Appel à contributions – Le scribe d’archives dans l’Occident médiéval : formations, carrières, réseaux

Organisé par le Centre de recherches « Pratiques médiévales de l’écrit » de l’Université de Namur (FUNDP), en collaboration avec le GDR 3177 « Diplomatique » (CNRS) et avec le soutien du Ceruna.
Namur, 2-4 mai 2012.
L’historiographie continue de nous dispenser une image assez figée des « scribes » médiévaux, qu’il s’agisse des moines à l’œuvre dans le silence du scriptorium, des notaires toujours au four et au moulin, des clercs de chancellerie produisant des actes à la chaîne dans des ruches d’écriture officielle… Quelle part de réalité dans ces images d’Épinal ? Il s’agit de se demander qui écrit au Moyen Âge, plus spécifiquement dans le domaine foisonnant et méconnu du document normatif ou pratique destiné à faire archive. Quels sont les profils de ces scriptores – scribes, scripteurs, écrivants, « scribouillards » de toutes espèces – au service des grands princes ou des petits seigneurs, des officiers de justice ou des cours foncières, des grands ordres monastiques ou d’humbles collégiales, des autorités urbaines ou des communautés villageoises ?
L’intérêt porté aux traces écrites du passé est croissant, depuis deux à trois décennies. Les sources des historiens ont ainsi acquis de nouveaux quartiers de noblesse : elles étaient le pain ou la chair donnés en pâture à l’ogre historien ; elles sont devenues elles-mêmes des objets privilégiés d’histoire. Le nouveau courant d’histoire socioculturelle né avec les travaux sur la « Schriftlichkeit » ou « Literacy » – maintenant devenue « littératie » sous les plumes francophones – a mis au centre du questionnement la culture de l’écrit qui semble conditionner le Moyen Âge, ou en tout cas celui des médiévistes. Depuis lors, les sources sont donc étudiées comme des objets archéologiques, sous l’angle de leur élaboration et de leur utilisation mécanique comme intellectuelle. Cependant, le temps est peut-être venu de prendre du champ par rapport à l’objet pour s’attacher aux hommes qui ont façonné ces sources textuelles. En effet, l’historiographie continue de nous dispenser une image assez figée des « scribes », qu’il s’agisse des moines à l’œuvre dans le silence du scriptorium, des notaires toujours au four et au moulin, des clercs de chancellerie produisant des actes à la chaîne dans des ruches d’écriture officielle… Quelle part de réalité dans ces images d’Épinal ?

Il s’agit de se demander qui écrit au Moyen Âge, plus particulièrement dans le domaine foisonnant et méconnu du document normatif ou pratique destiné à faire archive. Quels sont les profils de ces scriptores – scribes, scripteurs, écrivants, « scribouillards » de toutes espèces – au service des grands princes ou des petits seigneurs, des officiers de justice ou des cours foncières, des grands ordres monastiques ou d’humbles collégiales, des autorités urbaines ou des communautés villageoises ? Le colloque international qui se tiendra à l’Université de Namur les 2, 3 et 4 mai 2012 vise à jeter les fondements d’une enquête d’histoire sociale, avec un questionnaire élargi (mais non exhaustif, s’entend) :
  • peut-on retracer des carrières de scripteur d’archives ? Une place pour la prosopographie existe-t-elle ? À tout le moins, des études de cas seraient bienvenues, pour cerner l’un ou l’autre de ces personnages qui sortirait de l’anonymat.
  • quelle est leur origine sociale, leur formation intellectuelle ? Quel est leur statut, et qu’implique-t-il ? Quel éventail de possibilités, entre le « clerc mécanique » de R.-H. Bautier et le « grand commis d’État » que ses hautes fonctions appellent à tenir le calame ? 
  • quelle mobilité, quelle polyvalence ? Un même scripteur peut œuvrer au service de plusieurs institutions : change-t-il sa façon de travailler, l’adapte-t-il ? Peut-il changer son écriture, comme certains exemples de la toute fin du Moyen Âge tendent à le prouver ?
  • quel métier ? Écrire est-t-il une profession en soi, ou bien est-ce une technique que l’on met au service d’autres activités ? Pour préciser : quels sont les autres « métiers » de ces commis aux écritures (comptables, gestionnaires, curés, marchands, changeurs, poètes…) ?
  • quelles évolutions ? Il reste essentiel d’adopter une posture diachronique et de consacrer une partie du questionnement à une remise en contexte chronologique : peut-on voir une ou des évolutions chronologiques de l’action, de la fonction ou du statut du scripteur ? À quel point le scripteur du haut Moyen Âge est-il différent de celui du XIIe ou du XVe siècle ?
  • quelle perméabilité ? On ne peut détacher cette enquête du milieu mieux connu (encore que ?) des scribes dont le travail est lié aux manuscrits « de bibliothèque », qu’il s’agisse de scribes de scriptoria, de spécialistes impliqués dans la pecia ou d’autres. Sont-ce les mêmes qui passent de la gothique posée d’un livre des sentences à la cursive rapide d’un acte concluant un bail à rente pour l’abbaye à laquelle ils appartiennent ? Et si non, existe-t-il une hiérarchie intellectuelle et/ou sociale entre les uns et les autres ?
Contact et modalités de soumission : Les propositions de communication, de maximum 500 mots, soit en français soit en anglais, peuvent être envoyées, avant le 15 novembre 2011, à
     morgane.belin@fundp.ac.be
Université de Namur (FUNDP)
Faculté de Philosophie et Lettres
Rue de Bruxelles, 61
B – 5000 Namur.
Financement : Un petit nombre de bourses seront mises à disposition pour faciliter la venue de jeunes chercheurs et doctorants n’ayant pas accès aux financements institutionnels. Envoyer la demande, accompagnée d’un bref curriculum vitae, à l’adresse susmentionnée.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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