À la suite des rencontre romaines consacrées aux vecteurs de l’idéel et à la légitimité implicite, et après avoir exploré dans les trois précédents ateliers franco-italiens de Milan en 2010 et 2011, et de Palerme en 2011, deux des composantes essentielles de la communication au sein des sociétés politiques médiévales, il s’agit d’aborder à Turin la notion de valeur et de système de valeurs. Les historiens se sont plutôt jusqu’ici intéressés à la norme, ne serait-ce qu’en raison de ses riches connotations juridiques : mais la réflexion sur les vecteurs de l’idéel a montré que la légitimité, une valeur cruciale dont la reconnaissance par la société politique conditionne le fonctionnement et la survie de l’État moderne naissant est construite non sur des normes de cette nature, mais qu’elle est le produit d’une complexe alchimie, où se mêlent de façon confuse et pourtant efficiente des valeurs appartenant à plusieurs ordres différents, et reposant sur des notions parfois diffuses dans leur généralité. On peut d’ailleurs se demander si, dans le domaine du droit, la valeur n’est pas un concept aussi sinon plus opératoire que la norme ; la valeur n’informe-t-elle pas l’expertise du juge tout autant que la norme ou le code ?
Ces valeurs et les systèmes qu’elles constituent sont donc des objets d’étude cruciaux pour les historiens qui s’intéressent à la société politique, une société dont l’émergence à un lien directe avec celle de l’État moderne, mais qui participe à deux profondes transformations connexes de l’Europe médiévale et moderne : le développement d’une économie d’échange monétarisée d’une part, qui, conséquence à la fois de la croissance économique commencée dès le IXe siècle et de la nécessité de l’échange générée par le prélèvement féodal et accélérée par la renaissance urbaine se poursuit sans relâches en dépit des crises économiques cycliques qui sévissent à partir du XIVe siècle ; et les évolutions contrastées du christianisme et l’institution englobante qu’est l’Église : la réforme grégorienne qui entraîne une complète mutation religieuse, avec l’individualisation du devoir du salut et l’économie de l’au-delà à laquelle elle donne naissance, le développement de l’eucharistie et de la communion qui donne corps à cette ecclesia d’individus, et le renforcement du contrôle juridique et symbolique de l’Église par celui de l’encadrement et de la prédication ; et, en contrecoup, la réforme, de celle, « prématurée » de Wyclif, à celles de Luther et de Calvin en passant par Hus, qui, en réaction provoque le concile de Trente et la Contre-Réforme.
Même si l’on doit s’efforcer de construire en un système cohérent les valeurs chrétiennes ce qui, étant donné le pouvoir symbolique dominant de l’Église, apparaît comme une nécessité pour tenter de déchiffrer l’imaginaire (medieval et early modern), ce système a forcément fluctué en fonction de ces transformations de l’Église médiévale. Mais ces fluctuations sont à étudier en fonction des deux autres phénomènes que nous avons évoqués avec lesquels les valeurs chrétiennes finissent par créer une sorte de matrice tripolaire à partir de laquelle s’élaborent d’autres systèmes de valeurs, notamment sociaux : d’une part, le développement d’une économie monétaire qui confronte le système des valeurs chrétiennes a un système de valeur qui recourt à la mesure d’une part, et introduit une part importante de rationalité dans son fonctionnement (évaluation, expertise, mécanismes de marché …) ; et d’autre part, le développement d’un pouvoir symbolique, concurrent même est loin d’être antagoniste, celui de l’État, que l’on entende par-là la Cité, l’État régional dirigé par un prince ou l’État monarchique. C’est à un examen de la valeur opératoire et heuristique de cette notion de valeur à partir de quatre axes de réflexion : le concept de valeur et les valeurs chrétiennes ; la mesure de la valeur et la valeur dans les structures économiques médiévales et modernes ; la transmutation de ces valeurs en valeurs sociales, et enfin la représentation de la valeur.
Programme : ici
Informations pratiques :
Alori e sistemi di valore (Medioevo ed Età moderna) / Valeurs et systèmes de valeurs (Moyen Age et Age Moderne). Atelier international organisé sous les auspices de l’ERC (program Signs and States. Semiotics of the Modern State) ; avec le concours de l’École française de Rome, du LAMOP, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et l’université de Turin.
Torino, Fondazione Luigi Firpo – Centro di Studi sul Pensiero Politico (Palazzo d’Azeglio). 20-22 settembre 2012.





