Publication – Michael Depreter, De Gavre à Nancy (1453-1477). L’artillerie bourguignonne sur la voie de la « modernité »

Dans la veine de la « nouvelle histoire militaire », cette étude consacrée à l’artillerie « bourguignonne », de la guerre menée par Philippe le Bon contre les Gantois (1451-1453) à la mort de Charles le Hardi devant Nancy (5 janvier 1477), vise à cerner l’organisation d’un instrument militaire alors en plein essor, engendrant d’importantes dépenses – relevant également des domaines du génie et de la logistique – qu’une administration compétente devait encadrer au mieux. Au centre de l’objectif se trouve un personnel sans cesse croissant d’artisans–soldats dont la professionnalisation et la spécialisation reflètent les changements technologiques auxquels l’artillerie fut alors soumise sous l’impulsion des politiques des ducs de Bourgogne, et, en particulier, de Charles le Hardi, prince désirant disposer d’une artillerie puissante, efficace et à la pointe du progrès pour réaliser ses ambitions.


Informations pratiques :
Michael Depreter, De Gavre à Nancy (1453-1477). L’artillerie bourguignonne sur la voie de la «modernité», Turnhout, Brepols, 2012 (Burgundica, 18). XII+229 p., 156 x 234 mm. ISBN: 978-2-503-54186-0. Languages: French. Prix : 69,00 Euros.
  
Compte-rendu :
 

L’auteur procède en trois temps. Les deux premiers sont consacrés aux hommes : d’une part les responsables de l’artillerie en tant qu’administrateurs, et d’autre part les artisans-soldats. Ces précieux spécialistes méritaient bien un coup de projecteur. Le fonctionnement de l’administration de l’artillerie témoigne d’un domaine d’activité où prime la rapidité d’exécution et dans lequel les hommes, et leurs compétences, ont une valeur déterminante. Pour preuves parmi d’autres, la longueur des mandats et l’indulgence à l’égard des prévaricateurs.
Le corps d’artillerie n’apparaît plus ici comme une masse informe mais comme un service au fonctionnement bien huilé : maître (avec ses prévôts et lieutenants), contrôleurs, receveurs et autres clercs et serviteurs du côté des administrateurs ; canonniers, charpentiers, mineurs, pionniers et tonneliers du côté du personnel. Si certains postes ne requièrent pas grand-chose de plus que de la force physique, il faut bien reconnaître que la plupart de ces techniciens spécialisés sont une main-d’œuvre appréciée, recherchée et rétribuée en conséquence. On assiste là à une indéniable professionnalisation. L’étude du mode de recrutement de ces hommes au profil particulier n’en est que plus passionnant.
Le dernier chapitre, plus bref mais non moins révélateur, aborde l’approvisionnement princier en pièces d’artillerie. Il oscille entre la réquisition de matériel auprès des nobles ou des villes et la constitution de réserves ducales en quatre grands arsenaux, au rythme des soubresauts de l’histoire politique.
Ces exposés ont pour cadre une armée bourguignonne puissante, malheureusement encore trop méconnue. La fourchette chronologique retenue ici cible un épisode d’intense activité militaire, durant lequel l’artillerie, à coup de réformes princières et de perfectionnements sur le terrain des opérations, connaît un essor réel.
Michaël Depreter est aspirant au Fonds national de la Recherche scientifique auprès de l’Université libre de Bruxelles. De Gavre à Nancy constitue son brillant mémoire de licence et s’inscrit dans le cadre plus large d’une thèse de doctorat élargissant sa problématique, à mi-chemin entre institutionnelle et histoire militaire.

Table des matières :
Introduction
Partie I : L’administration de l’artillerie
Chapitre 1 : La maîtrise de l’artillerie
1.1. Le commandement suprême
1.2. Les titulaires
1.3. Prévôt et lieutenants de l’artillerie
Chapitre 2 : Le contrôle de l’artillerie
2.1. L’office de contrôleur
2.2. Les titulaires
2.3. Le clerc
Chapitre 3 : Naissance d’une recette particulière
3.1. L’office de receveur
3.2. Les titulaires
3.3. Clercs et serviteurs
Conclusion
Partie II : Le personnel militaire dans les services de l’artillerie bourguignonne : un corps d’artisans-soldats
Chapitre 1 : Le service des pièces. Les canonniers, artisans et/ou soldats ?
1.1. Faire et/ou servir les canons…
1.2. Une denrée rare… : le recrutement des canonniers
1.3. « Pointes » et « suytes » d’artillerie : l’organisation sur le terrain
Chapitre 2 : Les services du génie
2.1. Les charpentiers, « ingénieurs » de l’artillerie
2.2. Les mineurs : saper les murailles, une exclusivité liégeoise ?
2.3. Les pionniers
2.4. Les tonneliers, artisans entre génie et logistique
Chapitre 3 : Les services logistiques
3.1. L’approvisionnement
3.2. Les services du camp
3.3. Les services du transport
Conclusion
Partie III : Les pièces de l’artillerie bourguignonne. Origines et implications
Chapitre 1 : Les pièces ducales
1.1. Arsenaux et dépôts
1.2. Commandes et conquêtes : vers une standardisation des calibres ?
1.3. Un parc d’artillerie impressionnant
Chapitre 2 : L’apport des villes
2.1. Évolution de l’appel aux villes
2.2. L’apport urbain et ses multiples inconvénients
Chapitre 3 : L’apport de la noblesse
3.1. Évolution de l’appel à la noblesse
3.2. Avantages et inconvénients de l’appel à la noblesse
Conclusion
Conclusion générale

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