Appel à contribution – Les spectres de la faim dans la littérature et la langue (Moyen Âge-XXIe siècle)

Appel à contributions pour le volume XXXVII (octobre 2024) des Travaux de littérature, publiés par l’ADIREL (Association pour la diffusion de la recherche littéraire) :

Les spectres de la faim dans la littérature et la langue (Moyen Âge-XXIe siècle)

Le thème de la faim, parfaitement étudié en histoire et dans les études démographiques, est au cœur des sciences humaines, sociales et anthropologiques : les périodes de grande famine ou de disette sont fréquentes du Moyen Âge à la guerre des farines (à la veille de la Révolution, la France connaît des périodes de pénurie ou de nourriture insuffisante) et conduisent à des représentations littéraires ou textuelles. Tout aussi intéressantes que les références directes au manque de nourriture ou à la hantise d’en manquer, sont les diverses manières dont les textes contournent, transforment et dépassent le thème pour en proposer des représentations déformées, inversées ou fantasmées. La faim hante la langue française à travers métaphores, images, expressions, bien après que la France et l’Europe à partir du xixe siècle sont sorties de la période marquée par les famines collectives (avec de terribles exceptions toutefois, dues à des conflits politiques)

Si le thème de la faim a été étudié dans un grand nombre d’ouvrages critiques, force est de constater que les spécialistes de littérature ont plutôt abordé la face positive des thèmes de la nourriture et de l’alimentation : la satiété, la gourmandise, la commensalité, le goût, les manières et conversations de table, la convivialité et la sociabilité autour des repas. Dans une perspective d’histoire littéraire, la faim est un thème caractéristique et parfois définitoire de certains sous-genres littéraires comme le roman picaresque souvent appelé « roman de la faim ». Le présent volume aimerait apporter un nouvel éclairage sur les représentations de la faim en l’abordant selon les axes suivants (non limitatifs) :

– La faim et son rapport aux genres littéraires : contes, romans, poèmes, pièces de théâtre, etc. On pourra s’interroger sur la manière dont le thème de la faim est transposé, déplacé voire sublimé en fonction du genre littéraire qui s’en empare. Contrevenant frontalement et brutalement aux règles de bienséance, la faim, thème bas par excellence puisqu’il réduit l’homme à son animalité, est bien au cœur de l’exclamation horrifiée de Des Grieux devant l’explication ignoble de Manon Lescaut qui oppose sa peur de la faim au sublime de la grande passion amoureuse. La faim dessine donc une frontière entre les genres, entre les styles, entre les niveaux de langue, entre les types de personnages (Arlequin fait bruyamment figurer, sur les scènes de théâtre, l’éternelle faim des pauvres) et leurs différents statuts à la fois sociaux et littéraires.

– Les figures : sujet de métaphores, d’innombrables emplois figurés, la faim est une hyperbole du langage qui permet de dire l’extrême du besoin. On la retrouve dans les textes évoquant le sacré ou la mystique, mais aussi dans les textes libertins et érotiques.

– La faim du picaro et ses multiples héritages littéraires. On a coutume de dire et de lire que le picaro français qui prolonge et copie celui qui est né en Espagne au XVIe siècle est un picaro « supérieur », car il ne craindrait pas la faim. Il faudrait reprendre à nouveaux frais cette affirmation car, à lire de près et dans le détail, si l’omelette de poussins tend à disparaître (encore que La Mouche de Mouhy ­offre en 1736 un exemple saisissant de repas immonde) dans les aventures des picaros français, le thème demeure présent, d’une manière infléchie et revisitée.

– Le langage politique. L’expression « mourir de faim » (mais également toutes les expressions autour du « pain », nourriture de subsistance et image symbolique) se trouve dans de très nombreux textes et elle sert couramment et fréquemment comme l’expression d’une limite de la vie et du langage pour dire l’insupportable, qu’il soit d’ordre moral, économique ou politique. On pourra suivre cette expression et ses échos dans la littérature des différentes périodes envisagées afin de mesurer son évolution de la littérature à l’éloquence politique, mais aussi les déplacements des seuils de sensibilité indiqués par son trajet.

Ce volume constituera le numéro XXXVII des Travaux de littérature, publiés par l’ADIREL (diffusion Droz). Les articles (entre 20 000 et 60 000 signes) sont à rendre avant le 1er juin 2024.

Les propositions d’articles (titre, corpus étudié, quelques lignes de résumé) à envoyer avant le 1er octobre 2023 à florence.magnot-ogilvy@univ-rennes2.fr

Source : Fabula

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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