Plus tardivement que les communes italiennes, l’Europe monarchique est saisie à son tour par une fièvre architecturale au XIVe siècle : réaménagements ou constructions à neufs font surgir des « palais d’État » à Paris, à Westminster, à Avignon, à Prague, à Séville, à Barcelone, à Olite… La transformation du régime gouvernemental des monarchies européennes se donne ainsi à voir en élévation et en dispositifs : les espaces se différencient et se spécialisent, les parcours s’allongent, les usages de la salle s’enrichissent de ceux de l’appartement, voire ceux des parcs. Archéologues et historiens se sont intéressés à cette vague, toutefois sans forcément en saisir la cohérence à l’échelle européenne. Il s’agit de reprendre l’interrogation mais en déplaçant la focale en direction des sources littéraires et iconographiques. Que doit cette vague des « palais d’État » exécutés au palais imaginé ? À ce palais inventé par les romans, les songes ou même parfois la littérature doctrinale ; à ce palais supposé avoir été visité ailleurs et narrativement rapporté, notamment des terres d’« Orient », par croisés, voyageurs et chroniqueurs ; ou encore à ces palais enluminés qui ouvrent leurs portes sur ces manuscrits qu’illustrent les peintres ? Cependant, il ne s’agira pas seulement d’interroger l’imago et l’imaginaire préalables du palais. Les chantiers mêmes font actualité pour les auteurs et les peintres, ce quotidien aiguise désormais leur attention à l’égard de ces formes architecturales où s’exprime un certain rapport politique. Dans sa chronique, un Pedro López de Ayala aurait-il pu détourner les aménagements palatiaux de Pierre Ier de Castille à Séville, pour en faire le monument de la tyrannie, si le roi n’avait pas fait le choix d’une grammaire architecturale musulmane, qui pouvait laisser penser qu’il avait trahi sa communauté politique ? Christine de Pizan se serait-elle attardée dans la salle du château de Fortune si elle n’avait pas eu la connaissance intime des dispositifs palatiaux parisiens ? Et aurait-elle fait construire à ses Dames toute une cité si le Paris de sa prime jeunesse n’avait pas été le grand chantier, d’une ville royale et princière pratiquement neuve ?
Programme :
Vendredi 30 janvier
Dans l’Europe monarchique du XIVe siècle, un blanc manteau de palais d’État ?
par François Foronda
Vendredi 6 février
Autour du documentaire « Paris, le mystère du palais disparu »
(Capa Presse pour France 5, 2023)
avec son réalisateur Stéphane Jacques et sa productrice Sally Blake
Vendredi 13 février
Le palais imaginé. Proposition d’archéologie palatiale
par François Foronda
Vendredi 13 mars
Aux sources d’un palais imaginé, des palais d’écritures
avec Amaia Arizaleta (Université Toulouse – Jean Jaurès, Centre d’Études Ibériques et Ibéro-Américaines) et Laura Dumitrescu (Université de Bucarest)
Vendredi 27 mars
D’Inde en Troie, le palais rapporté des romans d’antiquité
avec Pénélope Cartelet (Université de Lille, Centre d’Études en Civilisations, Langues et Littératures Étrangères, Institut universitaire de France) et Clara Pascual-Argente (Université Toulouse – Jean Jaurès, Centre d’Études Ibériques et Ibéro-Américaines)
Vendredi 10 avril
Palais avorté, palais détourné : autour de Pedro López de Ayala
par François Foronda
Vendredi 17 avril
Palais et cités palatines d’une « vision » Christine
avec Anne Paupert (Université Paris Cité, Centre d’Études et de Recherches Interdisciplinaires en Lettres, Arts et Cinéma) et Inès Villela-Petit (Bibliothèque nationale de France)
Informations pratiques :
Séminaire de recherche
dirigé par François Foronda
à la Sorbonne, en salle Perroy, de 14h à 16h
Année 2025-2026
(semestre 2)
Informations complémentaires :fforonda@univ-paris1.fr







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