Séminaire – Le Moyen Âge de Max Weber IV. Recherches en sociologie médiévale

Les mardi 06 février, 12 mars, 19 mars, 10 avril, 14 mai, 04 juin

de 9h30 à 12h sur Zoom Séminaire d’Alexis Fontbonne, avec la collaboration d’Isabelle Kalinowski

Séminaire organisé dans le cadre du laboratoire Pays germaniques (UMR 8547 CNRS/ENS) et du CéSor

L’ensemble des séances du séminaire se feront par le lien suivant :

Participer à la réunion Zoom : https://us06web.zoom.us/j/88027419924?pwd=RStqUGlaNlI3QUw3bVZNZ0N2RDdYZz09

ID de réunion : 880 2741 9924

Code secret : sur demande

06 février : The Power of protocol, la question de la bureaucratie pontificale (David d’Avray) 12 mars : La thèse de Max Weber sur les sociétés commerciales médiévales
19 mars : Die Stadt (Wilfried Nippel)
10 avril : Zoroastrism 1 (Amir Ahmadi)

14 mai : Bouddhisme 2 (Vincent Eltschinger)
04 juin (à confirmer) : Zoroastrism 2 (Götz König)

Le Moyen Âge de Max Weber IV Recherches en sociologie médiévale

Le séminaire de cette année commencera (06 février 2024) par une actualité bibliographique consacrée à l’ouvrage de David d’Avray The Power of Protocol Diplomatics and the Dynamics of Papal Government, c. 400 – c.1600, Cambridge, Cambridge University Press, 2023. Dans ce livre, David d’Avray propose de répondre à la question posée par Othmar Hageneder : comment l’Église et la chrétienté pouvaient-elles être gouvernées sans un appareil administratif correspondant, qui aurait pu vérifier et surveiller la justesse des prémisses des documents émis par la chancellerie et leur application in partibus ? Les travaux de Brigide Schwarz ( Die Organisation kurialer Schreiberkollegien von ihrer Entsehung bis zur Mitte des 15. Jahrhunderts. Tübingen, Niemeyer, 1972) ont en effet montré que la conception classique de la bureaucratie comme corps hiérarchisé de fonctionnaires salariés effectuant un travail dans des bureaux séparés du monde domestique ne correspondait en rien à l’organisation des agents de la Curie. Dans ces conditions, David d’Avray, par l’étude de la diplomatique pontificale identifie dans la forme même des relations d’une part entre la Curie et ceux qui requièrent son expertise et d’autre part entre la Curie et ses scribes, la condition de possibilité d’une organisation rationnelle et adaptative de l’appareil administratif pontifical.

Les deux séances suivantes (12 mars et 19 mars) seront consacrées à deux des textes wébériens pour lesquels l’étude du Moyen Âge revêt un rôle central. D’une part, la première publication de Max Weber, qui peut être considérée comme sa thèse de doctorat (1889-1894), fut consacrée à l’étude du droit des sociétés commerciales au Moyen Âge. Encore considérée comme une référence dans l’histoire du droit commercial, ce travail dépasse largement son point de focal principale (les sociétés de commerces des cités italiennes) et mobilise un certains nombres de conceptions qui ont fait l’objet de débats importants dans la médiévistique (la question de la « communauté germanique » par exemple). Dans la seconde séance, Wilfried Nippel présentera les travaux de recherche qu’il a effectué lors de l’édition de La Ville afin d’identifier les sources médiévales de Max Weber. En effet, même si La Ville constitue un véritable travail d’histoire comparée à plusieurs échelles (entre ville occidentale et ville orientale, ville antique et ville médiévale, ville médiévale du sud et du nord), la focale de Weber est centrée sur la ville médiévale du nord et ses spécificités comme condition d’émergence d’une forme de vie capitalise.

Les trois dernières séances seront consacrées aux religions anciennes, le bouddhisme et le zoroastrisme. La séance du 14 mai 2024 constituera la conclusion de la séance de l’année précédente en abordant deux questions importantes d’un point de vue wébérien : la fin du bouddhisme en Inde, pour laquelle Max Weber avait formulé plusieurs hypothèses explicatives qu’il faut confronter aux connaissances modernes, et la question des formes de rationalisation de la doctrine. Nous essaierons aussi, en deux séances (10 avril, 04 juin), d’aborder la question du zoroastrisme qui occupe une place particulière dans un point central de l’argumentaire wébérien, celui du lien entre la forme agro-pastoral et les conditions de possibilités d’une religion éthique :

Les paysans ne sont que très rarement la couche qui porte de prime abord les formes non magiques de religiosité, quelles qu’elles soient. La prophétie de Zarathoustra en appelle il est vrai, en apparence, au rationalisme (relatif) du travail paysan ordonné et de l’élevage, pour combattre la religiosité orgiaque des faux prophètes et la torture animale (ces orgies comme les cultes d’ivresse combattus par Moïse étaient vraisemblablement associées à des pratiques bachiques consistant à déchiqueter des bœufs). Étant donné que, pour le parsisme, seul le sol cultivé était magiquement « pur », et que l’agriculture passait, par conséquent, pour l’activité agréable à Dieu par excellence, il conserva lui aussi, après une adaptation au quotidien qui lui fit subir des transformations considérables par rapport à la prophétie originelle, un caractère agricole marqué, et, par suite, des traits spécifiquement anti-bourgeois, dans son orientation vers l’éthique sociale. Cependant, si la prophétie zoroastrienne elle-même mit en mouvement des intérêts économiques, ce furent sansdoute davantage, à l’origine, ceux que des princes et des seigneurs fonciers avaient à la solvabilité de leurs paysans que les intérêts des paysans eux-mêmes. En règle générale, la paysannerie reste centrée sur la magie météorologique, la magie animiste ou le ritualisme et, dans le cadre d’une religiosité éthique, sur une éthique strictement formaliste du « do ut des » face à Dieu et aux prêtres.

Sans développer davantage, on peut noter combien ce cours extrait révèle l’honnêteté intellectuelle de Max Weber, capable de s’opposer à lui-même un contre-exemple puissant. En revanche, aussi bien les éléments de connaissance du sociologue sur le zoroastrisme, l’originalité de sa position par rapport aux auteurs contemporains dominants et enfin la manière dont il évacue la question peuvent être l’objet de questionnement qui, étant donné qu’ils nourrissent la question des conditions sociales de possibilité d’une religion éthique joue un rôle déterminant pour la réflexion sur toute économie symbolique.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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