Appel à contribution – Objets : genre, pratiques, représentations (Italie, Moyen Âge – Âge baroque)

Appel à contributions pour la revue en ligne Cahiers d’études italiennes (Filigrana)

(https://journals.openedition.org/cei/)

La culture matérielle des sociétés préindustrielles n’est pas un sujet nouveau mais c’est un sujet qui se renouvelle périodiquement depuis les années 1970.

Les récentes parutions de nombreux travaux et volumes collectifs mobilisant historien·ne·s et historien·ne·s de l’art signale la vitalité d’un questionnement qui tend à déplacer le regard sur la culture matérielle d’une histoire de la consommation, du luxe vers une anthropologie historique de la matérialité. Les objets sont désormais reconnus comme des acteurs historiques à part entière. On cherche leur valeur au-delà de leur simple fonction utilitaire. On leur reconnaît une vie propre, sensible : les objets créent le lien social, connectent des mondes lointains entre eux ; dans leur mobilité entre les espaces, les personnes et le temps des générations, ils se transforment, ils changent d’usage, de signification et de valeur, ils se resémantisent tout au long de leur cycle de vie. 

Du côté de l’italianistica en revanche, les objets et la culture matérielle en général ne semblent pas constituer un champ d’investigation aussi distinct, pour la période préindustrielle du moins. S’il existe des publications circonscrites sur ce thème pour la période xiiie-xviie, les artefacts modernes et contemporains semblent, dans les quelques publications transversales sur les objets dans la littérature italienne, constituer le point de départ de l’enquête. Ce phénomène s’expliquerait en partie par le fait qu’une pensée théorique des objets dans et par la littérature n’aurait émergé qu’au xixe siècle, tandis qu’au Moyen Âge, à la Renaissance et à l’Âge baroque, les objets s’inscriraient et se fondraient dans un système métaphorique, symbolique ou allégorique plus large.

Tous ces questionnements peuvent difficilement faire l’économie du genre, qui permet d’envisager les objets au-delà de leur matérialité propre, dans leurs rapports aux hommes et aux femmes mais aussi au sein des relations sociales entre les hommes et les femmes d’une part, et d’identifier des différences ou des similitudes dans ces rapports à la matérialité, voire des cas de transmission, d’échange, de réinterprétation ou de réappropriation d’autre part. Des numéros thématiques de revues d’histoire des femmes comme Genesis (Italie, 2006) et Clio (France, 2014) avaient déjà posé quelques jalons, mais nous souhaitons y revenir en intégrant de nouvelles perspectives, de nouvelles sources, avec une approche résolument interdisciplinaire qui fera dialoguer littérature, histoire, histoire des arts. 

Les quelques pistes de réflexion que nous indiquons ci-dessous, sans prétendre être exhaustives, sont indicatives de l’orientation de la recherche et des axes que nous souhaitons explorer dans ce numéro de la revue Cahiers d’études italiennes (Filigrana) :

  • Agency des objets et des acteurs : comment les objets et les pratiques matérielles à la fois fabriquent, permettent de dire, de négocier et de déjouer des rôles de genre, des identités sociales et des appartenances (à un territoire, à une confession religieuse, à un corps politique ou de métier). À ce titre, les représentations littéraires et artistiques des objets peuvent être utiles pour comprendre le genre attribué par les auteur·e·s ou artistes à un certain nombre d’objets, assumant le rôle d’attribut ou d’avatar. Ils permettent alors de cerner des personnages stéréotypés en fonction de leur genre et de leur classe sociale, surtout dans des œuvres narratives nécessitant la compréhension immédiate des protagonistes (nouvelles, pièces de théâtre). Hommes et femmes sont souvent associés à des objets indiquant leur activité professionnelle (armes, outils ou alors instruments de cuisine, de couture, objets liés à la puériculture ou à l’obstétrique etc.) ou leur aisance économique (description de biens propres précieux : linge de maison, petit mobilier, argenterie, bijoux, coffres, accessoires de toilettes et de soin du corps). Il serait également intéressant d’analyser les types d’objets qui « réunissent » les genres, comme le lit matrimonial.
  • Le langage des objets : quels messages non-verbaux sont-ils à même de communiquer ? Quelle mémoire, quelles émotions façonnent-ils et transmettent-ils, notamment dans les sociétés où l’écriture est loin d’être un médium accessible à toutes et à tous ? 
  • (Im)mobilités des objets : comment les normes réglementant les propriétés des hommes et des femmes affectent des pratiques matérielles liées à la circulation spatiale et intergénérationnelle des objets (crédit, dons, legs pieux etc.), mais aussi à leur immobilisation ? Comment, dans les œuvres littéraires, les objets disent-ils la transgression, lorsque les femmes, par exemple, s’emparent d’objets généralement considérés comme masculins, comme les armes ou les braies, ou lorsque les hommes se retrouvent « prisonniers » d’objets féminins (enfermés dans des coffres, par exemple) ou volent les objets précieux des femmes pour les revendre ? 
  • Le genre des processus de production, création et consommation : quels sont les gestes (comme fabriquer, acheter, commanditer, réemployer, recycler etc.) qui président aux différentes modalités d’acquisition et distribution des biens dans les sociétés préindustrielles ? Comment ces gestes genrés sont-ils décrits, représentés et connotés ?
  • Connaissances de la culture matérielle (material literacy) : quels savoir-faire les gestes de manipulation de la matière révèlent-ils (savoir-faire artisanaux, connaissances des matières, estimation de la qualité des biens) ? Comment ces savoirs et compétences sont-ils acquis ? Que nous disent-ils de l’éducation des hommes et des femmes ? Que nous disent-ils du rapport genré à la matérialité ? 
  • Hybrides sujet-objet : quid des cas où objets et personnes ont un statut ontologique intermédiaire, comme les esclaves réifié·e·s dans les contrats notariés de négociation (location, vente etc.) et les inventaires après-décès médiévaux, ou les objets qui reproduisent certaines fonctions du vivant, tels les crucifix animés, ou les objets agissants de la littérature (bien représentés au Quattrocento dans des textes d’Alberti ou Léonard de Vinci par exemple) ?

Conformément à la perspective transdisciplinaire de la revue Cahiers d’études italiennes (Filigrana), les contributions pourront relever de l’histoire comme de l’analyse littéraire ou linguistique et pourront également accueillir des approches plus spécifiques en histoire de l’art et en archéologie ; elles auront l’Italie du Moyen Âge à l’Âge baroque comme point d’ancrage. On portera un intérêt particulier aux propositions présentant une approche interdisciplinaire, notamment en mobilisant des sources de diverses nature : textuelles (archives, textes littéraires), et matérielles (images, vestiges archéologiques, collections d’objets).

Les propositions (500 mots maximum), en français ou en italien, sont à envoyer avant le 4 septembre 2023 aux quatre adresses ci-dessous :

Isabelle Chabot : isabelle.chabot@unipd.it

Serena Galasso : serena.galasso@ehess.fr 

Elise Leclerc : elise.leclerc@univ-grenoble-alpes.fr

Victoria Rimbert : victoria.rimbert@sorbonne-nouvelle.fr

Pour les normes rédactionnelles, voir :  https://journals.openedition.org/cei/2047?file=1 

Les contributions (60 000 signes maximum) seront également envoyées à ces adresses, en fonction du calendrier ci-dessous. 

Calendrier :

Date de réponse du comité éditorial : 15 septembre 2023.

Envoi des contributions retenues : 15 mars 2024.

Envoi des articles après corrections : 15 juin 2024.

Publication dans la revue : septembre 2024.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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