s’inscrivent ces opérations ?
Les contributions pourront d’abord s’attacher à des interrogations générales : que comptent les agents administratifs des fabriques, les artisans ou les ouvriers sur les chantiers ? Selon quelles méthodes et à quelles fins ces opérations sont-elles réalisées ? Autrement dit, qui compte quoi, comment, pour qui et dans quel but ?
Derrière l’apparente simplicité de ces questions se dessinent des enjeux complexes relatifs aux pratiques de quantification. Une première série de réflexions pourra porter sur les compétences en littératie et en calcul des acteurs du chantier. Faut-il distinguer entre « compter » et « calculer » ? Qui est en mesure d’effectuer ces opérations, et selon quelles modalités ? Dans les cas où ces compétences font défaut, quelles stratégies de contournement sont mises en œuvre ? Enfin, les pratiques diffèrent-elles selon qu’elles relèvent d’une sphère administrative et/ou de gestion ou d’une sphère technique de production ?
Une autre perspective concerne les finalités des opérations de dénombrement. Le recours aux chiffres, aux inventaires et aux comptes relève-t-il uniquement d’une volonté de consignation et de mémoire ? Quelles informations choisit-on de conserver, et sous quelles formes, qu’elles soient chiffrées, mesurées ou estimées ? Ces choix traduisent-ils des priorités spécifiques liées aux contraintes du chantier ?
Les contributions pourront également interroger la variabilité des pratiques de mesure et de calcul. Observe-t-on une volatilité des unités de mesures employées, une élasticité des méthodes, ou au contraire des tentatives de standardisation ? Dans quelle mesure ces variations dépendent-elles des acteurs impliqués, des enjeux économiques ou techniques, ou encore des destinataires des comptes ? Existe-t-il un lien entre la nature des éléments quantifiés et les modalités de leur quantification ? La question de la justesse apparaît ici centrale : certains matériaux, outils ou ressources humaines font-ils l’objet d’un dénombrement précis, tandis que d’autres sont évalués de manière plus approximative ?
Enfin, une attention particulière pourra être portée aux instruments et supports du calcul. Quels usages sont faits des chiffres romains et indo-arabes dans les comptabilités de chantier ou les registres d’artisans ? Dispose-t-on de traces, notamment archéologiques, d’outils de calcul tels que jetons, bâtons de taille ou abaques ? Plus largement, quels supports matériels sont mobilisés pour inscrire les opérations de mesure et de gestion directement sur le chantier, qu’il s’agisse de matériaux, d’équipements ou de main-d’œuvre ?
Ce numéro entend ainsi croiser les approches de l’histoire économique, sociale, technique et matérielle afin de mieux comprendre les pratiques ordinaires du calcul et du dénombrement dans les contextes de production.
Modalités de contribution
Les propositions de contribution (titre et résumé d’environ 300 à 500 mots), accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique, sont à envoyer à sandrine.victor@univ-jfc.fr avant le 1er octobre 2026.
Les autrices et auteurs des propositions retenues auront ensuite jusqu’au 1er juillet 2027 pour rendre leur article aux normes de la revue.
Évaluation
Les articles feront ensuite l’objet d’une évaluation en double aveugle de la part des membres du comité de rédaction. Les articles n’ayant pas le niveau d’exigence requis par la revue pourront être alors refusés à la publication finale du dossier.
Source : Calenda
















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