Colloque – La Hanse et l’Atlantique 1300-1500 : acteurs, commerce, conflits

Appel à communication pour un colloque international
La Rochelle Université, 9 et 10 juin 2023

Les marchands allemands de la Hanse, cette association commerciale active à partir du milieu du XIVe siècle, apparaissent à la fin du Moyen Âge sur tout le pourtour des mers du Nord et Baltique, dont ils dominèrent longtemps le commerce. Bien attestées par les sources, la présence et l’activité des Hanséates dans l’espace atlantique demeurent cependant peu étudiées dans l’historiographie. Cette lacune s’explique en premier lieu par l’éparpillement de sources archivistiques mal répertoriées : dans le cas de la France, le défaut de coopération scientifique avec l’Allemagne à la fin du XIXe siècle, quand d’importants programmes éditoriaux allemands aboutirent à la publication des principales éditions de sources hanséatiques, a conduit à une représentation fortement déficitaire des archives françaises dans ces collections que la recherche allemande utilise encore assidument. Depuis lors, les dépouillements réalisés dans le cadre de monographies sur les ports de La Rochelle et de Bordeaux, ou sur la Bretagne et la Normandie, sont certes venus étayer la présence de marchands allemands dans plusieurs régions du royaume de France ; mais l’absence de recensement systématique, d’une part, et les difficultés d’approche, de manipulation et de méthode que pose la consultation des Hanserezesse et du Hansisches Urkundenbuch, d’autre part, ne facilitent pas le dialogue entre les deux traditions historiographiques. Aussi, alors même que Bruges et Londres ne constituèrent jamais les limites occidentales de la zone d’activité de la Hanse, la présence des marchands bas-allemands au-delà de ces deux places commerciales, ainsi que leurs interactions avec les acteurs juridiques et économiques de la côte atlantique, demeurent encore largement sous-étudiés : comment les Hanséates y interagissent-ils avec leurs concurrents et avec les populations et les autorités locales ? 

En réunissant des chercheurs internationaux autour des liens entre la Hanse et l’espace atlantique, le présent colloque se propose de mettre en lumière leur vitalité en adoptant une perspective résolument large. Le commerce en constitue une dimension importante, mais non la seule : dans un contexte de guerre de Cent Ans et de projection maritime des puissances royales anglaise, française et ibériques, les conflits – parfois violents –, la manière dont ils sont gérés ou résolus, ainsi que les instances publiques ou corporatives qui interviennent dans ces processus, jouent un rôle important, non seulement dans la manière dont les marchands et gens de mer parcourent l’espace maritime et se l’approprient, mais aussi dans la localisation des points de contact et d’échange. L’espace atlantique forme le cadre géographique de cette étude : il se conçoit comme un ensemble maritime cohérent, sillonné – de la Péninsule ibérique à la Cornouaille –, par les mêmes gens de mer anglais, normands, bretons, gascons, castillans ou encore portugais. Pour mieux appréhender la complexité des interactions de chacun de ces groupes avec les Hanséates, les contributeurs seront invités à accorder une attention particulière à leur spatialité et aux acteurs qu’elles engagent. 

On le sait : les liens des marchands d’Allemagne du Nord à l’espace atlantique, où leur présence est attestée dès la fin du XIIIe siècle, sont d’abord commerciaux. Les ports de cette région exportent certaines des principales marchandises commercialisées au sein des réseaux de la Hanse, parmi lesquelles on retient habituellement le « sel de la Baie » (de Bourgneuf) ou les vins d’Aquitaine. Ces marchandises se laissent ensuite tracer dans les principaux ports d’Europe du Nord et font régulièrement l’objet de discussions lors des diètes de la Hanse. La connaissance des échanges commerciaux entre l’espace atlantique et l’Europe du Nord appelle donc d’abord une approche économique, propre à caractériser ces flux de manière à la fois qualitative et quantitative, en s’interrogeant aussi bien sur la nature des produits échangés que sur les volumes en jeu. Ce volet pourrait être également l’occasion de s’interroger sur la circulation des monnaies : quelles devises eurent la préférence des marchands en interaction dans l’espace atlantique ? Quelle pénétration des monnaies d’Europe de l’Ouest en Allemagne du Nord et vice versa ? Quelle diffusion du crédit dans les relations commerciales ?

L’étude de ces contacts et échanges appelle un effort de définition de leur géographie. Cette question mérite d’être posée à plusieurs échelles, en cherchant non seulement à identifier l’origine géographique des bateaux, des marchands et des gens de mer affiliés à la Hanse dans l’espace atlantique, mais aussi à cartographier plus finement leurs itinéraires, leurs points d’escale et de destination ; voire, à l’échelle d’une ville ou d’une localité, les lieux où ils séjournent et commercent, ainsi que les instances devant lesquelles ils portent leurs plaintes ou leurs litiges. Il faut insister sur le fait que cette géographie est évolutive, variable non seulement en fonction du contexte politique et militaire, mais aussi en fonction des concurrences et des opportunités commerciales. On sait ainsi que des Hanséates sont établis à La Rochelle au moins jusqu’en 1419, date à laquelle ils en sont expulsés pour plusieurs décennies par leurs concurrents espagnols.

Les interactions des marchands allemands avec leurs homologues et concurrents génèrent autant d’échanges que de litiges, lors desquels les plaintes devant les tribunaux municipaux ou royaux alternent avec les violences en mer. Il n’est pas anodin que, lorsque les Allemands se rendent sur la côte atlantique, c’est souvent par convois entiers, réunissant des bateaux originaires de plusieurs villes et constituant ce que l’on a appelé la « flotte de la Baie » (Baienflotte). Cette conflictualité est accentuée aux XIVe et XVe siècles par le conflit francoanglais. La concommittance de ce dernier avec la naissance et la pérennisation de la Hanse à partir du milieu du XIVe siècle invite à s’interroger sur l’attitude adoptée par celle-ci vis-à-vis des belligérants, et sur la manière dont les Hanséates ont su louvoyer entre les deux et préserver – ou non ? – une neutralité mercantile. Elle invite aussi à s’interroger sur l’accueil réservé aux Hanséates et sur la réputation dont ils jouissaient auprès des populations et autorités locales. Enfin, elle pose la question de la place occupée par les institutions hanséatiques (les diètes et les comptoirs, en premier lieu ceux de Bruges et de Londres) dans les stratégies de gestion des conflits des marchands allemands actifs dans l’espace atlantique. Se revendiquent-ils de la Hanse ? Si oui, comment et à quelles fins ? Ou alors privilégient-ils d’autres identités, d’autres affiliations juridiques, dans leurs interactions avec les populations atlantiques ?

Quelques suggestions de thèmes :

Spatialités

  • Les lieux de la présence allemande sur la côte atlantique et leur évolution
  • L’organisation de leur accueil à l’échelle locale
  • Provenances des marchands de la Hanse
  • Infrastructures ; formes d’association et d’organisation

Échanges

  • La circulation des marchandises « hanséatiques » dans l’espace atlantique
  • La circulation des produits du commerce atlantique en Europe du Nord
  • Les monnaies utilisées 
  • Perception et réputation des marchands de la Hanse

Conflits

  • Les répercussions des rivalités politiques des royaumes sur la violence en mer
  • Les instances intervenant dans la régulation des conflits en mer
  • Les affiliations juridiques mobilisées par les acteurs 
  • Les stratégies de prévention des risques de conflit en mer

Consignes

Les propositions de communication (max. 300 mots) pourront être rédigées en français ou en anglais. Elles sont à envoyer aux adresses suivantes : tobias.boestad@gmail.com ; philipp.hoehn@geschichte.uni-halle.de ; amicie.pelissie-durausas@univ-lr.fr ; pierre.pretou@univ-lr.fr.

avant le 1er octobre 2022.

Les communications devront durer de 20 à 25 minutes et être présentées en français ou en anglais. Elles auront vocation à être publiées. Un intérêt particulier sera porté aux propositions de jeunes chercheurs.

La prise en charge des frais de transport et d’hébergement est conditionnée à des financements dont les demandes sont en cours. 

Comité d’organisation

  • Tobias BOESTAD  (La Rochelle Université)
  • Philipp HÖHN  (Université de Halle-Wittenberg)
  • Amicie PELISSIE DU RAUSAS  (La Rochelle Université)
  • Pierre PRETOU  (La Rochelle Université)

Comité scientifique

  • Rolf GROßE (IHA Paris)
  • Angela HUANG (FGHO)
  • Ulla KYPTA (Université de Hamburg)
  • Jean-Marie MOEGLIN (Sorbonne Université/EPHE)
  • Pierre MONNET (IFRA-SHS/EHESS)
  • Louis SICKING (Université de Leiden)
  • Justyna WUBS-MROZEWICZ (Université d’Amsterdam)
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Colloque – Of Foxes and Fish. Interdisciplinary Approaches to Medieval Animal Lore and its Afterlife

24th colloquium of the International Reynard Society

  • Date: Wednesday 14 until Saturday 17 September 2022
  • Location: Antwerp

The International Reynard Society studies the role of animals in the European literature of the Middle Ages and its afterlife. It focuses especially on beast epics, fables, and fabliaux. The 24th international colloquium of the Society will be organised at the University of Antwerp on 14-17 September 2022 by the Institute for the Study of Literature in the Low Countries (isln) in collaboration with Hendrik Conscience Heritage Library and Reynaertgenootschap.

Programme : ici

Informations pratiques :

Wednesday 14 until Saturday 17 September 2022

Hendrik Conscience Heritage Library

University of Antwerp – Stadscampus (Antwerp City Center)

Letterenhuis

Bookstore De Groene Waterman

Source : Universiteit Antwerpen

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Publication – Magdalena Burlacu, « Images et déification. La contribution des icônes moldaves médiévales »

Images et déification ? Dans notre culture, l’image semble être une fin en soi, ce qui peut être déstabilisant pour l’intelligence de la foi. Cependant, l’image peut aussi être considérée dans le contexte de la théôsis – la déification par la grâce, la perfection du chrétien visant son union avec Dieu –, qui est l’un des sujets traités par la théologie morale. La Roumanie constitue, grâce à sa région moldave et ses églises peintes à l’extérieur dont sept sont des monuments classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO, l’un des domaines privilégiés pour l’étude des programmes iconographiques hérités et développés à partir des programmes byzantins. Dans cette étude, l’auteur se pose la question de ce qui est resté, dans la vision des peintres actifs sur le territoire de l’ancienne principauté de Moldavie, de spécial et de spécifique à faire pour l’homme en vue d’une divinisation comme image ou à l’image du Christ. Néanmoins, il est nécessaire de préciser qu’aucune composition iconographique spécifique sur le thème de la déification n’existe. L’auteur a donc rassemblé, dans les programmes iconographiques moldaves médiévaux, de nombreux éléments et de nombreuses compositions qui paraissent correspondre à une théologie de la déification aux « allures iconographiques » présente dans les écrits des auteurs iconophiles, proposant ainsi une introduction à la contribution des icônes moldaves médiévales des XVe-XVIIe siècles à la théologie et à l’art byzantin.

Magdalena Burlacu, diplômée d’une double licence en théologie et arts plastiques, ainsi que docteure en théologie, travaille à présent en tant qu’assistante docteure dans le Département de Théologie morale et d’éthique au sein de la Faculté de Théologie de l’Université de Fribourg, Suisse. La dimension pratique de ses connaissances sur la peinture ecclésiastique de tradition byzantine, consolidée et développée par le biais de stages d’apprentissage, a ajouté une perspective unique dans ses recherches

Informations pratiques :

Magdalena Burlacu, Images et déification. La contribution des icônes moldaves médiévales, Paris, Cerf, 2022 ; 1 vol., 242 p. (Cerf Patrimoines). ISBN : 9782204151405. Prix : € 24,00.

Source : Cerf

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Web – « Medieval Manuscripts in Flemish Collection » Database

Accès : ici

The MMFC database aims to collect descriptions of all the medieval and early modern manuscripts (up to 1600) that are held in Flemish collections.

The online MMFC database aims to document and describe the medieval and early modern manuscripts (up to 1600) currently preserved in Flanders. It is the result of the project ‘Medieval Manuscripts in Flemish Collections: Mapping 1000 Years of Manuscripts’. The Flanders Heritage Libraries started this project, which is carried out with financial support from the Flemish government.


The MMFC database includes information on all manuscripts and manuscript fragments kept in public libraries, archives and museums, as well as on similar materials preserved in collections that are not in public ownership but that are publicly accessible to external readers and researchers.


Geographically the scope of the database is limited to Flanders (the official Dutch-speaking region of Belgium) and to the bilingual capital district of Brussels. For Brussels the database only covers collections of cultural institutions which are, at least in part, in receipt of funding from the Flemish government’s Department of Culture. This means that the manuscripts kept in institutions that are primarily directly funded by the Belgian national government, including the rich collections of the national library KBR and the National Archives of Belgium, are not registered in the MMFC database. For the time being the MMFC database also does not cover the Brussels collections that are already described in the ‘Online Guide to Medieval Manuscripts Held in Wallonia and Brussels’.


The MMFC database includes information on manuscripts written in any language, although the proportion of manuscripts that are not written in Latin script and that contain texts in Latin or Western languages, is very small.


The database holds information on all manuscripts, whatever their physical format (codex, roll, loose quires, fragments), but does not include, in principle, archival documents, such as original letters, charters, accounts or registers. It also omits early modern university lecture notes. Some categories of archival documents, however, are included, such as illuminated documents (charters, registers, cartularies) or documents that are related to the liturgy of ecclesiastical institutions (obituaries). More detail on the precise scope of the database can be found in the MMFC guidelines.


The content of the MMFC database is a combination of previously available basic metadata, provided by existing library catalogues and other secondary sources, and newly created detailed descriptions resulting from first-hand examination of the catalogued items. As far as possible, links to relevant online secondary resources that contain information on particular manuscripts, including links to digital facsimiles, are included in the descriptions registered in the MMFC database.


The MMFC database allows for a very detailed, structured and granular description and registration of the features of medieval manuscripts. The data model used by the project is fully documented in the MMFC guidelines. When project collaborators describe and register manuscripts first-hand, they will complete most of the relevant data fields in the database. There are, however, a number of detailed data fields that are not yet systematically completed for each manuscript. These fields allow for the description of features, such as the exact collation of the quire structure of each manuscript, the incipit and explicit of each text in each manuscript, or the description of individual miniatures in illustrated manuscripts. Such features are important but require time-consuming investigations to observe or to describe, which is why they will currently only be registered if the relevant information is already available.

Contact: info@vlaamse-erfgoedbibliotheken.be

Source : MMFC

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Publication – « Richard Cœur de Lion Poème moyen-anglais », dir. Colette Stévanovitch

Ce poème moyen-anglais relate les exploits du roi Richard Coeur de Lion lors de la troisième croisade. Il occupe une place à part dans le corpus des romans moyen-anglais du fait que son héros est un roi anglais et que les événements racontés sont historiques. Cependant, au fil des réécritures, la vérité historique est progressivement déformée et le roi Richard devient un héros de roman. Sous sa forme définitive ce texte se singularise par la présence d’éléments macabres et en particulier de scènes de cannibalisme. Très célèbre de son temps, encore édité au XVIe siècle, le poème est redécouvert au XIXe siècle et notamment exploité par Walter Scott.

Ce volume présente, à côté du texte moyen-anglais dans l’édition de Larkin (2015), la première traduction française du poème. Les notes et l’introduction attachent une importance toute particulière à l’étude des sources et à l’élaboration du texte version après version.

Colette Stévanovitch est professeur à l’Université de Lorraine. Sa recherche porte sur la littérature vieil-anglaise et moyen-anglaise et l’histoire de la langue anglaise.

Table des matières :

Introduction
Texte / Traduction / Notes de bas de page
Notes et commentaire
Index
Bibliographie

Informations pratiques :

Richard Cœur de Lion Poème moyen-anglais, éd. Colette Stévanovitch, Jean-Paul Débax, Philippe Mahoux-Pauzin, Anne Mathieu, Marthe Mensah, Claire Vial, Martine Yvernault, Turnhout, Brepols, 2022 ; 1 vol., 856 p. (Textes vernaculaires du Moyen Âge, 29). ISBN : 978-2-503-59902-1. Prix : € 125,00.

Source : Brepols

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Publication – « Scribal Practice and the Global Cultures of Colophons, 1400–1800 », dir. Christopher D. Bahl et Stefan Hanß

This book is the first to chart the global diversity of colophons between 1400 and 1800. The volume presents a new approach to scribal cultures that expands traditional definitions. Moving from the paradigm of codicological information towards a thorough interpretation of the wider social worlds of colophons in Africa, Asia, Europe, and North America, this volume uncovers the fascinating cultural history of early modern scribes. Chapters examine how those engaging in the composition and distribution of colophons shaped scribal identities, group cultures and bookish communities in a world in which manuscripts mattered. Authors build on approaches from anthropology, cultural studies, codicology, history, and philology to offer a new conceptual framework that studies colophons as scribal practices embedded in their changing social and cultural worlds. As a new contribution to the history of the book, this volume’s global approach pushes the boundaries of what constitutes a colophon.

Table des matières : ici

Informations pratiques :

Scribal Practice and the Global Cultures of Colophons, 1400–1800, éd. Christopher D. Bahl, Stefan Hanß, Palgrave MacMillan, 2022 ; 1 vol., XIX–303 p. (New Transculturalisms, 1400–1800). ISBN : 978-3-030-90153-0. Prix : € 105,99.

Source : Palgrave MacMillan

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Appel à contribution – Des fonctions judiciaires des consuls aux tribunaux consulaires (XIIe-XXe siècle)

Hambourg, 2-3 novembre 2023

La juridiction contentieuse consulaire est une juridiction spéciale, exercée par des représentants consulaires en matière civile et pénale sur leurs compatriotes à l’étranger. Elle soustrait donc des ressortissants expatriés – ou des autochtones « protégés » – à la justice des pays d’accueil. Cette forme de juridiction émerge dans le sillage du développement des consulats d’outre-mer (consules nationum, consules ultra mare, consules missi) dans les villes portuaires médiévales. Elle reste pour l’essentiel cantonnée à l’espace méditerranéen durant le Moyen Âge et l’époque moderne, avant de connaître son apogée au cours du XIXe siècle. À cette époque, elle s’étend à toute une série de pays « semi-colonisés », comme l’Empire ottoman, la Chine, le Japon et le Siam, dans lesquels des tribunaux consulaires européens ou nord-américains rendaient formellement la justice en toute légalité.

Elle est alors utilisée comme la base normative d’une juridiction « para-coloniale[1] ». Les bénéficiaires de ces tribunaux sont à cette époque – avec des différences régionales – surtout les cinq grandes puissances européennes que sont la France, la Grande-Bretagne, la Russie, l’Autriche-Hongrie et l’Allemagne, mais aussi les États-Unis, des États orientaux comme la Perse et même de petites entités étatiques comme les villes hanséatiques.

Dans le contexte de la décolonisation et de l’émancipation de la tutelle occidentale au cours du XXe siècle, la juridiction consulaire disparaît peu à peu. Aujourd’hui, seules quelques-unes de ses anciennes fonctions ont été conservées dans les législations relatives aux consulats. En dehors des tribunaux consulaires, cependant, les consuls ont aussi exercé des fonctions judiciaires de façon plus diffuse ou plus informelle, dans des contextes historiques et géographiques bien plus larges : arbitrage privé de contentieux, intermédiation vis-à-vis des autorités locales, participation à des tribunaux mixtes. Ainsi ils ont conservé encore de nos jours un rôle dans la protection juridique de leurs ressortissants qui séjournent à l’étranger.

Sur le plan scientifique, ce sont d’abord les contemporains qui se sont intéressés aux fonctions judiciaires des consuls[2]. Le plus important d’entre eux est sans doute Friedrich Martens, auteur, en 1874, d’une thèse sur les consulats et leur juridiction en Orient[3]. La littérature juridique contemporaine des tribunaux consulaires, les méthodes et les analyses qu’elle développe, n’ont désormais plus que valeur de source. Après la disparition de la juridiction consulaire formelle, la recherche sur le fonctionnement de la juridiction a naturellement diminué pour quasiment disparaître pendant plusieurs décennies. Ce n’est que récemment que l’intérêt s’est à nouveau manifesté. Ce sont d’abord les historiens du droit qui se sont saisis du sujet, bientôt rejoints, bien que de manière plus hésitante, par les historiens de l’économie, des migrations et des institutions.

Le pionnier en la matière est Richard T. Chang, qui étudie dès 1984 les tribunaux consulaires dans le Japon du XIXe siècle[4]. Il faut attendre près de deux décennies pour voir un autre historien s’emparer du sujet : en 2005, Maurits van den Boogert examine la façon dont cette juridiction s’intégrait dans le système juridique de l’Empire ottoman. Il contribue ainsi à renouveler en profondeur notre appréhension du phénomène[5]. Quelques années plus tard, Johannes Berchtold s’intéresse à son tour aux tribunaux consulaires britanniques dans l’Empire ottoman[6]. Puis Turan Kayaoğlu publie une étude sur la juridiction extraterritoriale au Japon, en Chine et dans l’Empire Ottoman[7], dans le contexte d’une controverse autour de l’« orientalisme légal », amorcée par la publication du célèbre livre d’Edward Saïd et l’émergence du concept d’orientalisme[8]. Au-delà du cas des tribunaux consulaires, la question des fonctions judiciaires des consuls et de leur exercice face à des États d’accueil soucieux d’affirmer leur souveraineté a également nourri diverses réflexions relatives aux notions d’extraterritorialité et de pluralisme juridique[9]. De leur côté, les historiens du commerce à distance se sont intéressés à une institution dont ils cherchent à mesurer les effets dans la structuration des échanges interculturels ou distants[10].

En dépit de la richesse de ces contributions et de l’acuité de ce sujet dans les débats actuels sur l’exercice de la souveraineté nationale ou sur l’emprise réelle du colonialisme sur les sociétés extra-européennes, de nombreuses questions restent en suspens. Pour certains pays, on ne dispose que de connaissances sporadiques sur l’organisation et le fonctionnement de ces juridictions consulaires, ou encore sur le personnel qui y officiait. La matérialité de cette justice, les instruments de son pouvoir de contrainte et les voies d’exécution qui y sont associées (police, prison, archives), tout comme la qualité juridique du travail des tribunaux et leur cadre dogmatique restent également à déterminer.

Les origines de la juridiction consulaire, qui remontent au moins aux privilèges commerciaux accordés par les empereurs byzantins aux commerçants italiens, ne sont pas encore suffisamment élucidées, de même que les formes qu’ont pu prendre de façon plus diffuse les ingérences consulaires dans les systèmes judiciaires d’États pleinement souverains.

Ce sont ces points d’ombre que notre colloque souhaite éclairer en accordant, dans la lignée des précédentes rencontres organisées par le programme scientifique « La fabrique consulaire »[11], une égale attention à une description empirique précise de l’objet étudié, tout autant qu’à sa mise en perspective des questionnements politiques, économiques et sociaux plus larges au sein desquels il s’inscrit. L’objectif de la manifestation sera de permettre aux historiens du droit d’échanger leurs points de vue avec ceux de l’histoire maritime, de l’histoire du commerce et de l’histoire des relations internationales. Il vise également à établir un dialogue diachronique et comparatif entre des spécialistes des trois contextes historiques ciblés : les périodes médiévale, moderne et contemporaine, marquée chacune par des problématiques qui leur sont propres. Dans ces différentes perspectives, des contributions abordant plus particulièrement les questionnements suivants seront très favorablement accueillies :

  • La diversité des modalités de l’exercice des fonctions judiciaires des consuls, des plus informelles (simple arbitrage, intercession auprès des autorités locales) aux plus formalisées (tribunaux consulaires, mixtes ou capitulaires).
  • Les sources et la matérialité des procédures de la justice consulaire (les textes normatifs, le personnel, les voies d’exécution du droit, l’archivage des décisions et la jurisprudence).
  • Les conflits de souveraineté suscités par l’exercice de la justice consulaire dans les différents contextes historiques envisagés (affirmation de l’État territorial dans l’Europe moderne, expansion coloniale et impériale européenne au xixe siècle).
  • Les liens entre les fonctions judiciaires des consuls et la pratique du commerce à distance.
  • Les différents domaines d’exercice de la juridiction consulaire (commerce et autres types de contentieux civils, justice pénale, questions liées au droit maritime) et les différentes catégories sociales d’usagers de cette justice : marchands, expatriés, protégés, hommes/femmes, personnel naviguant, etc. 

Conditions de soumission

Les propositions de communication (environ 400 mots accompagnés d’un aperçu biographique) peuvent être soumises en allemand, en français, en espagnol ou en anglais. Elles doivent être adressées à l’adresse suivante : jorg.ulbert@univ-ubs.fr

avant le 3 octobre 2022

Le résultat de la sélection sera annoncé courant décembre 2022.

Le colloque se tiendra à Hambourg, les 2 et 3 novembre 2023.

Coordination scientifique

Comité scientifique

  • Marcella Aglietti (Università di Pisa)
  • Arnaud Bartolomei (Université Côte d’Azur, Nice / UPR 1193 – CMMC)
  • Albrecht Cordes (Goethe-Universität Frankfurt am Main)
  • Mathieu Grenet (INU Champollion, Albi / UMR 5136 – Framespa)
  • Maïa Pal (Oxford Brookes University)
  • Cédric Quertier (CNRS / UMR 8589 – LAMOP)
  • Lars Regula (Universität Hamburg)
  • Victor Simon (Université de Lille / UMR 8025 – Centre d’Histoire Judiciaire)
  • Jörg Ulbert (Université Bretagne Sud, Lorient / UMR 9016 – TEMOS)
  • Klaus Weber (Europa Universität Viadrina, Francfort sur l’Oder)

Source : Calenda

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Appels à contribution – Ecological Seeing I and II: « Teaching Environmental Art History » & « New Research in Environmental Art History »

CALL FOR PAPERS – International Congress on Medieval Studies, May 11-13, 2023 

Ecological Seeing I – Teaching Environmental Art History

Ecological Seeing II – New Research in Environmental Art History

Sponsored by the Material Collective. Co-organized by Danielle Joyner (Lawrence University), Nancy Thebaut (Skidmore College) & Benjamin C. Tilghman (Washington College & The Material Collective)

The ongoing environmental crises facing our planet calls for action in every field. As teachers, medieval art historians can help their students make sense of the situation by exploring the ways people conceived of, saw, and interacted with the natural world in the Middle Ages. Sometimes, we might uncover habits of thought that persist into the present day; in other contexts, we might find that medieval people understood the natural world very differently from contemporary paradigms and in ways that can be instructive for us in the present. In the roundtable, Ecological Seeing I – Teaching Environmental Art History, participants will discuss their experiences building courses or individual class sessions around ecological topics, focusing on both challenges and successful strategies for helping students work with the material. 

Ecological Seeing II – New Research in Environmental Art History is designed to address one particular challenge to teaching environmental art history: the relative dearth of secondary sources to support a course. There are only a few scholarly studies that take an ecocritical approach to medieval art, despite the expansion of the approach in other subfields of art history. We invite papers on any topic within medieval art that will help the field work towards a richer body of literature on the environmental art history of the Middle Ages.

Abstracts (300 words) due September 15 via the conference’s Confex system (https://wmich.edu/medievalcongress/call).

Questions? Please contact Nancy Thebaut at nthebaut@skidmore.edu

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Offre d’emploi – Chargé(e) de coordination de la recherche et de valorisation (École française de Rome)

Date limite d’envoi des dossiers : 15/09/2022

Date de prise de fonction : 01/01/2023

Candidatez avant le 15 septembre 2022, 12 heures (heure de Rome)

L’École française de Rome recrute un(e) chargé(e) de coordination de la recherche et de valorisation, à compter du 1er janvier 2023.

Pour télécharger la fiche de poste, cliquer ici.

La date limite de réception des candidatures est fixée au 15 septembre 2022, 12 heures (heure de Rome).

Source : École française de Rome

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Appel à contribution – Cave Churches, Chapels, Hermitages, and Monasteries: Wall Paintings and Gender in the Eastern Mediterranean

Call for Papers for Session Proposal at the International Medieval Congress (IMC 2023)

July 3 – 6, 2023

University of Leeds

Thematic focus: Networks and Entanglements

This session seeks to explore the relation between gender and wall paintings in the Eastern Mediterranean. It scrutinizes the artistic exchanges and interactions in relation to pilgrimage, commercial, and Crusader routes, and their function in the transmission and transfer of gendered iconographic models with particular emphasis on visual representations pertaining to caves (churches, monasteries).

Suggested topics, on any time period may include, but are not limited to:

*Artistic networks and entangled iconographies;

*Networks, mobilities, and circulations of gendered models;

*Circulation of workshops and commissioners;

*Circulation of iconographic patterns and models in relation to gender;

Submissions from a variety of disciplines are accepted including but not limited to: history, art history, visual culture, social history, cultural history, hagiography, religious studies, cultural studies, textual studies in a transdisciplinary perspective.

Please submit a 250-word proposal (in English) for a 15-20 minute paper. Proposals should have an abstract format and be accompanied by a short CV, of no more than 800 words, including e-mail, current affiliation, affiliation address, and position and your preference for whether to present in-person or virtually.  Please submit all relevant documents, as PDF or Word.doc, by 12 September, 2022, to the e-mail address: znorovszkyandrea@gmail.com

Contact information:

Andrea-Bianka Znorovszky, University of Salamanca, Salamanca, Spain

 (znorovszkyandrea@gmail.com)

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