Bulletin de la Commission royale d’histoire, vol. 180, 2014, 425 p.
Table des matières :
Nicolas Schroeder et Alexis Wilkin, Documents de gestion inédits provenant de l’abbaye de Stavelot-Malmedy et concernant les domaines de Lantremange, Jenneret et Louveigné (Xe-XIIe siècle) (p. 5-48)
Quatre documents de gestion inédits provenant de l’abbaye de Stavelot-Malmedy et concernant les domaines de Lantremange, Jenneret et Louveigné (Belgique, province de Liège) sont présentés et édités. L’introduction fait le point sur les conditions matérielles de la transmission. La datation des quatre documents reste incertaine, mais une chronologie relative entre le Xe et le XIIe siècle est proposée. Plusieurs réflexions sur l’histoire économique de l’abbaye de Stavelot-Malmedy et de la Lotharingie sont ensuite développées, afin de contextualiser les documents et d’évaluer leurs apports potentiels. Les documents édités et des évolutions historiographiques récentes amènent à plaider pour une révision des modèles classiques d’évolution du grand domaine monastique de l’époque carolingienne au Moyen Âge central. L’introduction se clôt sur quelques réflexions au sujet des structures foncières, de la gestion par l’écrit et des officiers domaniaux de l’abbaye ardennaise.
Jean-Marie Yante, Authentification des écritures et contrôle comptable. Les clercs-jurés dans le Luxembourg aux XVe et XVIe siècles
Apparue dans le duché de Luxembourg à la fin du XIVe siècle ou au tout début du XVe, la fonction de clerc-juré peut être cernée, dans sa réalité du XVIe siècle, par la mise en œuvre des instructions adressées en 1529 par la Chambre des Comptes de Bruxelles au titulaire dans la capitale, par plusieurs dispositions de la coutume d’Arlon de 1532 et par le rapport de la mission menée dans le duché, en 1546, par deux commissaires de la Chambre des Comptes. Ce dernier document révèle divers dysfonctionnements en matière de tenue des écritures ainsi que des cas d’allégeance à l’égard de receveurs ou de prévôts. Pareille situation nuit forcément à la crédibilité des certifications établies pour les recettes et dépenses du domaine princier ou d’offices de justice. Les clercs-jurés jouent également un rôle non négligeable en matière d’authentification des écritures, voire de traduction de celles-ci. En l’absence d’une étude prosopographique de ce corps, quelques profils sont néanmoins connus et révèlent l’appartenance de plusieurs agents à des dynasties professionnelles.
Raymond Fagel, Het Bourgondische hof van Karel V als koning van Spanje. De hofstaat van 21 juni 1517 (p. 69-137)
La nouvelle ordonnance de cour, datée du 21 juin de 1517, a été rédigée pour préparer le prochain départ de Charles V vers l’Espagne. Comparé avec l’ordonnance précédente, celle du 25 octobre 1515 (entrée en vigueur le 1er janvier 1516), cette nouvelle ordonnance montre un changement assez significatif dans l’organisation et la structure de la cour. La pratique courante de ‘service à terme’, selon Werner Paravicini l’une des caractéristiques les plus marquées de la cour bourguignonne, est complètement abolie. Ainsi, le nombre total des personnes présentes à chaque moment connaît une augmentation considérable, tandis que le nombre total des personnes qui peuvent se vanter de faire part de la court, au moins pendant quelques mois de l’année, se trouve en forte baisse. Ce document, généralement négligé, montre de quelle manière la cour de Bruxelles tâchait d’implémenter les adaptations exigées par l’héritage espagnol. Une véritable rupture s’annonce dans le caractère et la structure de la cour, une rupture d’ailleurs déguisée par la terminologie inchangée des départements et fonctions de la cour. La tâche de refléter tous les territoires sous la domination de Charles V à été rendue beaucoup plus difficile par les changements introduits par le nouveau ordonnance de 1517, ce qui pourrait expliquer, au moins en partie, les tensions qui ne tarderaient pas à se produire entre la cour bourguignonne et l’aristocratie espagnole. L’ordonnance de 1517 est un document bureaucratique d’ordre provisoire, rédigé par plusieurs mains, avec ratures et additions. Les noms de quelques fonctionnaires ont été laissés ouverts, pour être remplis plus tard. Cette édition, la première qui est complète, a cherché à identifier le plus grand nombre possible des fonctionnaires nommés dans le document.
Francis Brumont et Jean-Philippe Priotti, Identités marchandes. Merciers et hommes d’affaires dans le commerce entre les Pays-Bas et l’Espagne (1533-1556) (p. 139-360)
Outre la publication d’une correspondance inédite entre des merciers navarrais fréquentant les foires de Castille et de grands marchands internationaux résidant aux Pays-Bas, les auteurs étudient dans l’introduction à ces lettres de nombreux aspects des liens personnels et commerciaux qui unissent cette province et le royaume de Castille. Ils s’intéressent en premier lieu aux hommes d’affaires établis à Anvers (émigrés béarnais, castillans et basques), à leurs interrelations, aux liens maintenus avec leur patrie d’origine ainsi qu’à leur stratégie d’ascension sociale en terre d’accueil. Les petits merciers, sans envergure comparable, recourent à leur protection, à leur financement et à leur médiation pour amplifier le champ de leur activité, et imbriquent de cette façon grand négoce et commerce de détail. Déconvenues et conflits s’ensuivent. Sont également abordés les aspects proprement économiques de ces échanges: marchandises, trajets, système des foires, crédit et changes, les missives publiées permettant une analyse fine de la conjoncture et des répercussions des décisions politiques sur la vie commerciale et même sur la vie privée des acteurs, tout comme sur leur univers mental, dont la correspondance donne un aperçu très vivant.
Source de l’information : Commission royale d’Histoire





