Appel à contribution – Soft matters. Poésies textiles, jadis et aujourd’hui

Colloque international organisé par Nathalie Koble (École normale supérieure-PSL, Item), Amandine Mussou (Université Paris Cité, Cerilac) et Marion Uhlig (Université de Fribourg)

Paris (PSL, Université Paris Cité), 25 – 27 septembre 2025

Techniques ancestrales qu’on retrouve dans toutes les cultures, la tapisserie et les travaux d’aiguilles entretiennent avec la composition poétique (religieuse ou profane, traditionnelle ou expérimentale, collective, anonyme ou signée) des relations étroites qui dépassent amplement la métaphore évidente portée dans l’Antiquité latine par le mot textus – saisie de fils entrelacés –, ou bien par les images courantes empruntées au lexique du textile (trame, fil, chaîne, nœud, points, tresses, etc.) dans de nombreuses langues pour parler de poésie et de fiction. De Pénélope au craftivism contemporain, de Philomèle aux slogans brodés d’Annette Messager, de la poésie combinatoire sur brocart de soie de Su Hui aux silk poems de Jen Bervin, en passant par les chansons de toiles médiévales, l’héritage des quipus incas ou encore les poèmes hindis de Kabîr le tisserand, des poétesses, poètes et poèmes textiles redessinent, chacun.e dans son contexte propre, les contours de la poésie en déplaçant ses modalités d’expression, ses techniques, ses supports, ses conditions de production et de diffusion, son rapport au langage et au monde.

Entre pratique artisanale traditionnelle et poésie d’avant-garde, figuration et abstraction, poésie muette ou chantée en tissant et geste politique émancipateur, activité privée, confinée dans l’espace domestique, et production collective liée à l’exercice d’un métier, pratique contrainte ou méditation cadrée, les poèmes au fil font de la poésie un art hybride, qui mobilise le corps et sollicite la mémoire, à l’écart du livre. Poèmes visuels, mais aussi tactiles, tissés, brodés ou tricotés, ils sont liés à des objets uniques, ce sont en quelque sorte des manuscrits d’un genre spécifique. Les supports utilisés (tissus ou peaux) engagent par ailleurs une composante animale ou végétale qu’on retrouve dans les figures mythologiques associées à l’invention des arts textiles : araignées, chauves-souris, rossignols, vers à soie… Le poème se fabrique ainsi en mobilisant le vivant dans sa diversité. Enfin, inscrit dans des pratiques qui en contextualisent les usages, il est motivé par des enjeux multiples, qui conditionnent son rapport à l’espace, par sa circulation, sa taille (du poème au microscope à l’œuvre monumentale), son lieu d’exposition (chambres, musées, espaces publics, mais aussi corps, vêtements, boîtes en tous genres) : poésie de circonstance accompagnant un rituel festif, formules magiques, objets ornementaux ou symboliques, dons ou signes de reconnaissance, œuvres expérimentales, slogans politiques pouvant être rapidement déployés, poèmes militants… Tous mettent toutefois en lumière le pouvoir suggestif de cette écriture visuelle sur matériau souple, jouant de plis et de replis, langage codé et concret qui se confronte à la douceur et garde en mémoire aiguilles, épingles et fuseaux – invite à la rêverie ou pousse à la révolte. Soft matters…

Le colloque explorera, dans une perspective matérielle et transmédiale, cette relation complexe entre poésie et pratiques textiles dans des œuvres poétiques et visuelles qui la travaillent de manière explicite, des périodes les plus anciennes jusqu’à l’extrême contemporain, et dans diverses aires géographiques et culturelles. Il se situe dans le prolongement de plusieurs livres collectifs sur la poésie visuelle au Moyen Âge et aujourd’hui1 et d’un séminaire de littérature consacré pendant trois ans à la poésie textile dans différents corpus2. Co-organisé par l’École normale supérieure-PSL et l’équipe Manuscritures et Translations (ITEM), l’Université Paris Cité (Cerilac) et l’Université de Fribourg, il se déroulera à Paris sur 3 journées consécutives (25-27septembre 2025), en partenariat avec l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs et le Musée de Cluny-Musée national du Moyen Âge.

Les communications entrecroiseront les disciplines et les approches du texte poétique et des œuvres textiles. Elles porteront en priorité sur les textiles qui contiennent ou renvoient à un texte poétique et se définissent comme des poèmes (haiku d’Anni Albers, glossolalia de Sheila Hicks, ode à l’oubli de Louise Bourgeois…), ou bien à l’inverse, sur des œuvres poétiques qui réfléchissent la pratique et la signification des arts du textile et inscrivent la poésie dans une histoire du craftivism. Pour appréhender la signification de ces œuvres hybrides et de ces références croisées, leurs contextes de production et de diffusion, leurs poétiques et leurs usages, il sera nécessaire de diversifier les savoirs et les pratiques : des spécialistes en histoire des textiles, philologie et histoire des corpus poétiques, esthétique, anthropologie et sociologie, archéologie, mais aussi études de genre et histoire du féminisme, écopoétique, subaltern studies seront invité.es à partager leurs perspectives autour de ce sujet transdisciplinaire. Seront aussi associé.es des poètes, des artisans et des artistes, à l’occasion d’expositions, de performances et d’entretiens.

Les propositions de communications seront à envoyer au comité d’organisation avant le 15 janvier
2025
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Comité d’organisation :
Nathalie Koble (nathalie.koble@ens.psl.eu)
Amandine Mussou (amandine.mussou@u-paris.fr)
Marion Uhlig (marion.uhlig@unifr.ch)

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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