23 juin 2026
Université de Rouen Normandie
avec le soutien de
Groupe de Recherche d’Histoire UR 3841
École Doctorale 558-Normandie Humanités
« Les femmes sont incapables, par la seule raison du sexe, de plusieurs sortes d’engagements et de fonctions. » écrit, en 1740, le juriste Claude-Joseph de Ferrière dans les premières lignes de son article « Femme ». Cette définition n’est pas nouvelle au XVIIIe siècle et s’inscrit dans un processus juridique d’exclusion des femmes de la vie publique. Une des premières exclusions relève d’ailleurs des lois fondamentales du royaume, la loi salique empêchant les femmes de monter sur le trône de France. Quels que soient les textes consultés, qu’ils soient religieux, politiques, juridiques, économiques, se dessine une société patriarcale fondée sur l’inaptitude des femmes à exercer un quelconque pouvoir ou une quelconque autorité sur autrui, et ce même dans les plus hautes sphères de la société. Mais il nous faut regarder au-delà des textes normatifs, car même si les marges de manœuvre semblent ténues, les femmes sont pourtant nombreuses à avoir gouverné, à avoir acquis ou possédé un statut leur accordant une place privilégiée et influente au sein de la société, à avoir joué des interstices laissés par les normes.
Cette journée se propose d’étudier le fonctionnement des pouvoirs féminins dans un cadre politique, juridique, économique et intellectuel en Europe. L’adoption de bornes chronologiques larges embrassant à la fois le Moyen Âge et la période moderne permettra d’étudier les variations des champs d’action féminins sur le temps long. Par l’étude du motif de la « querelle des femmes », l’historiographie a montré que, dès la fin du Moyen Âge et encore à l’époque moderne, les hommes et les femmes de milieux privilégiés avaient pu revendiquer l’égalité entre les deux sexes. Par le simple fait de prendre la plume ou de tenir salon, les femmes ont pu remettre en cause les écrits juridiques ou religieux qui cherchaient à les exclure. D’autres ont pris les armes et conduit des batailles. D’autres encore sont à l’origine de nouvelles institutions transformant la société.
Au cours de cette journée, plusieurs axes seront abordés permettant de montrer comment les femmes ont obtenu et exercé un pouvoir prétendument inaccessible « pour la seule raison du sexe ». On pourra réfléchir à plusieurs types de pouvoirs et à plusieurs espaces d’exercice.
1.Les formes d’acquisitions du pouvoir
La question de l’acquisition d’une forme quelconque de pouvoir par les femmes influence directement les deux autres axes de recherche proposés lors de cette journée. Chaque appropriation d’une autorité influence directement son exercice, qu’elle soit obtenue par le biais d’un héritage, d’une succession, qu’elle soit construite par le travail, ou encore gagnée par la force. Certaines dominations vont être juridiquement construites, comme celles exercées par les seigneuresses ou les maitresses de corporations ; d’autres vont être arrachées et temporaires,comme le pouvoir que les femmes s’arrogent, par exemple, dans le cas de mouvements populaires. Il s’agit de mesurer la part des possibles ordinaires (tel que l’ascendant des femmes, en tant qu’épouse ou mère), la capacité à conquérir des territoires par la négociation et de déterminer la part d’agilité et d’inventivité mise en œuvre pour accéder à de nouveaux rôles (la mise en religion d’un grand nombre de filles a ouvert à certaines de nouvelles possibilités d’exercice de pouvoirs au sein de l’organisation monastique). La sphère d’influence des femmes, souvent reléguées à l’espace privé, sera pareillement explorée, en particulier par l’analyse des correspondances.
2.L’exercice du pouvoir au féminin
Existe-t-il un exercice du pouvoir qui serait spécifiquement féminin ? En quoi la pratique de l’autorité au féminin diffère-t-elle de celle des hommes ? Les stratégies politiques, économiques, l’usage de la force ou le pouvoir de persuasion seront interrogés afin de mettre en relief un savoir-faire féminin et la manière ou les moyens qu’elles ont utilisés pour exercer cette domination un court laps de temps ou, au contraire, de façon pérenne.
Cet axe permet également de questionner les destinataires du pouvoir féminin et les hiérarchiessociales permettant d’y accéder. Les femmes qui exercent une autorité, acquise ou arrogée, ne le font-elles que sur des hommes ou des femmes de statut social inférieur ?
3.Les conquêtes des femmes
Le statut juridique des femmes en Europe au Moyen Âge et à l’époque moderne est un véritable enjeu en ce qu’il dessine le cadre dans lequel celles-ci ont pu évoluer. Par quels moyens de contournements des interdictions liées à leur sexe, les femmes ont pu asseoir leur autorité. Dans quelle mesure l’éducation des femmes, sujet de société dont on débat dès l’époque médiévale, a favorisé leur accession à des responsabilités et leur manière d’exercer celles-ci. Les femmes de ces époques ont pu contribuer ainsi à certains changements sociaux et culturels par la contestation des limites patriarcales, par le biais de leurs activités professionnelles ou par des initiatives individuelles. Le statut matrimonial des femmes ainsi que les formes de pouvoirs exercés aux différents moments de leur vie pourront aussi être interrogés.
Condition de Soumission
Cet appel à communications est ouvert aux doctorant.e.s en histoire médiévale et moderne. Les propositions de communication, d’une longueur de 300 mots, doivent être envoyées avant le 15 mars 2026 aux adresses suivantes : lea.chacon1@univ-rouen.fr ; catherine.hans- menetrier@etu.univ-rouen.fr. Elles devront être accompagnées d’un court CV.
Comité Scientifique
Anna Bellavitis (Université de Rouen-GRHIS) ; Léa Chacon (Université de Rouen-GRHIS);
Catherine Hans-Ménétrier (Université de Rouen-GRHIS) ; Alexis Grélois (Université de Rouen) ; Marie Groult (Archives départementales de la Seine-Maritime) ; Élie Haddad (CNRS-CRH)
Comité d’organisation
Léa Chacon ; Catherine Hans-Ménétrier







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