Le doute radical qu’il faut maintenir face au « mirage des sources », qui est pourtant tout ce dont nous disposons pour construire une interprétation des faits, est constitutif de l’éthique de la recherche. C’est pourquoi la critique du document est au fondement de la démarche des « sciences historiques » (histoire, philologie, histoire littéraire, histoire des arts etc.), et liée à leur processus d’institutionnalisation. En amont, la démonstration de la forgerie qu’est la Donation de Constantin par Lorenzo Valla en 1447 est considéré comme un acte fondateur de la critique textuelle moderne; en aval, le travail d’Étienne Chavaray, archiviste paléographe ayant expertisé en 1870 les faux élaborés par Vrain-Lucas, appelé également comme expert comme lors du second procès de Dreyfus où les « chartistes » ont donné la mesure de leurs compétences spécialisées, montre la constitution d’un véritable secteur professionnel. Mais l’intérêt du faux ne s’épuise pas dans la preuve de son inauthenticité. Dans une perspective renouvelée par l’étude des cultures matérielles, la forgerie se présente comme un document à part entière, objet d’un véritable travail dont on désire interroger les tenants et aboutissants à l’occasion de cette journée d’études.
Cette journée interrogera le faux comme un dispositif central dans les sociétés médiévales, en considérant sa fonction stratégique à l’intersection des relations de pouvoir et des relations de savoir. Matérialité, pragmatique et axiologie du faux sont les trois axes autour desquels s’articuleront les communications, dans une perspective ouverte sur l’ensemble des sciences humaines.
La journée est prévue le vendredi 13 juin et se déroulera à la Bibliothèque nationale de France (Paris), site François Mitterand, salle 70 (entrée Est). Il est possible de la suivre à distance en remplissant le formulaire de contact suivant : https://forms.gle/94kEsRRmVmF3my2f7
Programme :
09h Accueil
09h15 Ouverture de la journée par le comité d’organisation (Emma Belkacemi-Molinier, Seong Joon Hong, Tommaso Laganà, Max Parada).
Session 1 – La fabrique du faux
Sous la présidence de Sébastien Barret (IRHT/CNRS)
09h35 Matthias Rozein (Université de Liège) – Quand le faux décrit l’authentique. Autour d’un privilège pontifical forgé à Saint-Gall au début du Xe siècle.
10h00 François Hermand (IRHT) – Traquer le faux au temps des rois maudits. L’expertise médiévale des fausses chartes de Robert d’Artois (1331).
10h35-10h50 : Pause café
Session 2 – Récits du faux
Sous la présidence de Frédérique Lachaud (Sorbonne Université)
10h50 Thibaut Lehuédé (Université de Bretagne Occidentale / EPHE) – Des preuves non recevables ? Le rapport au faux dans les discours sur l’identité des élites aristocratiques bretonnes de la fin du Moyen Âge.
11h15 Robin Moens (Université de Namur) – La vérité dans les faux : les exemples de quelques abbayes messines et lorraines.
12h : Pause
14h : Reprise des travaux
Session 3 – Juger le faux
Sous la présidence de Corinne Leveleux-Teixeira (Université d’Orléans / EPHE)
14h00 Valentin Potier (Université d’Orléans) – Lutter contre les parjures en justice. L’exemple du Fleta, traité juridique anglais 1290).
14h25 Cassandre Crespin (Sorbonne Université) – Le “vray crime de faulx en matieres d’Amours” dans la fiction judiciaire amoureuse eau XV siècle.
Session 4 – Consciences du faux
Sous la présidence du comité d’organisation
15h00 Marco Francescon (Università degli studi di Padova) – Mensonge littéraire et vérité allégorique : les enjeux de la fabula.
15h25 Emma Coutier (Sorbonne Université) – Une fiction de vérité : le faux-semblant démoniaque au XIIIe siècle.
16h00-16h15 : Pause café
Conférence de clôture
16h15 Pierre Couhault (Bibliothèque nationale de France) – Réinventer le Moyen-Âge : des faux modernes et de leurs risques.
16h45-17h15 : discussion et conclusions
17h15 : Visite guidée des salles de la BnF







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