28-29 juin 2012, Francfort-sur-le-Main
Colloque organisé avec le soutien de l’Institut français d’histoire en Allemagne (IFHA).
Colloque organisé avec le soutien de l’Institut français d’histoire en Allemagne (IFHA).
La prédation, sous ses différentes formes, constitue une réalité incontournable des sociétés du haut Moyen Âge : annales et chroniques rapportent d’innombrables épisodes guerriers accompagnés de pillages, de captures de trésors, de prises de captifs, de prélèvements tributaires imposés par la force. Quelques grandes images dominent : du sac de Rome par les Wisigoths en 410 au récit du vase de Soissons, des déprédations vikings des IXe et Xe siècles aux pillages incessants de la guerre féodale, qui voit s’opposer des châtelains trop turbulents, l’histoire médiévale est traversée d’événements de cet ordre. Évoqués le plus souvent à titre anecdotique, ils n’en constituent pas moins un type de phénomènes qui non seulement frappe par sa fréquence, mais surtout, apparaît comme étroitement lié aux structures sociopolitiques des sociétés du haut Moyen Âge. Contrairement aux sociétés contemporaines, les sociétés médiévales légitiment pleinement, du moins sous certaines conditions, la prédation, qui apparaît alors comme une modalité importante de l’action des acteurs et pouvoirs en place.
Ces pratiques n’ont cependant, jusqu’à ce jour, que rarement attiré l’attention des chercheurs. Le désintérêt dont elles ont fait l’objet s’explique aisément : associées pendant longtemps à une conception négative du Moyen Âge, elles témoignaient de la barbarie des Dark Ages, époque repoussoir que la civilisation des moeurs se chargeait ensuite d’adoucir. Elles ne pouvaient donc constituer un objet de recherche légitime pour des médiévistes perpétuellement confrontés à la nécessité de réhabiliter des sociétés médiévales, qui faisaient alors l’objet d’un effort de « débarbarisation ». Le seul angle sous lequel la question a vraiment été abordée se révèle bien restreint : pendant longtemps, on s’est limité à étudier les conséquences des déprédations vikings, hongroises ou sarrasines sur l’Occident chrétien, et plus particulièrement, à dégager leur rôle dans la désagrégation carolingienne et l’apparition d’une « société féodale » : cela revenait implicitement à enfermer certaines sociétés, comme les Scandinaves, dans leur dimension prédatrice, alors que l’Occident chrétien ne pouvait être pensé, selon le contexte, que dans le rôle de victime ou de conquérant.
Depuis quelques décennies, une autre perspective se dessine : en 1973, Georges Duby proposait quelques réflexions sur l’ « économie du pillage, du don et de la largesse », et un peu plus tard, Timothy Reuter rappelait que pour une grande partie de l’Europe des VIIIe et IXe siècles, « c’étaient les Francs qui étaient les Vikings » (1985). Il introduisait ainsi une analyse sur le rôle du pillage et du prélèvement tributaire dans les structures sociopolitiques du monde carolingien. Ces suggestions, qui incitaient à un élargissement des problématiques, furent peu suivies, alors que d’autres périodes faisaient l’objet d’un renouvellement plus important : un récent programme de recherche, mené sous la direction de Michel Humm et Marianne Bonnefond-Coudry, a impulsé des travaux sur le butin dans la Rome républicaine. L’importance des pratiques de la prédation dans les sociétés du haut Moyen Âge est certes de plus en plus reconnue, mais l’essentiel reste à faire.
C’est là tout l’enjeu de cette journée d’étude, au cours de laquelle nous proposons de réfléchir sur la prédation envisagée avant tout sous l’angle de la place qu’elle tient au sein des sociétés prédatrices et de leurs évolutions, en l’abordant sous ses différents aspects, aussi bien économiques, que politiques
ou culturels. Il peut être utile d’examiner, par exemple, l’importance de la prédation comme modalité de la circulation des biens, les canaux de distribution ou les formes de partage du butin et du tribut, l’insertion des captifs de guerre dans les économies locales ou dans les circuits du commerce d’esclaves. On pourra s’interroger également sur la place du pillage au sein des suites armées (Gefolgschaften), qui apparaissent souvent comme des groupes orientés en priorité vers l’acquisition de richesses issues d’entreprises guerrières ; sur l’importance de la prédation dans le fonctionnement des pouvoirs, pour lesquels la guerre constitue une importante source de profits ; sur son rôle dans la communication entre regna. Se posent également des questions d’ordre culturel : comment les hommes du Moyen Âge pensent-ils la prédation ? Comment est-elle conçue et légitimée par les intellectuels ? Quel rôle joue-t-elle dans la représentations du pouvoir ? Quels rituels ou cérémonies lui sont associés ?
ou culturels. Il peut être utile d’examiner, par exemple, l’importance de la prédation comme modalité de la circulation des biens, les canaux de distribution ou les formes de partage du butin et du tribut, l’insertion des captifs de guerre dans les économies locales ou dans les circuits du commerce d’esclaves. On pourra s’interroger également sur la place du pillage au sein des suites armées (Gefolgschaften), qui apparaissent souvent comme des groupes orientés en priorité vers l’acquisition de richesses issues d’entreprises guerrières ; sur l’importance de la prédation dans le fonctionnement des pouvoirs, pour lesquels la guerre constitue une importante source de profits ; sur son rôle dans la communication entre regna. Se posent également des questions d’ordre culturel : comment les hommes du Moyen Âge pensent-ils la prédation ? Comment est-elle conçue et légitimée par les intellectuels ? Quel rôle joue-t-elle dans la représentations du pouvoir ? Quels rituels ou cérémonies lui sont associés ?
Ce n’est là qu’un aperçu des questions autour desquelles nous invitons les participants à réfléchir. L’approche se veut délibérément large : chronologiquement, il est souhaitable de remonter à l’Antiquité tardive, en raison des nombreuses continuités que l’on peut observer. La réflexion peut également profiter d’un élargissement aux disciplines proches, comme l’archéologie, qui occupe une place importante dans la problématique de la circulation des richesses, ainsi que l’anthropologie ou l’ethnologie, qui ont intégré depuis un certain temps déjà la thématique de la prédation. Nous ne doutons pas que nous parviendrons ainsi à mieux cerner cette réalité importante, mais encore si peu analysée, des sociétés du haut Moyen Âge.
Organisation: Rodolphe Keller (IFHA, rodolphe.keller @ institutfrancais.de),
Laury Sarti (Universität Hamburg, laury.sarti @ yahoo.co.uk).
Laury Sarti (Universität Hamburg, laury.sarti @ yahoo.co.uk).





