Colloque – Cris, jurons et chansons. Entendre les « paysages sonores » du Moyen Âge et de la Renaissance (XIIe-XVIe siècles)

Le Moyen Âge demeure une période singulièrement silencieuse, comme d’ailleurs toutes les périodes anciennes. On connaît les mondes médiévaux par les textes, les monuments et quelques images, mais pas par les sons, sinon peut-être quelques cris rituels qui ont traversé les âges et se sont folklorisés. La question du « paysage sonore », qui, ces dernières années, a beaucoup intéressé les historiens des périodes moderne et contemporaine, à la suite d’Alain Corbin, n’a guère retenu l’intérêt des médiévistes. Les synthèses générales sur le paysage sonore intègrent le Moyen Âge à une sorte de vaste préhistoire de la problématique : on imagine les bruits et les cris, mais on ne les étudie pas, faute de matière, et c’est ainsi qu’une chape d’obscurité sonore retombe sur le Moyen Âge.



En réalité, les sources sont peut-être moins rares qu’il n’y paraît à première… écoute. Le cri offre une approche très pertinente pour une telle étude, car l’on crie beaucoup au Moyen Âge et l’on crie surtout selon certaines règles qui ont laissé des traces écrites. Le cri apparaît notamment comme un signe de reconnaissance, de ralliement et de haine, à la guerre et au tournoi, mais aussi dans les querelles politiques — il est le complément sonore de l’héraldique et de l’emblématique au sens le plus large. Le cri fait également partie de la vie quotidienne, puisque des crieurs parcourent chaque jour les rues des villes et des villages, soit pour annoncer des nouvelles, soit pour proposer une marchandise ou un service. Au XIIIe siècle, ces cris de colporteurs donnent naissance à un véritable genre littéraire, qui va connaître jusqu’au XXe siècle un succès européen. De nombreuses chansons font entendre ces cris de marchands, mais aussi, et plus curieusement, des cris d’animaux.

Certains textes littéraires offrent de leur côté un éclairage exceptionnel sur la vie de la rue : à la suite de Rutebeuf et des jongleurs du XIIIe siècle, on découvre dans les poèmes et les chansons, mais aussi dans les farces et les sotties, tout le petit monde des rues, qui crie, s’exclame et jure, dans une ambiance très sonore. Les sources judiciaires, sensibles aux disputes et aux injures, complètent et confirment ces témoignages. La dimension religieuse de la question ne peut non plus être passée sous silence, puisque les cloches rythment les journées, tandis que prédicateurs, quêteurs et mendiants donnent en permanence de la voix.

La rencontre de Poitiers entend naturellement transcender la seule approche historienne, qui ne peut englober toute la complexité des paysages sonores : c’est pourquoi elle se place dans une optique résolument transdisciplinaire, associant à ce projet musicologues et littéraires.

Programme : ici

Informations pratiques :
Quand ? 24 et 25 mai 2012, dès 9h00
Où ? Centre d’études supérieures de civilisation médiévale – CESCM (Université de Poitiers-CESCM) ; Hôtel Berthelot – 24, rue de la Chaîne – BP 603 – 86022 POITIERS Cedex.
Renseignements et inscriptions ? secretariat.cescm@mshs.univ-poitiers.fr

Organisateurs ? Laurent Hablot, Maître de conférences en histoire médiévale (Université de Poitiers-CESCM) & Laurent Vissière, Maître de conférences en histoire médiévale (Université de Paris IV-CRM, IUF)

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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