Jugie Sophie, Les pleurants des tombeaux des ducs de Bourgogne, Tielt, Lannoo, 2012, 128 p.
ISBN 978 90 209 5827 0
Relié
128 pages
€ 29,99
Le livre est disponible en néerlandais, français et allemand
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Le mois dernier, nous vous annoncions l’exposition qui se tient à Bruges, jusqu’à la mi-août. C’est au tour du catalogue de Sophie Jugie, conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Dijon, d’être mis en exergue et de bénéficier d’un compte-rendu.
On ne peut que s’émerveiller en tournant les pages de ce volume richement illustré qui constitue le catalogue de l’exposition itinérante Les pleurants. Tant d’amour et tant de larmes. C’est en raison des travaux de restauration menés dans la partie médiévale des bâtiments du Musée des Beaux-Arts de Dijon, où sont conservés les tombeaux des ducs, que les pleurants de Jean sans Peur, si chers aux médiévistes, ont eu l’autorisation de déverser leur cortège de larmes à travers le vieux et mais également le nouveau continent. Après quelques haltes à New York (2010), Saint-Louis, Dallas, Minnéapolis (2011), Los Angeles, San Francisco et Richmond (2012), les statuettes d’albâtre émeuvent cet été les visiteurs du Sint-Janshospitaal de Bruges, avant de partir exprimer leur douleur au Bode-Museum de Berlin et au Musée de Cluny à Paris, pour enfin retrouver leur très redouté duc à Dijon.
L’ouvrage de Sophie Jugie contentera tout autant le grand public que le chercheur en histoire médiévale. Après avoir, en quelques paragraphes, évoqué et replacé le grand siècle de Bourgogne dans son contexte, l’auteur fait rapidement le point sur les artistes ayant les faveurs des ducs. Fondée par Philippe le Hardi, nécropole des ducs, c’est ensuite au tour de la Chartreuse de Champmol, d’être évoquée beaucoup plus en détails. C’est là que le Hardi décide de placer son tombeau, dans le chœur de l’église. C’est là que son petit-fils, Philippe le Bon, le grand duc d’Occident, fait ériger un monument très semblable pour Jean sans Peur, ce père de qui il a porté le deuil durant près de cinq décennies, et Marguerite de Bavière, sa mère. Somptueusement décoré par la famille ducale qui appose sa marque partout où le regard se pose, le couvent des chartreux, où se trouvait également le célèbre Puits de Moïse, traverse les siècles sans trop de dommages jusqu’aux restaurations du XVIIIe siècle et jusqu’à la Révolution française. Les tombeaux des ducs sont démontés en 1792, restaurés à partir de 1819, puis exposés au public dans la salle des gardes du Musée de Dijon dès 1827.
L’auteur se penche ensuite sur les deux tombeaux ducaux autour desquels se déploie un cortège de pleurants d’albâtre, dont la blancheur et la pureté contrastent de manière saisissante avec l’obscurité des dalles de marbre noir sur et sous lesquelles ils évoluent : celui de Philippe le Hardi (+1404) et celui de son fils Jean sans Peur (+1419). On est loin ici des monuments funéraires gothiques de Charles le Téméraire (+1477) et de Marie de Bourgogne (+1482), n’utilisant pas le motif des pleurants mais évoquant la famille ducale, qui se trouvent encore aujourd’hui en l’église Notre-Dame à Bruges. L’originalité des tombeaux des deux premiers ducs, outre les gisants et les anges qui les veillent, sont que les pleurants, motif déjà connu par ailleurs depuis le XIIIe siècle, “ne sont plus isolés, en demi-relief, dans leur arcature, mais semblent glisser sous les arcades d’un cloître”. S. Jugie retrace les étapes de la réalisation des monuments, évoque les artistes qui se sont relayés à leur chevet (Jean de Marville, Claus Sluter et Claus de Werve ; Jean de La Huerta et Antoine le Moiturier), les compare à d’autres installations funéraires aux motifs voisins et prend ensuite le temps d’analyser le thème des pleurants.
Sur les pages suivantes, se déploient enfin le cortège des pleurants du tombeau de Jean sans Peur, grâce à de magnifiques clichés. Une ou deux statuettes par double page, photographiées sur fond noir et bien souvent sous plusieurs angles. Le lecteur ne peut qu’être touché et fasciné par ces pleurants, incroyables de diversité. Tous, enfants de chœurs, diacres, évêque, chantres, chartreux, se distinguent par leur expression, leurs mouvements, leur habillement, leurs accessoires, etc. Les dernières pages de l’ouvrage, consacrée à la restauration du monument, permettent d’apprécier encore davantage le chef d’œuvre que nous ont laissé les artistes bourguignons.






