Cette rencontre est la dernière d’une série sur la compétition dans les sociétés du haut Moyen Age. Il s’est avéré que la démarche opposant compétition et coopération était réductrice, car elle occultait les formes de coopération entre des partenaires en compétition et elle conduisait à accentuer l’opposition entre périodes dites de crise et périodes dites de stabilité.
La rencontre de Francfort a d’emblée mis l’accent sur les jeux, qui relèvent d’une compétition non agressive, contrôlée, entre des partenaires qui non seulement ne cherchent pas à éliminer les autres, mais qui sont aussi capables de coopérer. Dans les rencontres qui ont suivi et qui ont mis au cœur de l’analyse le sacré et les ressources, la Game theory a été plusieurs fois convoquée pour comprendre les stratégies développées par des partenaires multiples, qui doivent tenir compte de nombreux facteurs interdépendants, alors qu’aucune décision ne peut être prise isolée d’une autre série de décisions. La théorie des jeux permet de comprendre que très souvent les compétiteurs acceptent de perdre avant de gagner, et que parfois, plutôt que de gagner, ils peuvent vouloir simplement neutraliser leurs rivaux, les empêcher de prendre avantage sur les autres, dans l’espoir de mieux gagner ailleurs, un processus pour lequel les chercheurs en sciences sociales ont forgé le terme de « coopétition ». La coopétition permet de définir le jeu des interactions entre des acteurs qui rivalisent et qui collaborent en même temps, en insistant de plus en plus sur la dimension psychologique des interactions. Le choix de collaborer avec un compétiteur implique en effet de la confiance (trust). Or, c’est précisément la fides – qui combine fidélité, foi et confiance- qui est le lubrifiant essentiel de la société médiévale, mais le climat de confiance et la capacité à coopérer en rivalisant varie selon les périodes, selon les lieux et selon les catégories sociales.
Dans ce colloque, on cherchera à tester le modèle de la coopétition dans une dimension chronologique. A l’aide de cas concrets, il s’agira de déconstruire la notion de période de crise et de période de stabilité, au prisme de la coopétition, ou si l’on préfère du rapport amitié-haine. On prendra en compte les différents paramètres (nature des interactions d’un côté, volonté /capacité des autorités à susciter le consensus et la coopération, volume des biens en compétition, convergence et conflit de valeurs de l’autre). On sera donc particulièrement attentif aux jeux d’échelle (en particulier aux relations centre-périphérie, à toutes les époques considérées) et au degré d’intégration des acteurs sociaux dans des groupes plus ou moins larges : dans un groupe très large, le degré d’intégration est faible, il y a peu de compétition et peu de collaboration, sauf si une autorité supérieure cherche à insuffler une forte identité, au besoin contre des ennemis extérieurs. En revanche, des relations plus intenses, dans des communautés comme les familles, les monastères, les fraternités et confraternités, les guildes, ou même les cours, peuvent susciter collaboration et émulation, sans pour autant que la société soit davantage « pacifiée » ou ordonnée.
On souhaite prendre en compte tous les espaces et focaliser l’attention sur trois périodes caractérisées, semble-t-il plus que d’autres, par une alternance d’instabilité et de stabilité sur le plan politique : 550-650, 800-900, 1050-1120.
Jeudi 19 mars
13h30 Accueil
14h-14h30 : Régine Le Jan (Paris-1) – Introduction
550-650
14h30-15h : Verena Epp (Marburg) – Coopétition à la cour de l’Empire Romain d`Orient (400-650)
15h-15h30 : Stefano Gasparri (Venise) – Compétition ou collaboration ? – Les Lombards, les Romains et les évêques jusqu’au milieu du VIIe siècle
15h30-16h : Hans Werner Goetz (Hambourg) – Grégoire de Tours a-t-il perçu la coopétition ?
Pause
16h30-17h : Charles Mériaux (Lille-3) – L’accès à l’épiscopat et à l’abbatiat : un marqueur de crise en Gaule mérovingienne (milieu VIe-milieu VIIe siècle) ?
17h-17h30 : Bruno Dumézil (Paris Ouest) – La compétition pour la régence en Austrasie entre 575 et 587
17h30-18h : Thomas Lienhard (Paris-1) – Remarques à propos des partages territoriaux mérovingiens dans la seconde moitié du VIe siècle
Vendredi 20 mars
550-650 (suite)
9h-9h30 : Adrien Bayard (Paris-1) – De la civitas au royaume. Analyse des réseaux en coopétition pour la cité de Clermont (550-580)
9h30-10h : Ian Wood (Leeds) – La compétition monastique à l’âge de saint Colomban
10h-10h15 : Pierre Pelloux (Paris Ouest) – Conclusion intermédiaire
Pause
800-900
10h45-11h15 : Philippe Depreux (Hambourg) – Une institution « coopétitive » entre les élites ecclésiastiques et laïques au IXe siècle ? L ́avouerie dans l’empire carolingien
11h15-11h45 : Martin Gravel (Paris-8) – Pourquoi Loup ne s’est-il pas présenté à l’assemblée de Chartres ? Les tactiques coopétitives de l’affaire de Saint-Josse
11h45-12h15 : Warren Pezé (Paris-1, Paris Ouest) – Compétition et fidélité à l’épreuve de la guerre civile, 838-843
12h15-12h45 : Marco Stoffella (Vérone) – Collaborazione e competizione nelle esecuzioni testamentarie dell’Italia carolingia
Déjeuner
14h30-15h : François Bougard (Paris Ouest, IRHT) – Évêques et comtes entre concurrence et collaboration
15h-15h30 : Tiziana Lazzari (Bologne) – Arcivescovi e aristocrazie di Ravenna e Regno: contrasti, rivalità e rapporti di collaborazione
15h30-16h : Giorgia Vocino (Cambridge, IRHT) – Garder ses distances tout en restant fidèles. La redéfinition de la géographie de la sainteté entre Rome, Farfa et Spolète (VIIIe-IXe siècles)
Pause
16h30-17h : Alban Gautier (Boulogne) – Alfred le Grand et les pagani : entre confrontation et coopération
17h-17h30 : Shane Bobricki (Harvard) – La compétition et la foule entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge
17h30-17h45 : Sylvie Joye (Reims) – Conclusion intermédiaire
Samedi 21 mars
1050-1120
9h-9h30 : Charles West (Sheffield, Berlin) – From Co-opetition to Competition? Relations between the laity and the religious in southern Lotharingia, c.1050-1120
9h30-10h : Florian Mazel (Rennes 2) – Frères ennemis et arbitrage pontifical. La compétition intra-familiale au sein des lignées princières françaises à l’âge grégorien
10h-10h30 : Geneviève Bührer-Thierry (Paris-1) – Coopérer, rivaliser dans le royaume de Germanie (1050-1105)
Pause
11h-11h30 : Chris Loveluck (Nottingham) – Coopétition et monde urbain, c. 1050 – 1120 : études de cas archéologiques du nord-ouest de l’Europe
11h30-12h : Vito Lorè (Roma Trè) – Coesione aristocratica e competizione politica. Italia meridionale, XI secolo
12h-12h30 : Stéphane Gioanni (École française de Rome) – Les actes de donations royales et aristocratiques aux églises latines dans le Royaume croate (Xe-XIe siècle) : de l’écriture du consensus et à la compétition
Déjeuner
14h30-15h : Adam Kosto (Columbia) – Too Many Kings? Iberia, 1050- 1120
15h-15h30 : Lucie Malbos (Paris-1, Evry) – Le roi, les grands et les évêques : alliés ou concurrents dans la Norvège d’Olaf III ?
15h30-15h45 : Steffen Patzold (Tübingen) – Conclusion intermédiaire
Pause
16h15-17h15 : Cristina La Rocca (Padoue) et Chris Wickham (Oxford) – Conclusions générales
Informations pratiques :
Venise, Scuola grande di San Marco
Campo SS. Giovanni e Paolo, Castello 6777, Venezia
Sala San Domenico
19-21 mars 2015
Colloque international organisé
par l’université Cà Foscari de Venise (Dipartimento di Studi Umanistici)
et l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne (UMR 8589 LAMOP)
Secrétariat du colloque :
Chiara Provesi (chiara.provesi@unive.it)
Source de l’information : École française de Rome







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