Journées d’études doctorales du CIHAM
Maison des Sciences de l’Homme Lyon St-Etienne, Lyon, France
Date de tombée (deadline) : 15 Mai 2026
« La vie était si violente et contrastée qu’elle répandait l’odeur mêlée du sang et des roses. »
Johan Huizinga, L’Automne du Moyen Âge, Paris, Payot, 1975.
La violence occupe une place centrale aussi bien au sein des représentations contemporaines du Moyen-Âge que dans la recherche en médiévistique (Verdon, 2014). Incontournable, elle reste toutefois difficile à appréhender et à définir en raison de la diversité de ses manifestations. Se frayant un chemin à travers « le sang et les roses », ces journées d’étude doctorales invitent les jeunes chercheuses et chercheurs médiévistes à réinvestir ce topos scientifique.
On peut, à titre provisoire, définir la violence comme l’ensemble des pratiques et des systèmes de contrainte portant atteinte à un individu, un groupe ou un ordre social. Inscrite dans des sphères diverses et parfois concurrentes – notamment juridiques, religieuses, guerrières ou familiales (Gauvard, de Libera, Zink, 2004) –, elle se manifeste selon des modalités multiples, physiques, naturelles, verbales ou symboliques. Loin de se réduire à des faits matériels, la violence est également façonnée par des représentations dotées de codes spécifiques, qui en modèlent la perception, les justifications et les seuils d’acceptabilité. Effective ou représentée, elle est cependant toujours appréhendée à travers les cadres conceptuels des médiévistes, dont les analyses participent à la co-construction de la violence comme objet historique (Gerhard Oexle et Schmitt, 1997).
Ce triptyque – usages, représentations et perspectives – constitue les axes retenus pour aborder la violence au Moyen Âge non comme une réalité univoque mais comme un objet historiquement et scientifiquement construit. L’attention portée aux usages de la violence permet d’en analyser les pratiques, les acteurs, les motivations et les cadres spatio-temporels. Cette approche ne saurait toutefois être dissociée de l’étude des représentations, qui donnent à voir, à dire et à penser la violence dans les sources littéraires, artistiques ou archéologiques, et contribuent à en définir les contours. Enfin, ces journées entendent examiner les méthodes et outils d’analyse mobilisés par les médiévistes contemporains, dans un contexte où les productions culturelles investissent encore l’imaginaire du « Moyen Âge violent ».
Aussi ne s’agira-t-il pas de réactiver le paradigme de l’« anarchie féodale » ou du « siècle de fer » mais d’interroger à nouveaux frais la violence comme catégorie d’analyse historique. En croisant les approches disciplinaires et les contextes régionaux, on essaiera de mettre en lumière les logiques sociales, politiques et culturelles qui encadrent, régulent ou légitiment la violence au Moyen Âge, et de contribuer ainsi aux renouvellements actuels de l’historiographie médiévale.
Axe 1 – Usages de la violence
Un premier axe d’étude envisagera la violence en elle-même, dans la diversité de ses formes concrètes. L’étude des faits de violence invite d’abord à s’intéresser à ses acteurs. Qui exerce la violence ? Qui la subit ? L’identité des agents violents (individus, groupes, institutions) est par ailleurs indissociable aussi bien des dynamiques de pouvoir entre dominés et dominants que des sphères dans lesquelles elle s’exécute. Les études récentes ont en outre souligné l’importance non plus seulement des violences systémiques et symboliques, mais aussi des corps et des affects dans les phénomènes violents. Les études sur les corps minoritaires, les persécutions et les conséquences traumatiques en particulier participent activement au renouvellement de l’appréhension actuelle des violences passées. À côté de ces violences relationnelles ont lieu d’autres types de violences : celles auto-infligées ou consenties. De la pénitence au martyre, du sacrifice au suicide, l’individu peut être à la fois acteur et victime ; et ces cas sont l’occasion de réglementations singulières tout au long de la période médiévale.
D’autre part, la question du temps, de l’espace et de la motivation de la violence semble aussi cruciale. La planification, la préméditation, la justification ou au contraire la spontanéité et la gratuité apparaissent comme autant d’éléments constitutifs des actes de violence. On interrogera ainsi les cadres légitimes de la violence : les temps et les lieux où elle est tantôt autorisée ou tolérée, tantôt interdite voire condamnée. On sera enfin attentif au déroulement de la violence, à l’intensité de son administration et aux moyens de son application, à la portée symbolique et langagière de ses différentes pratiques jusqu’à la manière dont celle-ci se résout ou est, à tout le moins, pensée comme résolue.
Axe 2 – Représentations de la violence
Un deuxième axe sera consacré aux représentations de la violence. Le fait brut ne parvenant au médiéviste que par les sources, il s’agit de considérer la manière dont la violence est exprimée, mise en scène voire stylisée. Les communications pourront explorer les représentations de la violence au sens large : représentations textuelles, iconographiques et musicales. On s’attachera moins à dresser un inventaire des violences qu’à analyser comment elles sont montrées, racontées jusqu’à parfois se déployer en une « violence-spectacle » ou verser dans une esthétique « gore ». Il s’agira d’interroger aussi bien les desseins de ces représentations et les raisons de leur production que leur réalisation matérielle et leur réception par les médiévaux : les questions concernant les commanditaires des ouvrages croisent ainsi celles touchant aux artistes et artisans ; les enjeux liés aux matériaux, aux couleurs, aux genres ou aux tonalités répondent à ceux attachés au lectorat, à l’auditoire et au public.
L’étude des sources met au jour des régimes de visibilité et de lisibilité de la violence profondément différents des sensibilités contemporaines ou de l’image erronée, mais accréditée de longue date, d’un « violent Moyen Âge ». Si la violence peut faire l’objet d’esthétisation, d’héroïsation voire de sacralisation, ses représentations médiévales se révèlent plus diverses et ambivalentes. En effet, elle se trouve aussi bien valorisée que dénoncée, minimisée ou passée sous silence. Il n’en demeure pas moins que chacune de ces représentations suit des codes éthiques et esthétiques qu’il nous appartient d’éclairer.
Axe 3 – Nouvelles perspective
Un troisième axe, enfin, considérera le rapport à la catégorie même de « violence », dans une perspective historiographique et épistémologique. Sous l’impulsion des travaux menés en histoire du droit et en anthropologie dans les années 1970–1980, cette notion a fait l’objet de nombreux déplacements et redéfinitions, s’éloignant du modèle évolutionniste proposé par Elias. Plus récemment, le développement des épistémologies situées et le tournant affectif des sciences sociales ont contribué à reconfigurer encore les approches de la violence, en accordant une attention accrue aux marges (Nirenberg, 2001), aux victimes (Zouache, 2014), aux rapports de genre (Lett, 2024) ainsi qu’aux émotions et aux expériences sensibles qui lui sont associées (Le Jan, 2024). Dans ces conditions, il s’agira de s’interroger sur les définitions et usages actuels du concept de violence en médiévistique. Bien qu’inévitablement mouvant, est-il malgré tout opératoire pour l’étude du Moyen Âge ?
Ces renouvellements s’inscrivent également dans une réflexion plus large sur les enjeux de représentation et de mémoire du Moyen Âge, dans un contexte où les productions culturelles contemporaines participent activement à la construction et à la diffusion d’une certaine image – souvent violente – de la période médiévale. Les réflexions sur la mémoire actuelle de la violence médiévale seront ainsi les bienvenues.
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Les travaux du CIHAM concernent en premier lieu les mondes chrétiens et musulmans, mais les propositions portant sur d’autres espaces géographiques seront appréciées. Toutes les études liées à l’histoire, à l’archéologie, à la littérature, aux humanités numériques ou à la linguistique seront étudiées avec le plus grand intérêt.
Les Journées d’Études Doctorales du CIHAM se dérouleront sur deux jours les mardi 20 et mercredi 21 octobre 2026 à Lyon. Ces journées pourront donner lieu à publication. Les participant.e.s sont aimablement prié.e.s de solliciter leurs laboratoires pour les frais de déplacement et/ou d’hébergement à engager.
Les propositions de communication, de 500 mots maximum (résumé et titre de la présentation), accompagnées de renseignements pratiques (statut, situation institutionnelle, domaine de recherche) sont à envoyer au format PDF avant le 15 mai 2026 à l’adresse suivante : cihamjournees@gmail.com.
Comité d’organisation :
Margaux Binder (ENS de Lyon), Tom Oubelkhir (Université Lyon 2 et Université de Lausanne) et Adélaïde Pilloux (Université Lyon 2).
Comité scientifique :
Aurélie Barre (Université Lyon 3), Yassir Benhima (Université Lyon 2), Clément Carnielli (Université Lyon2), Dider Méhu (Université Lyon 2), Sylvain Parrent (ENS Lyon)
Source : Fabula







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