Colloque – David et Goliath. Colloque Graphè 2024

Jeudi 21 et vendredi 22 mars 2024
Arras – bâtiment K : amphithéâtre ‘Jacques Sys’
organisé par Jean-Marc Vercruysse
avec le soutien financier d’Arras Université et de l’Institut d’Étude des Faits Religieux

Dans la lutte entre les Philistins et l’armée de Saül, le géant Goliath propose un combat singulier pour en finir avec la guerre. Mais seul le berger David se porte volontaire dans le camp des Hébreux. Contre toute attente, armé de sa fronde, le plus jeune fils de Jessé abat Goliath dans la vallée des Térébinthes

et, après s’être emparé de son épée, lui tranche la tête. Tous les Philistins s’enfuient mais sont poursuivis et tués par les hommes d’Israël. Le roi, fidèle à sa promesse, fait de David son gendre. Cet épisode est relaté dans le livre de Samuel (1S 17,1-58) et également mentionné dans le Coran (2,251).

Au-delà de la question de l’historicité des faits soulevée notamment par I. Finkelstein et N.A. Silberman, l’humilité du berger face à l’arrogance du géant est le premier enseignement de l’épisode qui marque le triomphe du peuple hébreu sur ses ennemis. David est vainqueur car il a mis sa foi dans Yahvé. Titien a magistralement représenté le berger remerciant Dieu de sa victoire. David apparaît d’emblée comme un personnage emblématique dont le premier fait d’armes annonce de grandes qualités humaines et la stature d’un futur monarque. Il incarne la bravoure et la hardiesse. Face à lui, l’arrogant Goliath, bardé de fer, représente le géant digne des contes populaires, symbole de la force brutale et ennemi de Dieu. Son attitude rappelle les récits homériques où les chefs se lancent des défis avant de s’affronter. Dans ce face à face aux accents épiques, tout oppose les protagonistes – leur origine, leur âge, leur condition, leur taille, leur armement et leur comportement.

La lecture typologique de l’épisode s’enracine dans la généalogie de Jésus, héritier de David (Mt 1,1). Au IIIe siècle, avec Hippolyte de Rome, le combat de David contre Goliath est vu comme la figure de la lutte du Christ contre Satan. Il préfigure la victoire finale de Pâques. Plus largement, la lutte symbolise le combat du Bien contre le Mal. L’épisode prend rapidement une dimension politique. Au Moyen Âge, modèle du chef combattant au service de Dieu, David est le précurseur du « roi très chrétien ». La Renaissance souligne son héroïsme. Le David de Michel-Ange exalte les vertus civiques de la jeune république florentine. Religion et politique s’entremêlent dans les guerres entre catholiques et protestants où prédomine le jugement de Dieu. En attestent Du Bartas et Du Bellay qui écrit une longue « monomachie », à la fois narrative et lyrique. Le combat biblique est alors considéré comme la référence en matière de duel. Parfois assimilé à une chanson de geste, il n’échappe pas à l’ironie voltairienne. La nouvelle comme chez Jack London, la bande dessinée sous le trait minimaliste de Tom Gauld, la science-fiction avec Scott Westerfeld, le cinéma à travers les adaptations de Richard Pottier, des frères Wallace ou de David B. Ricard témoignent d’une foisonnante postérité de l’épisode.

Ce combat (David versus Goliath) a donné naissance à une expression proverbiale qui s’adapte à de nombreuses situations. La victoire du faible contre le fort, de l’intelligence contre la force, utilisée dans des contextes très différents, exprime toujours une lutte inégale et incertaine entre les deux adversaires en présence.

Au regard de la péricope vétérotestamentaire, dans une perspective diachronique et une démarche interdisciplinaire, le colloque porte sur les récritures littéraires et artistiques que l’affrontement entre David et Goliath a suscitées dans la culture occidentale afin de retracer les grandes étapes de sa réception. Les actes du colloque seront publiés dans le volume Graphè 33 à l’Artois Presses Université (printemps 2025).

jeudi 21 mars 2024

matin

présidence de séance : J-M. Vercruysse

9h : Accueil des participants
9h 30 : Introduction par Jean-Marc VERCRUYSSE, directeur de Graphè

10h : Philippe MOLAC (Institut Protestant de Paris) Samuel 17, 1-58 :

une inversion paradigmatique épique de la force et de la faiblesse

11h : pause
11h 15 : Megumi TANABE (Université du Kansai)

Représentation du deuil ou du désir de maternité ? L’iconographie de l’enfant David combattant Goliath dans les livres d’heures d’Anne de Bretagne

présidence de séance : L. Olivier-Messonnier

14h : Itaï BLUMENZWEIG (Université de Pennsylvanie) Glaive, fronde, prière :

faire les guerres de religions avec David et Goliath

14h 45 : Aurélien BOURGAUX (Universités de Liège et de Genève) La figure de Goliath dans la controverse réformée au XVIe siècle

15h 30 : pause
15h 45 : Pauline BRULEY (Université d’Angers)

Usages rhétoriques de David et Goliath au XIXe siècle

16h 30 : Béatrice FERRIER (Université de Lille)

David et Goliath
adapté en théâtre de marionnettes pour la jeunesse

après-midi

vendredi 22 mars 2024

matin

présidence de séance : B. Ferrier

9h : Géraldine ROUX (Études sur les Monothéismes, LEM-CNRS) Goliath et les lignages des géants. Exégèses talmudiques et médiévales

9h 45 : Agathe GIRAUD (Université d’Artois) Gavroche, Gilliatt et les nouveaux David dans l’œuvre de Victor Hugo : la puissance des faibles

10h 30 : pause
10h 45 : Laurence OLIVIER-MESSONNIER (Université Lyon I)

David et Goliath : épisode biblique instrumentalisé par la littérature enfantine de guerre (1870-1918) ?

11h 30 : Paula ALMEIDA MENDES (Université de Porto) La réception de l’épisode de David et Goliath

dans la littérature portugaise et brésilienne : textes et contextes

après-midi

présidence de séance : J.-M. Vercruysse

14h : Virginie ROCHE-TIENGO (Université d’Artois) Réécritures vétérotestamentaires de l’affrontement entre David et Goliath

sur la scène irlandaise de 1904 à 2023

14h 45 : Vivien YOMBE (Université d’Artois) Goliath contre David chez Jack London :

une aventure sociopolitique dans l’Amérique des temps modernes

15h 30 : pause
15h 45 : Erik PESENTI ROSSI (Université de Strasbourg)

À propos de trois adaptations cinématographiques de David et Goliath

16h 30 : Conclusion du colloque.

Source : Université d’Artois

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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