« Le genre et la mort. Approche croisée : archéologie, histoire et anthropologie sociale » 26 et 27 novembre 2024, Strasbourg
Argumentaire
Depuis les années 1980, la question du genre (ou « sexe social ») est devenue un axe de recherche à part entière et de nombreux travaux, notamment conduit en anthropologie culturelle et sociale, ont permis d’insister sur la pluralité des transcriptions possibles du biologique par le social. Françoise Héritier déclarait ainsi que « les caractères observés dans le monde naturel sont décomposés, atomisés en unités conceptuelles, et recomposés dans des associations syntagmatiques qui varient selon les sociétés. Il n’y a pas de paradigme unique. […] Il demeure qu’autant pour la construction des systèmes de parenté (terminologie, filiation, alliance) que pour les représentations du genre, de la personne, de la procréation, tout part du corps, d’unités conceptuelles inscrites dans le corps, dans le biologique et le physiologique, observables, reconnaissables, identifiables en tout temps et lieux ; ces unités sont ajustées et recomposées selon diverses formules logiques possibles, mais possibles aussi parce que pensables, selon les cultures. L’inscription dans le biologique est nécessaire, mais sans qu’il y ait une traduction unique et universelle de ces données élémentaires » (HÉRITIER 1996, p. 22).
Si les différences biologiques servent ainsi de base à la conceptualisation du genre, les fonctions assignées aux hommes et aux femmes dans le corps social sont sujettes à une importante variabilité se reflétant avant tout dans la division socio-sexuée du travail et l’organisation sociale du travail de procréation (MATHIEU 2014). Le genre constitue de cette manière, avec l’âge, un élément structurant des sociétés humaines (e.g. MATHIEU 2014 ; LAHIRE 2023). Il est rendu visible par une « grammaire » culturellement établie reposant sur l’association d’outils privilégiés avec l’un des sexes, mais peut également s’exprimer par des tatouages, des bijoux, des vêtements, ou encore des « techniques du corps » (JULIEN et ROSSELIN 2005 ; MAUSS 2021 [1921] ; SOFAER 2006). Ces derniers éléments sont toutefois susceptibles de revêtir un caractère polysémique en raison de l’imbrication de l’identité de genre d’ego avec son identité individuelle, mais aussi et surtout avec des identités collectives telles que l’âge, le statut social ou marital. Par ailleurs, bien que le sexe biologique serve de point d’ancrage au genre, l’anthropologie sociale a pu mettre en évidence des cas « tangents » dans plusieurs sociétés « traditionnelles », qui admettaient des divergences entre le sexe biologique d’ego et son sexe social (cross‑gender) : ce phénomène a notamment été mis en évidence chez certaines tribus indiennes d’Amérique du Nord (cf. berdaches), ou encore chez les inuits (e.g. MATHIEU 2014 ; SALADIN D’ANGLURE 2004).
Si ces observations témoignent de la complexité des comportements humains, il n’en demeure pas moins que le genre constitue un outil d’analyse permettant d’aborder les sociétés anciennes et actuelles de manière inédite et d’interroger les modalités des rapports sociaux de sexe. En dépit des multiples facteurs susceptibles d’exercer un rôle sur le traitement des défunts, la sphère funéraire se révèle être un domaine particulièrement propice à ce type d’études : le genre peut en effet être signifié au cours des différentes étapes du temps funéraire (e.g. rituels, préparation du corps, funérailles), conjointement à d’autres aspects (SØRENSEN 2006).
Les limites posées par la nature des données archéologiques, ainsi que l’absence d’écrits pour les sociétés pré- et protohistoriques, conduit à proposer une approche croisée faisant dialoguer archéologues, historiens et anthropologues dans l’optique de confronter les différentes méthodes mises en place afin d’aborder la question du genre. Ces rencontres jeunes chercheuses et chercheurs se focalisent ainsi sur trois axes de recherche et ont vocation à aborder le genre dans la mort en rassemblant des communications consacrées aux périodes préhistoriques, historiques et contemporaines, et ce sans limites géographiques.
Axe 1 – les traitements funéraires spécifiques au genre du défunt
Le traitement du cadavre (e.g. préparation, transport), tout comme sa mise en terre, ou encore les moyens mis en œuvre pour matérialiser la tombe du défunt, peuvent être influencés par l’identité de genre de ce dernier. On s’interrogera donc ici sur les éléments mobilisés pour distinguer les femmes des hommes : ils peuvent par exemple concerner les modalités de traitement du corps, son orientation et sa position, ou encore l’architecture de la tombe elle-même (e.g. dimensions des fosses, aménagements internes, systèmes de marquage). On portera par ailleurs une attention particulière aux interactions connues ou suspectées entre l’identité de genre et d’autres identités sociales (e.g. âge au décès, statut social, handicap). La distinction entre individus peut également se traduire par des lieux de dépôt distincts (habitat ou cimetière), voire par une sectorisation au sein de l’espace funéraire. En cela, les approches spatiales cherchant à mettre en évidence une segmentation de la zone funéraire en fonction de critères pouvant relever d’identités collectives (e.g. genre, âge au décès, statut social, regroupements familiaux identifié par la paléogénomique) pourront être discutées.
Axe 2 – la matérialisation du genre à travers le mobilier funéraire
Le mobilier funéraire constitue un élément clé pour l’appréhension de l’identité sociale des défunts. Il s’agit ici de se pencher sur les biens matériels et immatériels mobilisés pour matérialiser leur genre : les individus se distinguent-ils dans la mort par certains types d’objets ou par des assemblages spécifiques ? Existe-t-il au contraire des contrastes entre hommes et femmes se traduisant par le dépôt des artefacts en des zones particulières de la tombe ? Des divergences entre les biens généralement associés aux hommes ou aux femmes et leur sexe biologique ont-ils été relevés ? Le cas échéant, de quelle(s) manière(s) ont-ils été interprétés et sur la base de quels arguments ?
Axe 3 – la sphère funéraire : une clé de compréhension des rapports sociaux de sexe
Outre les aspects précédemment évoqués, différentes sources ou méthodes permettent d’apporter un éclairage supplémentaire sur la question des rapports sociaux de sexe existant ou ayant existé au sein de la population « inhumante ». On pensera par exemple aux écrits, à l’iconographie, ou encore aux analyses paléopathologiques et isotopiques, qui fournissent des indications non négligeables sur les modalités de la division sexuée du travail ou encore sur l’existence de pratiques alimentaires distinctes selon le genre des défunts. En anthropologie sociale et culturelle, les observations faites tout au long du temps funéraire peuvent être confirmées par les données acquises sur la population étudiée durant une ou des mission(s) de terrain.
Modalités de soumission
Les propositions de communication sont à envoyer en anglais ou en français à l’adresse colloquegenre2024@gmail.com, accompagnées d’un curriculum vitae
avant le 28 juin 2024
Elles devront être d’une longueur maximale de 400 mots et indiquer l’axe dans lequel elles s’inscrivent. Les propositions sélectionnées par le comité scientifique seront annoncées en fin août. Les communications orales (français ou anglais) auront une durée de 20 minutes et seront suivies par 10 minutes d’échanges avec la salle.
Comité d’organisation
- Ludivine Capra, Doctorante en Archéologie romaine, Université de Strasbourg
- Andrea Charignon, Doctorante en Archéologie protohistorique, Université Toulouse Jean Jaurès
- Juliette Floquet, Docteure en Archéologie du Proche-Orient, Université de Strasbourg
- Océane Vaux, Doctorante en Archéologie médiévale, Université de Strasbourg
- Laura Waldvogel, Docteure en Préhistoire, Université de Strasbourg
Source : Calenda







Vous devez être connecté pour poster un commentaire.