Le séminaire de laboratoire de l’UR H.L.L.I. (EA 4030) prend la forme de quatre journées d’étude de 6 h chacune. Les séminaires auront lieu à Boulogne-sur-Mer, au 2e étage du Pôle de Recherche SHS, 25, rue Saint-Louis.

Présentation du thème du séminaire :
Chez Homère et Eschyle, les étrangers qui ne parlaient pas le grec étaient qualifiés de barbares, car ils le parlaient mal ou ne le parlaient pas et faisaient entendre des bredouillements incompréhensibles. L’expression n’est pas méprisante, mais la perception du barbare évolue très vite au contact des guerres médiques qui amènent les Grecs à construire leur identité culturelle et leurs valeurs en face de leurs irréductibles ennemis. Dès lors, le barbare devient un étranger à leur civilisation, un anti-modèle. Un Autre inassimilable. Désormais s’installe une vision négative des barbares qui seront vus à travers la norme éthique et culturelle des Grecs, une vision dont hériteront les Romains, même si ceux-ci ont parfois délibérément choisi de les intégrer à leur Empire par pragmatisme politique. Cette représentation dichotomique opposant civilisés et non civilisés s’est durcie lorsque les Goths, les Vandales, les Huns, parmi d’autres barbares, envahissent les anciennes provinces romaines. Dès l’Antiquité tardive et plus encore au Moyen Âge, l’image du barbare se complexifie en revêtant à l’occasion une dimension religieuse qui était tout à fait étrangère aux conceptions antiques : en effet, le barbare se superpose de plus en plus au païen, voire à l’hérétique, sans pour autant se confondre avec eux. La découverte de mondes nouveaux conduit bien souvent à une appréciation dévalorisante des peuples rencontrés. Leurs mœurs étonnent et parfois même révulsent. Les sacrifices humains et l’anthropophagie des Amérindiens amènent les Européens du XVIe siècle, quoique fascinés par certains aspects de leur culture, à parler de barbarie et à tenter de les « civiliser ». Mais cette incompréhension n’est pas le seul fait des Européens. Les Aztèques des hauts plateaux mexicains considéraient eux même comme barbares les peuples semi-nomades du nord du pays qui vivaient de chasse et de cueillette.
Pour l’historien, cette vision de l’Autre permet certes de cerner les principes fondamentaux sur lesquels se construisent les civilisations et en particulier la civilisation européenne, mais nuit à la connaissance intrinsèque des barbares qui ont rarement parlé d’eux-mêmes et dont les usages ont été souvent caricaturés, incompris ou tout simplement passés sous silence. En Orient comme en Occident, des civilisations ont nourri aussi des barbaries endogènes qui ont franchi les frontières de l’humain, en programmant les premiers génocides de l’histoire, un phénomène sur lequel les philosophes, les littéraires et les historiens n’ont pas fini de s’interroger. En ce début du XXIe siècle, avec les attentats du 11 septembre et l’intensification du terrorisme, la barbarie tend à la négation de l’Autre et de sa civilisation et peut-être même de toute civilisation et elle n’en est que plus difficile à appréhender.
La représentation des barbares et de la barbarie a beaucoup évolué de l’Antiquité à l’époque Contemporaine. Les barbares eux-mêmes furent tantôt victimes, tantôt bourreaux. Avons-nous raison d’utiliser ce mot partout et en toutes occasions, de globaliser un terme qui recouvre des réalités très différentes ? Il devient nécessaire de contextualiser la connaissance du monde barbare, d’envisager même de dissocier parfois les concepts de « barbares » et de « barbarie », comme le fait Roger-Pol Droit (Généalogie des Barbares, 2007). En gardant à l’esprit que l’histoire des barbares est toujours, ou presque toujours, tributaire de l’histoire de la représentation du monde barbare.
Programme :
3 mars 2016 : Étranger et étrange. Images de barbares dans l’ Antiquité
9h30-12h30
J.-L. Podvin : « La vision des étrangers en Égypte pharaonique »
D. Gondicas : « Qu’est-ce qu’un barbare dans la Grèce antique ? »
14h-17h :
J. Napoli : « Nudité, tatouage, cheveux longs : portraits de barbares à l’époque romaine »
J. Bel : « Le limes germano-rétique : perceptions d’une frontière de l’époque romaine à nos jours »
17 mars 2016 : Images de barbares au Moyen Âge : une autre vision de l’Autre ?
9h30-12h30 :
A. Lestremau : « Filii paganorum non imitantes paternos ritus. L’évolution de la notion de barbarie pendant la période anglo-saxonne »
A. Gautier : « Saints et barbares ? Modèles paradoxaux de sainteté dans un monde post-romain (VIe-XIIe siècle) »
14h-17h :
S. Joye : Université de Reims/Institut Universitaire de France, « La femme barbare, idéaux et fantasmes »
J. Devaux : « Hommes et terres des confins dans la littérature française du Moyen Âge tardif »
31 mars 2016 : Des barbares à la barbarie. Époques moderne et contemporaine
9h30-12h30 :
E. Roulet : « Sacrifices humains et anthropophagie des indiens du Mexique ou les limites de la civilisation »
C. Borde : « La guerre sous-marine : « Barbarie des Huns occidentaux » face au droit international (1915-1919) »
14h-17h :
S. Martin : « S’allier avec les barbares: la France et les Indiens de Nouvelle-France au XVIIIe siècle »
L. Ma : « Frontière et défense : la construction de la Grande muraille et la défense contre les mœurs et invasions des barbares »
30 mars 2016 : Barbares au cinéma et dans la littérature contemporaine
9h30-12h30 :
M. Rolland : « L’image des Indiens d’Amérique dans le western hollywoodien »
C. Vetters : « La représentation hollywoodienne des extra-terrestres, nouveaux barbares du XXe siècle »
14h-17h :
M. Arouimi : « Alchimie du barbare »
B. Santini : « Évoquer la barbarie pour mieux en réchapper. Le cas de la poésie chilienne des XIXe-XXIe siècles »
Source : CRHAEL






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