Appel à contribution – Samouraïs et chevaliers à l’écrit et l’écran, cultures des mondes médiévaux et de la première modernité : regards croisés sur les enjeux historiques, mythologiques et artistiques

Université de Poitiers & Université de Paris Sorbonne-Nouvelle Laboratoires de recherche CESCM (UMR 7302) & PRISMES (EA 4398)

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 Ce colloque international propose d’explorer les points de jonction ou passerelles culturelles, les différences et/ou les similitudes essentielles dans le monde oriental et occidental de la période médiévale et de la première modernité tels que représentés dans les productions artistiques, littéraires, picturales et cinématographiques. Si les aires d’exploration sont larges, une place prépondérante est accordée au Japon pour l’Orient, sans pour autant exclure la Perse ou l’Asie (Inde et Chine), ainsi qu’à l’Europe anglaise, septentrionale et méditerranéenne pour l’Ouest.

Le premier volet, consacré aux définitions et aux repérages chronologiques, s’attachera à cerner l’étude des grandes valeurs sociales, politiques et culturelles prévalant à ces périodes. Si les termes « médiéval » et « de la première modernité » s’appliquent tout autant au monde oriental qu’à l’occident, ils peuvent néanmoins être à géométrie variable selon les approches adoptées par les historiens et les pays ou les parties du monde concernées.

Comment définir le « Japon médiéval » ? On peut parler d’une période globalement inscrite entre l’ère Heian ou ère impériale (710-1185) et celle de l’unification du Japon opérée par la dynastie des Tokugawa à l’ère Edo (1603-1868), du Japon des samouraïs (1336-1573) ou encore de Japon féodal, et envisager l’organisation sociale hiérarchisée selon laquelle les chefs de clan, les daimyos et leurs guerriers samouraï imposent leur loi sur le territoire avant celle imposée par les shoguns.

On pourra donc s’interroger sur la notion même de « médiéval » (ou de « médiévalité »), se demander comment elle est liée à une série d’événements historiques et culturels marquant les grandes étapes de l’évolution humaine des collectivités concernées. Il s’agira de voir comment cette notion peut s’envisager comme une question d’état d’esprit, de valeurs ou d’éthique(s) plus que de simple chronologie. Si les samouraïs sont de grands guerriers, ils représentent également l’élite sociale, prônent des valeurs élevées (honneur, bravoure, loyauté, sens du sacrifice de soi) et sont adeptes d’arts dramatiques nobles (le théâtre Nô). La période plus largement qualifiée de période de la première modernité (1600-1800), puis le bakufu (fin de la période Edo, à la limite extrême de notre période d’analyse) voit le déclin progressif de la caste jusqu’à sa disparition à l’ère Meiji également marquée par l’émergence de nouvelles organisations sociales et culturelles.

Les productions artistiques locales, écrits, peintures ou films (films historiques, films de chambara, de samouraï ou jidaigeki), offrent de très nombreux échos de ces périodes, notamment le sengoku jidai ou Âge du pays en guerre (1467-1573) et la période pré-Edo (1573-1600), ainsi au cinéma les chefs d’œuvre d’Akira Kurosawa (Les Sept Samouraïs, Kumonosu jo / Le Château de l’Araignée, La Forteresse cachée, Kagemusha, Ran) ou de Kenji Mizoguchi (Les Amants crucifiés, Ugetsu / Contes de la lune vague après la pluie), ou encore son Chûshingura / Les Quarante-sept ronins pour la période Edo plus tardive, également souvent représentée dans les estampes du 18e siècle.

On pourra également s’intéresser à l’occident médiéval et de la première modernité selon une perspective historique, à aborder les questions relatives à la chevalerie, ce que l’on en connaît, les mythes et les légendes qui lui sont attachées, leurs représentations dans les textes, peintures ou films (Excalibur,

John Boorman), ou les valeurs éthiques qu’elle glorifie et qui définissent l’esprit de la chevalerie, en fait proche de l’esprit samouraï malgré les différences immédiates.

Le deuxième volet sera consacré à l’artiste et à son sens de l’histoire via une approche biographique et esthétique. Il s’agira de voir comment l’artiste-auteur d’hier et d’aujourd’hui — qu’il soit poète (haiku), romancier ou conteur de légendes, homme de théâtre, peintre, graveur d’estampes ou cinéaste — rend manifeste sa propre conscience de l’histoire, ce qu’il sait ou pressent de son époque ou du passé historique et légendaire, et comment il parvient à représenter son expérience et sa vision du monde par le biais d’un mode de représentation artistique propre. La représentation artistique permet également toutes variantes éthiques. On distinguera les perspectives résolument topiques et locales (Seppuku / Harakiri, Masaki Kobayashi) de celles qui se veulent plus générales et « universalisantes » (Kurosawa, Shakespeare et les adaptations occidentales).

Le troisième volet portera sur le rôle des mythologies en tant que marqueurs culturels fort(s des deux mondes, marqueurs locaux, ou plus larges, tendant vers l’universel : les bestiaires et les grandes figures mythologiques transversales (araignée, renard, loup), les sorciers et les sorcières, les grandes notions spirituelles,comme le bouddhisme et le sens de l’éphémère ou de la transcendance pour l’humain et la nature (mujô), ou les approches artistiques variées liées à la représentation de la nature. On pourra envisager ce qui pourrait relier les grands mythes humains, le Fatum grec, l’animisme shinto et le transcendantalisme occidental, la Roue de la Fortune de la Renaissance et la Roue de la Vie ou Roue de l’Être bouddhiste. Peut-on dès lors parler de choc des cultures ? Au-delà des différences immédiates, peut- on tisser la trame de schémas éthiques et philosophiques communs, d’une « trans-éthique », et de formes d’humanisme universelles ?

On pourra donc s’interroger sur :

–   Les aspects matériels des cultures médiévale et de la première modernité, est et ouest : artefacts, armes et armures, objets de culte réels et/ou représentés.

–    Les rites et pratiques quotidiennes, religieuses et culturelles des classes sociales et groupes concernés.

–  Les valeurs spirituelles ou ambiguïtés éthiques, notamment concernant le samouraï ou le ronin, le samouraï sans maître ; les différences et les équivalences avec les croyances et les valeurs des chevaliers.

–   Le film historique et légendaire dans les contextes médiévaux et post-médiévaux asiatiques (Inde et Chine).

–   Les apports esthétiques et éthiques spécifiques à la représentation picturale et cinématographique pour la construction du légendaire ou la reconstitution réaliste, ou les deux simultanément.

Les communications de vingt-cinq minutes maximum, en anglais ou en français, seront suivies d’une discussion d’une dizaine de minutes avec le public.

Une sélection de ces communications pourra donner lieu à une publication.

Une présentation bio-bibliographique (250 mots maximum) et un abstract (de 500 mots maximum), en anglais et en français, sont à envoyer avant fin mars 2024 à :

Anne-Marie Costantini-Cornède : amccde@gmail.com

& Pascale Drouet : pascale.drouet@univ-poitiers.fr

Samurai and Knights, Medieval and Early Modern Worlds East and West in Texts and Films:

Inter-Cultural Echoes and Historical, Mythological and Aesthetic Perspectives
 

This international conference explores the cultural differences, similarities and potential bridges between the eastern and western worlds as envisaged during the medieval and early modern periods, including their represention in art, texts and legends, poetry, and pictorial and cinematographic productions. Since the areas of investigation are expansive, Japan is granted a primary place as the pivotal

axis for the eastern world. This does exclude Persia, India or China. The northern, English and Mediterranean European areas will primarily represent the occidental world.

The conference’s first section will examine time periods and the main chronological landmarks. It will focus on the major cultural, social, political and ethical values prevailing at the times. Though the expressions “medieval” and “early modern” are used for both the east and west, they bear different meanings according to the specific approaches adopted by historians or the various countries or parts of the world concerned. What does the expression “Medieval Japan” actually mean then?

By and large, the period concerned may be included between the Imperial or Heian era (710-1185) and the Edo era, when the Tokugawa dynasty (1603-1868) unified Japan after a long period of clannish wars. One may also speak of “samurai Japan” (1336-1573) or feudal Japan as social issues may be raised as well, and the expressions related to specific political and socio-cultural organisations, namely how the daimyos or warlords and their samurai-warriors imposed their law before the shoguns could impose their own, new order.

 Addressing these questions thus implies investigating the shades of meaning conveyed by the very term “medieval” (and, one could also say at times, ‘medievalism’), as a concept connected to the historical and cultural events that represent the major landmarks of great social and human evolutions. The matter should thus be tackled in terms of cultural attitudes, a sum of values and ethics, rather than merely a matter of chronology. If the samurai were indeed seen as instrumental in war and as a caste of glorious warriors grounding their feats on basic virtues and values (honour, bravery, loyalty, and the sense of self-sacrifice), they also represented a social elite perfectly learned in high – brow cultural arts like the Noh drama. Their power gradually declined during the early modern period, notably the bakufu (at the very end of the Edo era, the limit of our area of investigation) until they finally disappeared as a caste in the Meiji or “Enlightenment” era, itself featured by the emergence of new social and cultural organisations.

Local artistic productions, texts, paintings or (historical, samurai or jidaigeki) films, give us echoes and provide us with many viewpoints on such periods, namely the sengoku jidai or the Warring States period (1467-1573) and the pre-Edo one (1573-1600) in jidaigeki masterpieces like Akira Kurosawa’s Seven Samurai, Throne of Blood / Castle of the Spider’s Web, The Hidden Fortress, Kagemusha, Ran, or Kenji Mizoguchi’s Crucified Lovers, Ugetsu. The Edo, later period is also often represented in films (Mizoguchi’s famous Chûshingura / The Forty-Seven Ronin) as well as eighteenth-century prints.

This section will also address the medieval and early modern western worlds, the question of knights and knighthood and their related history, myths and legends, their representations in paintings, engravings or films (Excalibur, John Boorman), as well as the main spiritual and ethical values, which defined the spirit of knighthood and which perhaps were not entirely dissimilar to the samurai spirit beyond the most obvious material differences.

The second part will address the artist’s sense of history via a biographical and aesthetic approach. It will analyse how the artist of the past or today, the poet (haiku), the novelist or tale-teller, the play- writer, the painter, engraver or printer, and the filmmaker (the screenwriter or the director) is able to impart their own perception of the history of his time or of the past; it will also consider the ways they choose to represent their experience and vision of the world by means of their own artistic language. Various modes of representations may allow artists to convey subtle ethical variations. Historical perspectives may be differentiated, for instance between those that appear resolutely topical and local (Seppuku, Masaki Kobayashi) and those that convey more general or universal viewpoints (Kurosawa, his Shakespeare & Western adaptations).

The third part concerns the roles played by mythologies as primary cultural landmarks for both the east and west, and whether they may be seen as strictly local or wider and more universal. It addresses bestiaries and the major mythological figures (spiders, wolves, foxes), witches and sorcerers, and major spiritual notions like Buddhism and the sense of the ephemeral and transience regarding human nature (mujô) or the various artistic hues and ways to apprehend landscapes and nature. Great human myths will be considered or how they may be fundamentally differentiated and / or connected: Shinto animism and Western transcendentalism, the Greek Fatum, The Renaissance Wheel of Fortune and the Buddhist Wheel of Life and Wheel of Being…

May one then still speak of cultural gaps or shocks? Beyond immediate differences, could bridges be established? Could common philosophical schemata and ethics (or “trans-ethics”) or universal forms of humanism be delineated?

One may thus consider:

–  Material aspects of the medieval and early modern cultures east and west: the artefacts, weaponry and armours, and cult objects, whether they are real and / or represented.

–   The every-day rites and cultural or religious practices of the social classes or groups concerned.

–     Spiritual values or ethical ambiguities, namely concerning the samurai and the “ronin” (masterless samurai), the differences and/or similarities with the beliefs and values held by medieval knights.

–   The historical and legendary film set in medieval and post-medieval Asian contexts (India and China).

–  The ethical and aesthetic dimensions brought by the pictorial and cinematographic representation, notably how the legendary is construed or constructed and/or realistic reconstitutions, or both simultaneously.

Papers, in French or English, will not exceed twenty-five minutes. Oral presentations will be followed by a ten-minute discussion with the public.

A selection of papers may be published later.

Proposals (500 words maximum) with a short bio-bibliography (250 words maximum) indicating your affiliation and research interests should be sent by late March 2024 to

Anne-Marie Costantini-Cornède : amccde@gmail.com

& Pascale Drouet : pascale.drouet@univ-poitiers.fr

Source : Fabula

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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