Jean Lejeune faisait remarquer que « celui qui s’aventure sur la mer des faits économiques doit se garder d’y sombrer ». Malgré ce sage conseil, l’histoire économique s’est noyée dans les faits, « ces instants sans histoire », selon Claudio Magris. Pour éviter cet écueil, l’histoire économique médiévale pourrait alors se nourrir de l’insertion des faits économiques dans le système économique qui nous est apparu comme le plus susceptible d’épouser l’esprit économique du Moyen Age, et le référentiel le plus adéquat, le trend séculaire.
Les documents disponibles sont limités, ce qui entraîne un idéal fragmentaire comme discours de la méthode, qui prend la forme du singularisme méthodologique. Toutefois, les fragments ici réunis ne peuvent être assimilés à des disjecta membra d’un ensemble dont les historiens ont pu appréhender, au fil du temps, le périmètre. Un référentiel permet de mettre en perspective les faits économiques. Il agit comme un véritable révélateur, en transformant l’image latente des faits en image visible de la vie économique et de son évolution. Son contexte est objectif, puisque faits et concepts économiques sont brassés ensemble dans le maelström du cycle. Enfin la science économique s’est forgée au fil du capitalisme. Son esprit ne peut donc être confondu avec l’esprit économique du Moyen Age. Aussi le système économique retenu, celui de Joseph Schumpeter, du moins dans sa « Vision » générale, est le plus flexible à l’engagement humain dans les activités économiques de cette époque.
Nous avons surtout tenté d’appréhender une dynamique du bas Moyen Age : le passage, au cours du Xème siècle, « du centre de gravitation à un autre », engendré par la mise en place de « grappes d’innovations », « par poussées disjointes », engendrant un véritable processus d’évolution économique, qui se poursuit jusqu’au XVème siècle, même si cette évolution est moins spectaculaire que celle du capitalisme. L’histoire économique médiévale mosane n’est pas « immobile ».
Ce tome V de nos Essais d’histoire médiévale mosane propose l’essentiel de l’histoire économique du pays mosan médiéval, au fil du trend, en accentuant l’approche sur certaines thématiques, notamment la seigneurie laïque, les métallurgies du fer et des non ferreux. Nous avons également mis en exergue les phénomènes innovants.
Table des matières :
Introduction
Partie I – Pour une rupture épistémologique
Chapitre I – Histoire de la théorie économique dominante par époque
Chapitre II – Les outils du niveau explicatif
Chapitre III – Epistémologie du référentiel
Chapitre IV – Analyse de quelques concepts économiques
Chapitre V – Réflexions sur la terre au Moyen Age
Partie II – Le trend séculaire du haut Moyen Age : 450-850
Chapitre I – L’évolution rurale
Chapitre II – L’échange au haut Moyen Age
Chapitre III – Esquisse du trend séculaire du haut Moyen Age
Partie III – Le trend séculaire du bas Moyen Age : 850-1430
Chapitre I – La phase de retournement à la hausse : 850-975
Chapitre II – La phase de hausse : 975-1260
Chapitre III – La phase de retournement à la baisse : 1260-1318
Chapitre IV – La phase de baisse : 1318-1430
Chapitre V – La monnaie dans le trend séculaire
Partie IV – Du trend du bas Moyen Age au trend baroque
Chapitre I – Le retournement du trend à la hausse : 1430-1460
Chapitre II – L’absence d’une « Destruction Créatrice » dans la métallurgie du laiton
Chapitre III – De la dynamique du métier à la sclérose des corporations
Partie V L’esprit économique médiéval
Conclusions générales
Informations pratiques :
Benoît Tonglet, Le pays mosan, son évolution économique (450-1460): essai sur la dynamique médiévale, Namur, 2011. 340 p., 295 x 210 mm. Prix : 35,00 €. Vente et diffusion : librairie « Au Vieux Quartier », Namur.





