Appel à contribution – Innover dans la Nouvelle Rome. Pensées, pratiques et réponses à la nouveauté dans les mondes byzantins

Byzance est souvent perçue comme une civilisation d’une grande stabilité, caractérisée par un certain conservatisme. En effet, la fidélité revendiquée de la civilisation byzantine à une tradition remontant à l’Antiquité, conçue comme modèle à conserver et imiter, a contribué à forger l’idée qu’elle était avant tout gardienne d’un héritage, minorant dans l’imaginaire collectif la place accordée à l’innovation. Pourtant, la continuité indéniable de cette société pourrait aussi être apparentée à celle du bateau de Thésée : un corps toujours vivant, dont chaque pièce est peu à peu renouvelée jusqu’à rendre le tout méconnaissable. S’inscrivant dans cette perspective, des chercheurs et chercheuses toujours plus nombreux, tels que Anthony Littlewood sur l’originalité dans l’art byzantin, Raúl Estangüi Gómez sur l’adaptation institutionnelle à l’époque paléologue ou encore Joanita Vroom sur le renouvellement des formes et usages de la céramique, remettent en question l’image fixiste héritée des Lumières et rappellent que les mondes qui gravitent autour et nourrissent la Nouvelle Rome ont toujours su mener et accommoder, tout au long de leur histoire, des transformations profondes, aussi bien politiques, religieuses, sociales ou techniques que culturelles.

Sensible à ce contraste entre une apparente fidélité à la tradition et la réalité ordinaire des changements, l’AEMB se propose ainsi d’interroger la notion d’innovation dans les mondes byzantins au sens large (Afrique du Nord, Égypte, Chypre, Grèce, Proche-Orient, Asie mineure, Caucase, Balkans et monde slave orthodoxe, péninsule italienne, etc.) à l’occasion des XVIIe Rencontres internationales des jeunes byzantinistes.

Qu’entend-on par « innovation » dans une société qui semble, au premier abord, perpétuer de manière fidèle les modèles du passé ? Parmi tant d’autres phénomènes, l’évolution des techniques de production ou de construction, les transformations des pratiques codicologiques et graphiques, les adaptations militaires ou encore les renouvellements iconographiques et esthétiques constituent autant de terrains privilégiés pour observer les modalités concrètes du changement. Ces évolutions invitent à interroger les conditions de circulation des savoirs, des techniques et des modèles, ainsi que leur réception dans les différents milieux et espaces des mondes byzantins, de même que leur rapport avec les voisins directs de l’Empire.

Dans quelle mesure le changement est-il pensé, revendiqué, ou au contraire dissimulé, voire rejeté, par les acteurs byzantins eux-mêmes ? Réformes juridiques, évolutions dogmatiques, mutations intellectuelles, transformations des pratiques liturgiques ou administratives témoignent de dynamiques de renouvellement, qui ne vont pas sans résistances. L’étude des réponses à la nouveauté — acceptation, adaptation, rejet, réaction — permet de saisir la tension entre innovation et conservatisme, qui s’exprime de manière exemplaire à travers le phénomène des traditions inventées, particulièrement saillant dans les disputes théologiques, où la frontière entre orthodoxie et hérésie se trouve constamment redéfinie. Il est tout aussi essentiel de s’interroger sur le rôle joué par les acteurs clés de la production, de la diffusion et de la régulation du savoir et des pratiques : les élites dirigeantes, mais aussi les responsables religieux, les administrateurs, les lettrés et savants, les artisans, les marchands.

L’innovation doit-elle être comprise comme une rupture, une évolution progressive, ou comme une réélaboration créative de formes existantes ? Est-elle une catégorie pertinente pour penser le monde byzantin, ou relève-t-elle avant tout d’un regard moderne projeté anachroniquement sur le passé ? Réfléchir à l’innovation implique de considérer quels termes et notions sont mobilisés par la documentation byzantine elle-même pour conceptualiser la nouveauté, afin de les confronter à la manière dont les historiens ont pu appréhender, définir, imaginer ou, au contraire, nier l’existence d’innovations à Byzance.

À travers ces différentes problématiques, les XVIIe Rencontres internationales des jeunes byzantinistes entendent contribuer à repenser la manière dont le changement et la nouveauté ont été perçus, adoptés ou contestés dans les mondes byzantins et montrer que Byzance, loin d’être un simple conservatoire et relais de pratiques héritées voire figées, peut être envisagée comme un espace constant de réajustement, d’expérimentation et de création.

Les communications pourront s’inscrire dans l’une des thématiques suivantes, citées à titre non exhaustif :

• Évolution des techniques, renouvellement des systèmes agraires et de production

• Innovations iconographiques et artistiques

• Innovations, emprunts, réappropriations linguistiques

• Innovation et traditions savantes

• Innovation théologique, orthodoxie, hérésie

• Justice, Église, institutions

• Perception, réactions, revendications et résistances au changement

• Acteurs·rices de l’innovation

• Circulations, contacts et transferts

• Définitions, usages et terminologie dans les langues des mondes byzantins

• Temporalités et spatialités de l’innovation

• Historiographie de l’innovation à Byzance

Les communications, d’une durée de vingt minutes, pourront être données en français ou en anglais. Les propositions de communication (250 à 300 mots), accompagnées d’une brève biographie incluant l’institution de rattachement, le niveau d’études actuel (master, doctorat, post-doctorat) et le sujet de recherche, devront être envoyées à l’adresse aemb.paris@gmail.com au plus tard le 22 mars 2025.

Les Rencontres se tiendront en présentiel à Paris — à l’Institut national d’histoire de l’art et à l’Institut des civilisations du Collège de France — les 2 et 3 octobre 2026. Une contribution de l’AEMB aux frais de transport est envisageable pour les candidat.e.s ne pouvant obtenir de financement de la part de leur institution d’origine : ils et elles sont prié.e.s de bien vouloir l’indiquer au moment de la soumission de leur proposition de communication. L’adhésion à l’association, d’un montant de 15 €, est obligatoire.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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