Colloque – De l’autel à l’écritoire : aux origines des comptabilités princières en Occident (XIIe-XIVe siècle)

Jeudi 13 et vendredi 14 juin 2013
Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme, Salle Georges Duby – 5, rue du Château de l’Horloge 
Aix-en-Provence, France (13090) 

La mise en place des comptabilités princières, dans le courant du XIIIe siècle, nécessite deux types de réflexion. La première porte sur le personnel mobilisé par le prince, son origine, sa formation et sa culture familiale et professionnelle. La seconde interroge les méthodes de mise à l’écrit, de conservation et de consultation utilisées par les institutions chargées de la comptabilité princière, tout particulièrement les Chambres des comptes. 
Pour ces deux aspects, la réflexion s’est surtout développée en termes d’influences et s’est ainsi portée sur la question de l’apport des milieux urbains, marchands et des institutions communales, ainsi que sur la place du notariat et des hommes de loi. Par exemple, dans le cas de la principauté angevine de Provence, a été noté l’apport probable d’un personnel provenant de la péninsule Italienne, des communes du Piémont, de Lombardie et de Ligurie, de Toscane, en particulier à l’occasion de la venue des podestats et de leur suite lors des mutations des gouvernements communaux. La comptabilité princière entretient vraisemblablement d’étroites relations avec ces milieux et les comptabilités urbaines, mais selon des modalités et une chronologie qui restent à éclaircir, à partir d’une étude précise du vocabulaire institutionnel et de la structure des écrits comptables. En outre, si le recours à un personnel étranger par les gouvernements princiers a donné lieu à de distinctes enquêtes prosopographiques, il reste à mettre en relation leurs compétences avec l’élaboration des méthodes de comptabilité. La circulation de ce personnel qualifié mérite aussi une recherche précise dépassant l’échelle d’une seule principauté territoriale. 

Un autre domaine nous paraît en revanche encore en friche, malgré les perspectives ouvertes par des travaux portant plutôt sur le Moyen Âge finissant. Il s’agit de l’importance de la matrice ecclésiastique dans ce processus d’élaboration, qui tempère ou plutôt complète les pistes laïques décrites ci-dessus. L’enquête devra d’abord porter sur la présence de la comptabilité et sa nécessité au sein de structures ecclésiales et de communautés religieuses pour lesquelles le calcul et le comput sont constitutifs de leur formation intellectuelle. Au sein de milieux ecclésiastiques provenant eux mêmes de milieux urbains, comme les chapitres cathédraux, la mise en place dans le courant du xiiie siècle d’outils comptables améliorant la gestion de la mémoire et de la commémoration des défunts, tels les livres des anniversaires, nécrologes et obituaires, mérite une attention spéciale. Ensuite, le développement d’une fiscalité pontificale, avec les décimes, annates et services, a imposé aux évêques et aux chapitres cathédraux, qui en sont les relais locaux, la mise en place d’une comptabilité bénéficiale et d’une rationalisation de sa gestion qu’il s’agira d’examiner de près. Quelle a été leur conséquence sur l’émergence de compétences spécifiques au sein de ce milieu clérical ? La place des clercs séculiers dans les premières institutions comptables princières, et d’un personnel de notaires et de scribes issu de leur entourage, et en retour la présence de nombreux collaborateurs du prince au sein de ce milieu, doit nourrir enfin une enquête d’histoire sociale de l’institution comptable. Elle ouvrira sans doute de nouvelles perspectives non seulement au regard de l’élaboration des outils comptables, mais aussi du lien qu’ils peuvent entretenir avec certaines de leurs origines. Les enjeux idéologiques sont ici prégnants, quand pareille comptabilité a d’abord été mise en œuvre comme un auxiliaire de l’économie du salut. 

Programme  :

Jeudi 13 juin 2013 

8h30 : Accueil et ouverture du colloque 
Brigitte Marin (directrice de la MMSH et représentante du Président de l’Université d’Aix- Marseille) ; Laure Verdon (directrice adjointe de l’UMR TELEMME) ; Armand Jamme (CNRS)  – Allocutions d’ouverture 
Thierry Pécout (UMR LEM-CERCOR-Université de St-Étienne) – Introduction générale 
9h30-13h – Rationalités et institutions : des hommes aux modèles 
Président – Armand Jamme (UMR CIHAM, CNRS) 
Clément Lenoble (UMR CIHAM, Université de Pékin) – Formation et diffusion de rationalités comptables et religieuses dans l’Europe médiévale (Ve-XVIe siècle) 
Jacques Chiffoleau (EHESS) – Administrer une cure : les officiers de la Chambre apostolique et la gestion paroissiale au XIVe siècle dans le diocèse d’Avignon : l’exemple de Pont-de Sorgue 
Thierry Pécout (UMR LEM-CERCOR, Université de Saint-Étienne) – Aux origines d’une culture administrative : le clergé des cathédrales et la genèse d’une comptabilité princière en Provence à la fin du XIIIe siècle 
Jean-Baptiste Santamaria (Université de Lille 3) – Les ecclésiastiques et la comptabilité des princes : Bourgogne, Pays-Bas méridionaux, XIVe-XVe siècles 
Discussion 

14h30-17h30 – Experts et expertise 
Président – Jacques Chiffoleau (EHESS)


Nicholas Vincent (Université d’East Anglia) – Les pratiques anglaises, traditions et influences : 1130-1280 
Paul Bertrand (Université de Louvain) – Comptabilités artésiennes : pratiques ordinaires et extraordinaires. Les paysages documentaires de Thierry d’Hireçon et de Mahaut d’Artois 
Damien Carraz (UMR CIHAM, Université de Clermont-Ferrand II) et Karl Borchardt (Deutsches Institut für Erforschung des Mittelalters, Monumenta Germaniæ Historica, Munich) – Les pratiques comptables de l’ordre de l’Hôpital en Provence. Le cas de la commanderie de Manosque (années 1260-1320) 
Michel Fol (UMR CIHAM) – Des comptabilités ecclésiales. Comment on tient les registres de comptes dans les institutions canoniales et hospitalières en Savoie à la fin du Moyen Âge 
Discussion 


Vendredi 14 juin 2013 

9h30-12h30 – Circulations et synergies 
Président – Laurent Feller (UMR LAMOP, Université de Paris I et Institut universitaire de France)
Anne Lemonde (UMR CRHIPA, Université de Grenoble II) – Notaires et marchands dans le premier banc des comptes delphinal, 1307-1318 
Jean-Luc Bonnaud (Groupe de recherche sur les pouvoirs et les sociétés de l’Occident médiéval et moderne, Université de Moncton) – Officiers royaux angevins, milieux marchands et économie urbaine (Provence, XIVe-XVe siècle)
Mark Mersiowsky (Université d’Innsbruck) – Entre Brabant et Italie : influences des marchands italiens dans les comptes de l’empereur Henri VII 
Jordi Morelló (Baget Centro de Investigación en Humanidades del Consejo Superior de Investigaciones Científicas, Barcelone) – Sur la révision de la comptabilité bénéficiale dans la Couronne d’Aragon au XVe siècle (ou l’établissement d’une nouvelle assiette fiscale) 
Discussion 

14h30-17h – Les registres du prince 
Président – Noël Coulet (UMR TELEMME, Université d’Aix-Marseille)
Gaël Chenard (Archives départementales des Hautes-Alpes) – La comptabilité capétienne au XIIIe siècle 
Stephan Köhler (Université de Vienne) – La comptabilité dans le comté de Provence – L`administration princière à l’avènement de Charles d`Anjou 
Paolo Buffo (Université de Turin) – Gérer la diversité : les comptables des Savoie-Achaïe face aux comptabilités urbaines et ecclésiastiques 
Discussion et pause 

Jean-Paul Boyer (UMR TELEMME, Université d’Aix-Marseille) – Conclusions

Source de l’information : UMR Telemme

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