Colloque – Pour une archéologie de l’habitat vernaculaire (XVe-XXe siècles)

Rennes
28-31 mai 2026

Université Rennes 2 – Campus Villejean
(bâtiment L, amphi L3)

Société d’Archéologie Médiévale, Moderne et Contemporaine (SAMMC)
Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire (UMR 6566 – CReAAH)

Programme : ici

Dans les dernières années de la décennie 1970, sous l’influence des « vernacular architecture studies » anglo-saxonnes, s’impose progressivement en France l’adjectif « vernaculaire » pour désigner l’habitat que l’on appelait auparavant « traditionnel ».

La définition que l’on peut donner de l’habitat vernaculaire, en s’appuyant sur les réflexions de chercheurs comme Bernard Rudofsky aux États-Unis, Eric Mercer au Royaume-Uni, Christian Lassure en France ou encore François Varin au Canada, est celle d’un habitat d’essence populaire, fruit d’un contexte géographique, social, économique et culturel spécifique, adoptant des modèles architecturaux, des techniques constructives et des matériaux très largement locaux, tout en pouvant assimiler avec le temps des influences extérieures en fonction de l’émergence de besoins nouveaux.

Le concept d’« habitat vernaculaire » s’est utilement substitué au concept d’« habitat traditionnel », prenant ainsi nettement mieux en charge la dimension d’évolution chronologique contre la dimension fixiste et fondamentalement achronique du « traditionnel », même si l’adjectif « vernaculaire » n’est pas exempt lui-même de difficultés, prenant ainsi mal en compte les questions de distinction sociale : l’habitat vernaculaire est l’habitat du plus grand nombre, celui des strates sociales inférieures ou médianes, mais cela n’exclut pas du tout l’existence d’une hiérarchie au sein de celles-ci.

Il faut toutefois bien constater que la notion d’habitat vernaculaire a été essentiellement mobilisée dans les travaux des chercheurs – particulièrement en France – pour désigner, de manière réductrice, l’habitat rural ancien encore visible en élévation au XXe siècle, et particulièrement le bâti agricole qui s’est vu progressivement désigné comme le constituant essentiel de l’architecture dite « vernaculaire ». Si quantitativement, au regard de la proportion de la population que représentaient les paysans (dans toute leur diversité) en Europe jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, l’habitat paysan peut en effet jouer ce rôle, il est loin d’en être le seul représentant et c’est notamment ce que souhaiterait montrer ce congrès.

Le bâti vernaculaire, dans toute sa variété donc et bien que longtemps délaissé par les savants, représente en volume l’immense majorité des constructions produites dans les sociétés préindustrielles et même des premiers temps industriels. Formant un ensemble initialement considérable, ce bâti est néanmoins très fragile et sujet à une érosion constante qui s’est accélérée depuis la seconde moitié du XXe siècle. La « rénovation » de celui-ci, souvent avec des matériaux inadaptés, et sa transformation, plus ou moins hasardeuse, pour répondre aux aspirations des modes de vie contemporains, font peser une menace continue sur son intégrité et sa préservation.

Souhaitant résolument s’inscrire dans le domaine de l’archéologie des périodes moderne et contemporaine, notre congrès réduira à sa période chronologique la plus récente le champ d’études en se concentrant sur les XVe-XIXe siècles, de la toute fin des temps médiévaux aux premières années du XXe siècle.

Alors que la France s’était pourtant dotée dès le début des années 1960 d’outils pour investir ce domaine, avec la création du service de l’Inventaire général des richesses artistiques de la France, les archéologues – tardivement par rapport à certains pays d’Europe septentrionale et à l’Amérique du Nord – ne se sont intéressés au bâti vernaculaire d’époque moderne et subcontemporaine que depuis la fin du XXe siècle, en lien étroit avec l’essor exponentiel de l’archéologie préventive, qui a entraîné un renouvellement continu des champs d’investigation de l’archéologie.

Si la notion d’« habitat vernaculaire » évoque spontanément le monde rural, le congrès ambitionne de sortir de ce champ restreint (pour autant loin d’être si étudié que cela) pour aborder aussi la question dans le monde urbain (des bourgs aux villes) et les espaces périurbains, les faubourgs par exemple dont l’importance n’a cessé de s’amplifier de la fin du Moyen Âge à nos jours.

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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