Appel à contribution – État, minorités religieuses, intégration (Europe, du Moyen Âge à nos jours)

Colloque scientifique international – Université du Maine, Le Mans, 23-24 novembre 2012 



Argumentaire

Judaïsme, christianisme, islam ont en Europe une histoire millénaire. Ces monothéismes se différencient par leur poids respectif, par les moments de leur inscription sur le continent et par leurs inégaux rapports avec le pouvoir : le christianisme a été adopté par un très grand nombre d’habitants et est devenu – avec d’importantes variations selon les lieux et les époques – une religion officielle, faisant face, dès lors, à des religions minoritaires. La structuration du continent en États et la division du christianisme lui-même, entre le Moyen Age et le XVIe siècle, ont placé les minorités dans une situation souvent instable et douloureuse. Ainsi s’expliquent, pour partie, la lutte contre les « hérésies », les guerres de religion, l’expulsion des juifs de plusieurs royaumes européens (et aussi l’expulsion de Musulmans de la Sicile et de la péninsule ibérique), l’implantation des protestants en Irlande, l’exil des huguenots, la « question juive » au XIXe siècle et jusqu’à la Shoah. C’est ce passé que réveille, depuis la fin du XXe siècle, le débat sur la place de l’islam et les manières de manifester sa foi dans l’espace public. 

Ce colloque se propose d’étudier la manière dont les États (entendus comme un principe de souveraineté territoriale, une puissance publique, un gouvernement et une administration centrale) ont traité leurs minorités religieuses. La variété des attitudes étatiques – répression, encadrement, intégration, tolérance, laïcité, indifférence – demande à être mise au jour, comme les manières dont les minorités ont accueilli les exigences de la majorité. La relation n’est pas unilatérale : elle ne se résout pas dans la tentative, par l’État, d’absorber une minorité. La persécution, le rejet, l’utilisation, la volonté de domestication peuvent 
donner naissance à des phénomènes de résistance, des négociations (légales, judiciaires, symboliques, etc.) ou encore des accommodements. À l’aide d’exemples précis et originaux, on tentera de voir comment les acteurs – États, institutions religieuses, élites, fidèles – interagissent, tentent de se convaincre, s’influencent pour transformer des pratiques, mettre au point des normes communes et inventer un terrain d’entente, sachant que la dimension confessionnelle des majorités et des minorités « religieuses » n’embrasse pas la totalité de l’identité de chaque citoyen. 

Cette histoire ponctuée de méfiances et d’alliances, d’intérêts convergents ou divergents, de conflits et de réconciliations, est encore à l’œuvre, ce qui rend d’autant plus délicate son appréhension. Ceux parmi les hommes politiques, les journalistes et les intellectuels qui évoquent les « racines chrétiennes de l’Europe » ou son « patrimoine judéo-chrétien » ne tiennent pas compte de la complexité des faits. Le phénomène de sécularisation – non linéaire et non monolithique –, comme le principe de séparation du politique et du religieux, ont introduit des paramètres inédits dans la gestion publique des cultes et des différentes formes d’expression culturelle. Il importe d’en saisir toutes les dimensions. 


Il va de soi que la notion de « minorité religieuse » doit être relativisée et bien comprise. Son utilisation pour l’étude des 19e, 20e et 21e siècles pose en effet question. Dans nos sociétés contemporaines dites « multiculturelles », les registres ethniques, culturels et religieux sont de plus en plus mêlés. Par ailleurs, la sécularisation des minorités religieuses, portée par des formes d’expression plus larges que la seule religion, est une réalité. Il ne s’agit donc pas de figer dans des identités collectives essentiellement religieuses une supposée majorité et des supposées minorités. Notre colloque veut plutôt apporter un 
éclairage à la fois critique et constructif aux concepts fondamentaux de « minorité », d’« identité » et d’«intégration».
Informations pratiques : ici.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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