Il n’est plus nécessaire d’établir des ponts entre l’étude de la Bible et l’histoire médiévale. Tout en continuant à faire l’objet d’études spécialisées justifiées par son statut textuel à l’intersection des études exégétiques, théologiques, littéraires et historiques, la Bible est désormais envisagée comme l’une des plus importantes, sinon la plus importante des formes innervant la production de l’écrit médiéval, mais aussi conditionnant nombre de pratiques sociales dans le temps long du Moyen Âge.
La multiplicité des problèmes posés par l’analyse de l’interaction entre ce corpus textuel et la société impose de réfléchir à l’articulation des différentes pratiques scientifiques recouvertes par le concept d’études bibliques avec le travail de l’historien. Un premier problème est posé par l’évolution de ces corpus en interaction avec la société. Au-delà de cet enjeu fondamental, on a souhaité envisager, dans la lignée du renouvellement des études de la Bible comme objet d’histoire globale (cf. dernièrement pour le monde anglo-saxon Susann Boynton-Diane J. Reilly éd., The Practice of the Bible in the Middle Ages : Production, reception and Performance in Western Christianity, Columbia University Press, 2011) ces usages sociaux de la Bible médiévale sous différents aspects, de la production matérielle à l’exploitation politique, en passant par la spéculation linguistique et philosophique. Quatre problématiques structurent cette enquête : les mutations codicologiques et formelles de la Bible, en tant que problème d’histoire du livre et d’histoire sociale ; les stratégies de mémorisation ; le rôle de stimulus conceptuel ; l’articulation entre la réflexion théologique, sa traduction idéologique et son instrumentalisation politique.
Sommaire :
– Lucie Doležalová, Mémoriser la Bible au bas Moyen Âge ? Le Summarium Biblicum aux frontières de l’intelligibilité, p. 1-45.
– Aude Mairey, “Pour la charité et le commun profit” : Bible, hérésie et politique en Angleterre, p. 47-71.
– Chiara Ruzzier, Des armaria aux besaces. La mutation de la Bible au XIIIe siècle, p. 73-111.
– Tamás Visi, Philosophy as a Symbolic Institution in Medieval Judaism : Sacred Texts and Social Control, p. 113-159 ;
– Lila Yawn, The Italian Giant Bibles, Lay Patronage, and Professional Workmanship (11th-12th centuries), p. 161-25.
Articles accessibles ici !





