Colloque – Épigraphie et latinité au Moyen Âge

Épigraphie et latinité au Moyen Âge (18-23 mai 2026)
Colloque international organisé par le CESCM (Université de Poitiers/CNRS)
(english version below)

Comité scientifique :
Vincent Debiais, CNRS, EHESS
Estelle Ingrand-Varenne, CNRS, CESCM
Andreas Rhoby, Austrian Academy of Sciences
Damien Strzelecki, CNRS, CESCM
Carlo Tedeschi, Università degli Studi « G. d’Annunzio » Chieti – Pescara
Cécile Treffort, Université de Poitiers, CESCM, IUF

 Texte de cadrage

Clôturant les projets de recherche ERC GRAPH-EAST et IUF CARMECA, le colloque Épigraphie et latinité au Moyen Âge, organisé par le CESCM avec l’appui de l’Equipex+ Biblissima+, va bien au-delà d’un nécessaire bilan historiographique autour de l’épigraphie médiévale (réflexions théoriques, fondements et développements de la discipline, champs d’application récents…). Adoptant une perspective de décloisonnement disciplinaire, il vise en effet à explorer, dans une alternance de synthèses thématiques et d’études de cas, les inscriptions médiévales dans le contexte de la latinité et à ses marges (géographiques ou culturelles), pour mesurer l’enjeu d’une écriture exposée dans la construction des identités.

            À la fois concept historique et notion historiographique, la latinitas semble se prêter particulièrement bien à cette exploration. Au-delà de son usage rhétorique d’origine, le concept de latinitas pris au sens large permet en effet d’aborder des champs très divers dans le cadre de l’épigraphie. Avec l’alphabet latin, on touche la question de l’écriture. La langue latine, quant à elle, concerne à la fois les questions purement linguistiques, mais également littéraires et stylistique. Si l’on se place d’un point de vue culturel, social et/ou géographique, la latinitas peut désigner, à travers une chrétienté multilingue, celle qui – en Occident ou en Orient – a pour langue liturgique le latin et se range sous la primauté de l’Église romaine. En Orient, la latinitas définit aussi une « identité » collective, celle des « Latins », qui peut aller jusqu’à comprendre un habitus particulier (mœurs, coutumes, vêtements…). Parler de latinité médiévale oblige enfin se situer dans le temps, entre la romanitas de l’Antiquité classique ou tardive et la « néo-latinité » de la Renaissance et des humanistes.

            Le colloque de Poitiers vise donc à s’interroger sur le rôle des inscriptions dans la construction et le développement, la prise de conscience ou la mise en scène de cette notion de latinitas dans les contextes les plus variés. Il permettra d’analyser la pluralité de cette latinité médiévale à travers les media épigraphiques et leurs acteurs, en favorisant une histoire « connectée », de penser en termes dynamiques les relations avec les autres cultures épigraphiques, que ce soit dans le domaine méditerranéen ou plus septentrional. Ainsi, la notion de « latinité » pourra être mise en regard d’autres identités de groupes, dont les néologismes de « francité », « grécité » ou « arabité » ne rendent qu’imparfaitement les contours.

            La documentation épigraphique fournit ainsi un angle d’attaque original et de premier plan pour repenser la latinitas médiévale. En effet, dans la lignée des études lancées dans les années 1990 autour des pratiques sociales de l’écrit et, plus généralement, de la scripturalité (literacy), les recherches actuelles en épigraphie médiévale appréhendent désormais l’objet inscrit à la fois comme un véritable « texte en contexte » dont la dimension spatiale, visuelle et plastique, voire iconique et symbolique, peut être particulièrement élaborée. Cette perspective globale, qu’on peut qualifier d’“holistique” ou d’“écologique”, permet d’appréhender les inscriptions en s’intéressant à la fois à leur texte, à leurs formes graphiques ou matérielles, aux conditions de leur réalisation, à leur réception dans un contexte donné. Elle donne aussi l’occasion de franchir les limites disciplinaires traditionnelles, qui permet, par une conception large de l’épigraphie, d’inclure également les légendes sur les sceaux et les monnaies, ou les graffitis, souvent proches de l’écriture cursive, manuscrite.

            Afin de favoriser les échanges et discussions, le colloque est conçu selon cinq grands axes thématiques :

1) L’écriture. Dans le domaine épigraphique, l’écriture représente sans doute l’élément visuel le plus immédiatement reconnaissable, donc le plus efficace pour l’expression et la reconnaissance de la latinité. Les questions suivantes pourront être abordées : l’écriture épigraphique, par ses formes, sa visualité et son iconicité, a-t-elle contribué à forger le paysage graphique de l’Occident ? Quel rapport scripteurs des inscriptions – commanditaires, rédacteurs, artistes et artisans – entretiennent-ils avec la latinité ? Les matières et techniques choisies jouent-elles dans la production et la perception des lettres latines ? Comment interpréter les « images d’écriture » (pseudo-écriture latine, imitation plus ou moins bien maîtrisée d’écriture étrangère) et l’altérité graphique dans cette perspective ?

2) Question de style. Si le langage épigraphique apparaît souvent très normé, on peut aussi s’interroger sur la place de inscriptions dans la construction d’un certain type de latinité. Peut-on considérer que la circulation et la transmission au fil des siècles de certaines modalités langagières communes (par exemple les formules) ont contribué à tisser des réseaux textuels spécifiques, tant en Occident qu’en Orient ? La poésie dite épigraphique, monde vaste et multiforme, jusqu’alors délaissée par les historiens et pourtant omniprésente, tant dans les manuscrits que dans les inscriptions matérielles, a-t-elle de même pu jouer un tel rôle ?

3) Latin et langues vernaculaires. Les inscriptions mettent par ailleurs en évidence les relations entre les langues à l’intérieur d’une même société ou à plus vaste échelle, que ce soit dans les divers registres et strates du latin entre Antiquité tardive et Moyen Âge, puis avec la mise par écrit des langues vernaculaires au cours du Moyen Âge, ou enfin avec un certain retour de la latinité à la Renaissance. Ces rapports dynamiques non dichotomiques seront au cœur de la réflexion, dans une perspective linguistique tout comme sociolinguistique et socio-sémiotique. Une attention particulière sera portée aux textes épigraphiques en français médiéval, inscrits sous différentes formes dialectales de l’Irlande à Chypre et aux États latins de Terre sainte.

4) Latinité en contact. Que ce soit en Orient ou en Occident, les sociétés cosmopolites et multiculturelles offrent un paysage épigraphique complexe et enchevêtré, dans lequel la notion de latinité peut jouer un rôle soit catalyseur, soit révélateur. On pourra alors s’interroger sur les formes de porosité, de contamination, voire d’hybridation perceptibles dans le contenu comme dans la mise en voir du message épigraphique, qu’il s’agisse du choix des formes de lettres, de la structuration visuelle et de l’esthétique graphique, ou encore de l’utilisation de techniques particulières. Sans exclure les mondes septentrionaux (avec les runes ou l’écriture oghamique), le contexte méditerranéen sera privilégié, car propice à observer de manière croisée les productions latines et les autres (grecques, arabes, syriaques, arméniennes, géorgiennes, hébraïques, cyrilliques, …). Les cas de bilinguisme ou bigraphisme au sein d’une même inscription, voire d’un même site, feront l’objet d’une attention particulière, permettant d’appréhender des questions variées : celle de la similarité ou de la distanciation textuelle des différents témoins mis en regard (entre traduction et adaptation), de la culture bilingue des commanditaires, artisans ou des publics visés et, plus généralement, des enjeux de choix souvent forts d’un point de vue identitaire.

5) La latinité vue par les autres. La dernière partie du colloque sera consacrée à la perception des inscriptions latines par les autres cultures, entre le Moyen Âge et les périodes récentes, y compris dans le cadre de l’érudition moderne ou des courants orientalistes. Comment perçoit-on, de l’extérieur, les inscriptions en caractères latins ? Peut-on observer des tentatives de « latinisation », c’est-à-dire d’appropriation identitaire des édifices par l’apposition d’une écriture monumentale latine, ou au contraire des réactions négatives conduisant à l’effacement, à la destruction ? Quelles sont représentations socioculturelles, idéologiques voire politiques, liées à ces langues et écritures exposées ?

Le site vers l’inscription (obligatoire) et le programme est disponible en cliquant sur le lien suivant : https://epilat.sciencesconf.org/?lang=fr

Epigraphy and Latinity in the Middle Ages (May 18-23, 2026)

International Conference organized by CESCM (University of Poitiers/CNRS)

Conference Committee :

Vincent Debiais, CNRS, EHESS
Estelle Ingrand-Varenne, CNRS, CESCM
Andreas Rhoby, Austrian Academy of Sciences
Damien Strzelecki, CNRS, CESCM
Carlo Tedeschi, Università degli Studi « G. d’Annunzio » Chieti – Pescara
Cécile Treffort, Université de Poitiers, CESCM, IUF

Conference Description

            Concluding the ERC GRAPH-EAST and IUF CARMECA research projects, the international conference ‘Epigraphy and Latinity in the Middle Ages’, organised by the CESCM with the support of Equipex+ Biblissima+, aims to do more than just provide a historiographical review of medieval epigraphy (covering theoretical reflections, disciplinary foundations and developments, and recent applications). This conference will explore medieval inscriptions within the broader context of Latin culture and its geographical and cultural margins through thematic summaries and case studies. The goal is to assess the significance of written expression in shaping identities.

      ‘Latinitas,’ both a historical concept and historiographical notion, is particularly well-suited for this exploration. Beyond its original rhetorical use, the concept of Latinitas, in its broadest sense, allows for an examination of very different epigraphic fields. The Latin alphabet brings up the question of writing itself. The Latin language, meanwhile, addresses not only linguistic issues but also literary and stylistic ones.       

      From a cultural, social, or geographical perspective, Latinitas can refer to those in the West or East who, through a multilingual Christianity, used Latin as their liturgical language and were subject to the primacy of the Roman Church. In the East, Latinitas also defined a collective ‘identity’ – that of the ‘Latins’ – which could even encompass a particular habitus (manners, customs, clothing, etc.). Finally, discussing medieval Latinitas requires situating it in time, between the Romanitas of classical or late Antiquity and the ‘neo-Latinitas’ of the Renaissance and the humanists.

      The Poitiers conference seeks to explore how inscriptions contributed to the formation, development, understanding, and presentation of the concept of ‘Latinitas’ across diverse contexts. It will provide an opportunity to analyze the varied manifestations of medieval Latinitas through epigraphic media and their creators, promoting a ‘connected’ historical perspective and a dynamic approach to interactions with other epigraphic cultures, spanning the Mediterranean and further north. This allows for comparison of ‘Latinitas’ with other group identities, whose nuances are only partially captured by neologisms like ‘Francité,’ ‘Grecité,’ or ‘Arabité.’

      Epigraphic documentation thus offers a unique and important lens for re-evaluating medieval Latinitas. Building on studies initiated in the 1990s concerning social writing practices and literacy, contemporary research in medieval epigraphy now views the inscribed object as a true ‘text in context.’ Its spatial, visual, and material dimensions—even its iconic and symbolic aspects—can be remarkably intricate. This broader perspective, which can be termed as ‘holistic’ or ‘ecological’, enables us to understand inscriptions by examining their text, graphic and material forms, the circumstances in which they were created, and reception within specific contexts. It also provides an opportunity to break down traditional disciplinary barriers, allowing for a broad definition of epigraphy that encompasses inscriptions on seals, coins, and even graffiti, which often resembles cursive handwriting.

To foster lively exchange and discussion, the conference is structured around five key themes:

1. Writing. In epigraphy, writing is undeniably the most instantly recognizable visual element, making it the most effective means of expressing and identifying Latin culture. We will consider: How has epigraphic writing, through its forms, visuality, and iconicity, shaped the graphic landscape of the West? What connection do the creators of inscriptions—patrons, editors, artists, and craftsmen—have with Latin culture? Does the choice of materials and techniques influence the production and perception of Latin letters? From this viewpoint, how can we interpret ‘images of writing’ (e.g., pseudo-Latin writing, more or less skilled imitations of foreign scripts) and graphic ‘otherness’?

2. Questions of Style. While epigraphic language frequently appears highly standardised, we can also investigate the role of inscriptions in shaping a particular type of Latin culture. Could the long-term circulation and transmission of common linguistic features (e.g., formulas) have contributed to the formation of specific textual networks in both the West and the East? Might so-called epigraphic poetry—a vast and multifaceted domain, previously overlooked by historians yet ubiquitous in both manuscripts and material inscriptions—have played a similar role?

3. Latin and Vernacular Languages. Inscriptions also illuminate the relationships between languages within societies or on a broader scale. This includes the various registers and layers of Latin from late Antiquity through the Middle Ages, followed by the emergence of vernacular writing during the Middle Ages, and ultimately, a renewed interest in Latin culture during the Renaissance. These dynamic, nondichotomous relationships will be central to our discussion, approached from linguistic, sociolinguistic and socio-semiotic perspectives. We will pay particular attention to epigraphic texts in medieval French, encompassing their diverse dialectal forms from Ireland to Cyprus and the Latin states of the Holy Land.

4. Latinity in contact. Whether in the East or the West, cosmopolitan and multicultural societies present a complex and intertwined epigraphic landscape in which the concept of Latinity can serve either as a catalyst or a lens of revelation. This invites us to explore forms of permeability, crossfertilisation, and even hybridity evident in both the content and presentation of epigraphic messages— manifested through choices in letterforms, visual composition, graphic aesthetics, or specific techniques employed. While not excluding northern traditions such as runes or Ogham script, the Mediterranean context will be prioritized, given its rich opportunities for comparative analysis between Latin and other scripts and languages, including Greek, Arabic, Syriac, Armenian, Georgian, Hebrew, Cyrillic, and more. Particular emphasis will be placed on instances of bilingualism or digraphism within individual inscriptions or sites, enabling an examination of diverse issues: similarity or difference in textual relationships—whether translation or adaptation—between different examples; the bilingual cultural backgrounds of patrons, artisans, or intended audiences; and, more broadly, the significant identity dynamics reflected in these epigraphic choices.

5. Latinity as seen by others. The final segment of the conference will focus on how Latin inscriptions have been perceived by other cultures from the Middle Ages to the present day, including within the frameworks of modern scholarship and Orientalist perspectives. How are inscriptions rendered in Latin characters viewed from an external standpoint? Can we identify instances of ‘Latinisation,’ that is, the appropriation of identity through the incorporation of monumental Latin inscriptions on architecture, or, conversely, negative responses manifesting as erasure or destruction? What socio-cultural, ideological, and political meanings are attached to these languages and scripts when displayed?

The registration site (mandatory) and program details are available via the following link: https://epilat.sciencesconf.org/?lang=en

About RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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