Congrès – Réseaux et société. 140e Congrès du CTHS

Du lundi 27 avril au samedi 2 mai 2015
Lycée Saint-Jean-Baptiste de la Salle, 20 rue de Contrai, Reims

image CTHSLe thème retenu pour le 140e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, qui se tiendra à Reims du 27 avril au 2 mai 2015, « Réseaux et Société », est à la fois un hommage à notre institution, le Comité des travaux historiques et scientifiques, soucieux de regrouper un savoir en réseaux, et une plongée dans les recherches les plus novatrices que viennent conforter les techniques modernes d’Internet.

Le mot « réseau », du latin retis, qui a donné « rets » et « réticulaire », est d’un usage ancien : il apparaît dès le XIIe siècle sous la forme de « resel » et désigne un petit filet pour la chasse ou la pêche. C’est encore en ce sens qu’il est utilisé au XVIIe siècle, tandis qu’il sert aussi à nommer une partie de la coiffe des femmes, la résille. Au siècle suivant, le mot est adopté par les tisserands pour qualifier l’entrecroisement des fibres. Il passe en même temps de la métaphore textile à la métaphore médicale pour désigner l’appareil sanguin et le système nerveux. S’ajoute, au milieu du XIXe siècle, un certain nombre de définitions topographiques qui s’appliquent aux routes et aux chemins de fer, à l’eau, aux égouts, au téléphone, à l’information, etc. Le réseau devient une affaire de tracés et de cartes, théorisé par des graphes, modélisé par des formes. Entrelacement, contrôle, circulation, topologie entrent donc dans la définition des réseaux auxquels ces usages métaphoriques attribuent un grand pouvoir de suggestion. Mais il revient aux sciences sociales de les avoir transformés en un usage analytique et d’avoir élaboré une définition opératoire de la notion de réseau, avec principes méthodologiques et indicateurs spécifiques.

En 1954, John Arundel Barnes est le premier sociologue à en avoir théorisé l’existence en rapport avec la société, dans un article qui fait toujours référence, où il le définit sous le nom de networks. Remettant en cause le primat de l’analyse de la société selon le principe des classes, il entend décrire concrètement les relations d’un individu à un autre en mesurant la distance et le nombre d’intermédiaires qui les séparent. Selon ce système, aucun réseau social n’est clos et, par nature, il reste incomplet. Actuellement, les sociologues utilisent largement la notion de « réseaux sociaux », dans deux directions. La première porte sur le devenir du capitalisme, comme le font Luc Boltanski et Eve Chiapello quand ils décrivent les réseaux comme la pierre angulaire de son évolution : la société et surtout ses chefs sont devenus des consommateurs de connexions qui servent à légitimer ce que ces auteurs appellent la « cité par projets » que prendrait la forme actuelle du capitalisme. La seconde approche privilégie les technologies de l’information et surtout les liens créés par le web (Facebook, etc.) pour définir la société en réseaux, comme le montrent les travaux de Manuel Castells sur les rapports entre les réseaux sociaux et la vie politique et économique, en particulier en ville. Mais cet auteur constate aussi que le déploiement techno-économique ne suffit pas à fonder la société car un certain nombre de valeurs sont à la base de toute organisation sociale ou économique et « résistent » à la logique de l’individu et du marché qui caractérise la domination dans cette société en réseaux.

Utilisé par les historiens, le concept doit être adapté à des problématiques qui sont propres à une évolution de la société dans le temps et dans l’espace. Il a l’avantage de placer l’individu comme un acteur au sein de la société et de ne pas définir sa place de façon seulement monolithique, par son sexe, sa naissance, son âge, sa profession, sa fortune, son éducation, sa religion, etc. Le même individu peut en effet se situer au sein de plusieurs relations sociales. Il en possède dès sa naissance et il les enrichit au cours de son existence, si bien qu’on peut parler de « réseaux donnés » et de « réseaux acquis ». Il peut aussi appartenir à des réseaux entrecroisés où il ne joue pas le même rôle. De ce fait, les notions d’exclusion et d’inclusion se trouvent brouillées car elles ne peuvent qu’être relatives à un réseau donné.

Dans l’espace géographique, l’inscription des réseaux sociaux se fait selon des modalités spécifiques : lieux qui sont « têtes de réseaux », axes qui forment des réseaux matériels de liaison entre les pôles précédents et les lieux qui constituent des relais de la circulation sociale, « portes » d’accès à de nouveaux réseaux sociaux et économiques, par exemple dans les circuits des migrations nationales et internationales qui lient sociétés d’origine et sociétés d’accueil.

Les rencontres de Reims devront donc s’attacher à identifier les réseaux qui constituent les infrastructures des sociétés et à cerner leur évolution. L’importance de la conjonction de coordination « et », qui unit réseaux et société dans le titre du Congrès de 2015, doit être soulignée. Elle oblige à nous interroger sur le lien entre nos pratiques et le tout abstrait qui nous unit, et finalement sur nos manières de vivre ensemble. Projet ambitieux donc, que nous aborderons avec le regard croisé des sciences humaines.

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Source : CTHS

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