Au lendemain des guerres napoléoniennes, le Moyen Age apparut comme cet instant fondateur où s’était révélé le génie propre des « nations ». Au service du discours politique, tous les supports culturels furent convoqués et l’on explora ou même exploita le Moyen Age sous toutes ses formes. En même temps cependant, au cours de ce même XIXe siècle, dans les pays européens, l’histoire voulut progressivement s’affirmer comme une discipline scientifique. Si la naissance de la médiévistique bénéficia incontestablement du nouveau « goût du Moyen Age » qui s’était emparé des esprits, leurs rapports ne furent donc pas dépourvus d’ambiguïté. Partant de la question des sources médiévales, assemblées en un corpus conçu d’emblée comme polymorphe (publication et édition critique des textes médiévaux, tri, classement, ouverture des archives aux chercheurs et au public, inventaire des œuvres d’art…), les vingt-six contributions de ce volume mettent en évidence les nouvelles pratiques de l’histoire et comment à travers elles furent posées les bases modernes du travail de l’historien. Confrontant les grandes entreprises érudites – et de plus modestes – lancées un peu partout en Europe, et les figures d’historien qui les animèrent, spécialistes du Moyen Age et du XIXe siècle conjuguent leurs approches pour comprendre comment s’ébaucha alors une construction de l’histoire entre idéal scientifique, rêve et instrumentalisation.
Michel Bur – Avant-Propos
I. Une nouvelle histoire a l’échelle de l’Europe
Jean-Marie Moeglin – Naissance de la médiévistique ? Des antiquaires-érudits aux historiens-professeurs
Jean-Philippe Genet – De l’antiquary au médiéviste : révolution ou transition ?
Éric Bousmar – Inventorier, publier, étudier. Naissance de la médiévistique en Belgique, du Romantisme à Henri Pirenne
Franco Franceschi – La médiévistique dans l’Italie unifiée (1861-1914) : intérêts de recherche et rapport aux sources
Éloise Adde-WomÁČka – Le « Renouveau national tchèque », un second souffle pour les sources médiévales de Bohème ?
Ryszard Grzesik – The editions of Polish narrative sources in the 19th century
Denis Menjot – Agnès Magron – L’histoire du Moyen Âge dans les premières revues scientifiques en espagnol (1871-1964). Une première approche comparative quantitative
II. Pratiques de l’histoire et travail de l’historien
Odile Parsis-Barubé – Une médiévistique romantique. Les sociétés françaises d’antiquaires et les sources médiévales (1830-1870)
Julie Lauvernier – Archiver vs éditer. Apprentissage et méthodes de constitution des corpus documentaires et archivistiques de l’archiviste dijonnais Joseph-François Garnier (1829-1862)
Dominique Adrian – Les Chroniken der deutschen Städte. Les chroniques urbaines allemandes entre fondation de l’unité nationale et usages d’aujourd’hui
Stéphane Péquignot – La publication des documents des Archives de la Couronne d’Aragon (ca 1840 – ca 1920). Enjeux, pratiques, effets
Adrien Quéret-Podesta – Travaux philologiques, recherches textuelles et identification des auteurs anonymes dans la médiévistique du XIXe siècle : l’exemple du Gallus Anonymus
Dominique Flon – Les historiens de la numismatique lorraine et la formation des grandes collections au XIXe siècle
III. Grandes entreprises érudites et figures d’historien
Gerhard Schmitz – Les Monumenta Germaniae Historica
Isabelle Guyot-Bachy – Auguste Molinier et les Sources de l’histoire de France
Xavier Hélary – Charles-Victor Langlois. Le maître désabusé de l’école méthodique
Mireille Chazan – L’historiographie messine au XIXe siecle : enjeu scientifique et enjeu politique
Catherine Guyon – L’abbé Chatton : Un exemple du développement de la médiévistique en Lorraine avant la Première Guerre mondiale
IV. Construire l’histoire entre rêve et instrumentalisation
Jean-Michel Leniaud – L’invention du monument gothique
Jean El Gammal – Histoire, nation et politique : la place du Moyen Âge en France des années 1870 a 1914
Laurence Buchholzer – Écrire l’histoire des ligues urbaines et en éditer les actes
(espaces germaniques, XIXe – début XXe siècle)
Pit Péporté – Les débuts de la médiévistique au Luxembourg ? L’oeuvre de Jean Schoetter (1823-1881) et la construction de la nation luxembourgeoise
Dominique Valérian – Louis de Mas Latrie, historien du Maghreb. L’usage des documents d’archives européens dans la construction de l’histoire du Maghreb médiéval
László Veszprémy – Famous debates on source criticism in nineteenth-twentieth century Hungary: the new foundations of medieval studies
Christian Amalvi – En guise de conclusions. De l’art et la manière de « fabriquer » le Moyen Âge, de l’époque romantique a nos jours
Informations pratiques :
Isabelle Guyot-Bachy et Jean-Marie Moeglin (éd.), La naissance de la médiévistique. Les historiens et leurs sources en Europe au Moyen Age (XIXe – début du XXe siècle). Actes du colloque de Nancy, 8-10 novembre 2012, Genève, École Pratique des Hautes Études, 2015 (Hautes Etudes médiévales et modernes, 107). X + 550 p., 19 illustrations, 152 x 220 cm. ISBN : 978-2-600-01380-2. Prix : 65,40 €.
Source : Droz







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