Lille : 1er-3 octobre 2025.
Langues : Français/Anglais (une connaissance passive du français est souhaitable pour nourrir les échanges).
Disciplines : Histoire, histoire de l’art, littérature, histoire environnementale, histoire des émotions, gender studies, archéologie.
« Les temporalités sont un code de lecture pour comprendre l’espace et rendre compte d’un monde complexe et contextualisé ». Cette citation que l’on doit à la géographe Françoise Lucchini (2015) ouvre une lecture originale de l’espace urbain, considéré au rythme de ses pulsations propres. La ville, comme espace construit, aménagé, vécu et pensé, a fait l’objet de nombreuses études, qui ont ponctuellement introduit une dimension temporelle à leurs réflexions, permettant de mieux saisir la dynamique de ses évolutions et des pratiques urbaines. Toutefois, il faut reconnaître que le « sens du temps », saisi au fil des rythmicités quotidiennes comme de l’organisation planifiée des lieux, a davantage retenu l’attention des géographes, urbanistes, sociologues ou des historiens des xixe et xxe siècles. L’accélération du temps induite par l’industrialisation, les grandes métamorphoses urbanistiques qui l’accompagnèrent et le développement des nouvelles technologies permet sans doute plus aisément de s’emparer de cette matière fuyante qu’est le temps et de forger, selon l’expression conçue par François Hartog (2003), un « régime d’historicité » présentiste, censément propre à la période contemporaine.
Cette expression, on le sait, fait florès, si bien qu’il paraît désormais évident et incontestable que non seulement le « présentisme » est un fait de notre modernité mais aussi qu’il faudrait nécessairement s’en désoler. Pourtant, les remarques de Peter Burke (2004), commentateur des observations pionnières de Jacques Le Goff sur le « temps du marchand », invitent depuis plusieurs décennies à explorer la matière vivante des villes du Moyen Âge et de la première modernité, pour mieux comprendre le sens de la multiplicité des temporalités qui se concentrent en un même lieu et forcent à interroger le rapport entre « le champ de l’expérience » et « les horizons d’attente » des communautés médiévales (Koselleck, 1979). Il y aurait ainsi une autre histoire culturelle du temps à écrire, où d’autres formes de présentisme que celle qui prévaudrait aujourd’hui ont pu s’affirmer.
C’est tout du moins l’idée qu’aimerait défendre cette rencontre, inscrite dans le projet FNS-Sinergia « Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648) ». Il s’agira de saisir non seulement la mesure du temps présent, mais aussi le ressenti de son écoulement, qui troublait tant l’esprit de saint Augustin et de tous ceux qui s’efforcèrent d’en donner une définition. La question du temps subjectivement vécu peut s’avérer d’une grande banalité. Mais la replacer dans un contexte particulier, déterminé par autant de paramètres que sont les lieux, les statuts sociaux, les âges, les activités, les ambitions individuelles ou collectives ou encore les impératifs politiques, économiques, etc. lui donne toute sa richesse et comble les vœux de Marc Bloch, pour qui l’histoire se doit d’approcher « le moment humain où ces courants se resserrent dans le nœud puissant des consciences » (Bloch,1949). Dans la comparaison offerte par une vaste Europe urbaine occidentale, qui viendra en appui aux études plus spécifiquement dédiées à sa partie septentrionale, afin d’en saisir les spécificités, le but de cette rencontre est d’observer les citadins pris dans le jeu des multiples temporalités qui les traversent et nourrissent leur sentiment d’appartenance ou d’exclusion à différents groupes sociaux.
Comment les habitants de villes (mais aussi celles et ceux qui les traversent) habitent-ils le temps présent ? Comment partagent-ils cette expérience individuelle au sein des communautés auxquelles ils se réfèrent ou sont assignés ? Peut-on parler de time communities (communautés temporelles), façonnées par les contours du groupe social, de l’adhésion politique ou du partage d’une même foi ? Sur quel socle culturel se fondent cette appréhension et cette représentation du temps présent, considéré autant pour lui-même que pour le passé qu’il synthétise et l’avenir qu’il annonce ? Autant de questions non limitatives qui nourriront la réflexion. Rythmes quotidiens, dynamiques de l’événement, temps de l’intime, maîtrise du risque et impacts de l’accident, suspension de l’action, sont autant de perspectives qui permettront aux historiens et historiennes des sources de la pratique, de la littérature et des images de s’interroger sur la ville vécue et pensée dans le(s) présent(s) de celles et ceux qui l’animent.
Les chercheuses et chercheurs qui souhaitent participer à cette rencontre sont priés d’envoyer un court CV, un titre et un résumé de leur proposition de communication de 300 mots avant le 15 février 2025 à :
elodie.lecuppre@univ-lille.fr
sebastian.hackbarth@univ-lille.fr
annefrederique.provou.etu@univ-lille.fr
Lille: October 1-3, 2025.
Languages: French/English (a passive knowledge of French is welcome for exchanges).
Disciplines: History, art history, literature, environmental history, history of emotions, gender studies, archaeology.
“Temporalities are a common code for deciphering space and giving an account of a complex, contextualized world”. This quotation from geographer Françoise Lucchini (2015) opens up an original reading of urban space, considered in the rhythm of its own pulsations. The city, as a space that is built, developed, inhabited and conceived, has been the subject of numerous studies, which have occasionally introduced a temporal dimension to their reflections, enabling us to better grasp the dynamics of its evolutions and urban practices. However, it has to be said that the “sense of time”, captured in the rhythms of daily life and the planned organization of places, has attracted more attention from geographers, urban planners, sociologists and historians of the 19th and 20th centuries. The acceleration of time induced by industrialization, the great urban metamorphoses that accompanied it and the development of new technologies undoubtedly makes it easier to take hold of this elusive material that is time and to forge a presentist “regime of historicity”, supposedly specific to the contemporary period, according to the expression conceived by François Hartog (2003).
This expression has become so popular that it now seems obvious and indisputable that not only is “presentism” a fact of our modernity, but also that we should necessarily be disappointed by it. And yet, for several decades now, Peter Burke’s (2004) commentary on Jacques Le Goff’s pioneering observations on “merchant time” has been inviting us to explore the living matter of medieval and early modern cities, to better understand the meaning of the multiplicity of temporalities concentrated in a single place, and to question the relationship between the “field of experience” and the “horizons of expectation” of medieval communities (Koselleck 1979). There is thus another cultural history of time to be written, in which forms of presentism other than the one that prevails today may have asserted themselves.
At least, that’s the idea behind this meeting, part of the SNSF-Sinergia project “Capturing the Present in Northwestern Europe (1348-1648)”. The aim is to capture not only the measurement of present time, but also the feeling of its passing,which so troubled the mind of Saint Augustine and all those who strove to define it. The question of subjectively experienced time may seem trivial. But placing it in a particular context, determined by as many parameters as places, social status, ages, activities, individual or collective ambitions, political or economic imperatives, etc., gives it all its richness and fulfils the wishes of Marc Bloch, for whom history must approach “the human moment when these currents tighten in the powerful node of consciences” (Bloch, 1949). In the comparison offered by a vast Western urban Europe, which will support studies more specifically dedicated to its northern part, in order to grasp its specificities, the aim of this meeting is to observe city dwellers caught up in the game of multiple temporalities that cross them and feed their sense of belonging or exclusion to different social groups.
How do city dwellers (and those who pass through them) live in the present? How do they share this individual experience within the communities to which they refer or are assigned? Can we speak of time communities , shaped by the contours of a social group, political membership or shared faith? What degree of awareness and what cultural foundation underlies this apprehension and representation of the present, considered as much for its own sake as for the past it synthesizes and the future it heralds? These are just some of the questions that will be addressed. Daily rhythms, the dynamics of events, intimate time, risk control and the impact of accidents, the suspension of action – these are just some of the perspectives that will enable historians of practical sources, literature and images to examine the city as lived and thought in the present(s) of those who live in it.
Researchers wishing to take part in this event are asked to send a short CV, a title and a 300-word summary of their paper by February 15, 2025 to:
sebastian.hackbarth@univ-lille.fr
annefrederique.provou.etu@univ-lille.fr
| Comité scientifique/ scientific committee: Jan Blanc (Université de Lausanne), Thalia Brero (Université de Neuchâtel), Estelle Doudet (Université de Lausanne), Elodie Lecuppre-Desjardin (Université de Lille), Marije Osnabrugge (Université de Lausanne). Marc Boone (Université de Gand), Marie Bouhaïk (EHESS), Matthieu Caesar (Université de Genève), Ingrid Falque (UC Louvain-la-Neuve), Gaëtane Maës (Université de Lille), Mélanie Traversier (Université de Lille), Mathieu Vivas (Université de Lille) Alexis Wilkin (Université Libre de Bruxelles). Organisation/ organization : S. Hackbarth, É. Lecuppre-Desjardin, A.-F. Provou |
Bloch, M., Apologie pour l’histoire ou métier d’historien (1949), dans M. Bloch, L’Histoire, la guerre, la résistance, textes rassemblés par A. Becker & E. Bloch, Paris, 2006, p. 956.
Burke P., « Reflections on the Cultural History of Time », Viator, 35, 2004, p. 617-626.
Hartog F., Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003.
Koselleck R., Vergangene Zukunft. Zur Semantik geschichtlicher Zeiten, 1979 [traduction française de J. & M.-C. Hoock, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, EHESS, 1990]
Lucchini F., « Temporalités et rythmes urbains : les interprétations géographiques du temps et les espaces urbains », L’information géographique, 79, 2015, p. 28-40







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