Appel à contribution – La réception du Moyen Âge allemand dans la France contemporaine

Échéance : Le 15 septembre 2016
Les propositions de communication peuvent être envoyées à florent.gabaude@unilim.fr et aline-leberre@unilim.fr jusqu’au 15 septembre 2016.

Lieu : Faculté des Lettres et des Sciences humaines, Université de Limoges, 19-21 octobre 2016.

La publication d’un ouvrage réunissant les contributions est prévue.
URL de référence : http://unil.im/8B-kd

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Dès le Moyen Âge, les deux aires linguistiques de la Romania et de la Teutonia ont représenté le fondement essentiel à partir duquel s’est élaborée et répandue la première littérature savante de rang et de format européens. La culture germanique antérieure aux humanistes allemands et à Luther est toutefois longtemps restée en France très largement une terra incognita. Seules quelques œuvres originales de la fin du Moyen Âge ont connu une réception durable – immédiate pour la Nef des fous de Sebastian Brant et différée d’un siècle pour le roman en prose Fortunatus ou l’Histoire de Till Ulespiegle dont le nom est devenu antonomase. La grande littérature médiévale allemande en revanche a plus intéressé les philologues que le grand public en ce qu’elle n’apparaissait que comme un miroir de la culture française du XIIe siècle. Quant aux mythes, contes et légendes germaniques du haut Moyen Âge, ou à l’art des maîtres chanteurs du Moyen Âge tardif, les Français n’en eurent qu’une réception médiatisée par le romantisme allemand des frères Grimm et de Wagner ou, dans une moindre mesure, de Hoffmann et de Heine.

À l’heure actuelle, portée par la vogue du fantastique, en particulier dans les créations pour la jeunesse, mais aussi par des études savantes d’universitaires comme celles de Claude Lecouteux ou de Régis Boyer, la mythologie germanique jouit d’un regain de prédilection. C’est également à la médiation grand public de Tolkien que l’on doit une certaine sensibilisation du lectorat français à la « matière germanique » des Nibelungen, avec laquelle l’œuvre Le Seigneur des Anneaux présente quelques similitudes. Ainsi, on constate que La Chanson des Nibelungen a été reprise et transposée par Alex Alice sous forme de bandes dessinées (Siegfried en 2007, La Walkyrie en 2009, Le Crépuscule des Dieux en 2011). Le romancier Edouard Brasey également exploite cette veine avec sa série de quatre tomes, intitulée La Malédiction de l’Anneau, publiée à partir de 2008, œuvre à destination du grand public, dans laquelle il se donne pour objet de populariser les vieilles sagas nordiques, maintenant que l’époque est révolue où elles étaient tenues en suspicion à cause de leur « manipulation tendancieuse […] par certains chantres de l’hégémonisme germanique ».

En fait, ces sagas ont toujours suscité de l’intérêt, que ce soit de la part des amis ou des ennemis de l’Allemagne, que ce soit pour être glorifiées ou dénigrées. Ce n’est pas un hasard si Jean Giraudoux a appelé son héros Siegfried dans son célèbre roman Siegfried et le Limousin qui, publié en 1922, milite en faveur d’une réconciliation franco-allemande à travers un personnage de français amnésique, vivant sous une identité allemande.

C’est pourquoi également certains manuels scolaires français d’apprentissage de l’allemand en premier cycle, entre autres, ceux de Bodevin et Isler ou de Spaeth et Réal, se sont massivement tournés dans les années soixante vers l’évocation du Moyen Âge allemand non seulement à travers des figures célèbres, comme celles des empereurs Charlemagne et Frédéric Barberousse, ou de Guillaume Tell, mais encore à travers des légendes connues (Le joueur de flûte de Hamelin, Les musiciens de Brême, Hansel et Gretel, La légende de Vineta, Lohengrin, Till l’Espiègle, Faust, etc.). Tout en exploitant une matière qu’ils pensaient parfaitement bien adaptée à des mentalités enfantines, ces manuels visaient également à faire connaître à leur public scolaire une Allemagne éternelle, située au-dessus des conflits politiques.

Cependant, l’exaltation de la mythologie germanique n’est pas toujours anodine, comme le souligne Edouard Brasey, et a fourni à certains écrivains français d’extrême-droite un prétexte pour nourrir leur nostalgie, tels Marc Augier, Jean Mabire avec des ouvrages comme Thulé, le soleil retrouvé des Hyperboréens (1978) ou Les légendes de la mythologie nordique (1995) ou encore Les Jeunes Fauves du Führer, la Division SS Hitlerjugend dans la bataille de Normandie (1976), livre dans lequel il présente les combattants hitlériens comme « les fils des vieux guerriers germaniques surgis des glaces et des forêts ».

Pistes de réflexion

La thématique de recherche que, par calque de l’anglo-américain medievalism, on désigne désormais en France sous le nom de « médiévalisme », quoique relativement récente, a néanmoins déjà donné lieu à une bibliographie abondante recensée par le comparatiste Vincent Ferré qui dirige la collection « Médiévalisme(s) » chez CNRS Éditions. De nombreuses monographies, ouvrages collectifs et articles sont consacrés au « Moyen Âge contemporain », aux sujets médiévaux dans le cinéma, la littérature populaire, les livres pour enfants, la bande dessinée, etc., mais très peu d’études ont trait à la réception du Moyen Âge allemand en France.

Le colloque comprendra un volet théorique et un volet analytique. Il abordera la présence de la culture germanique médiévale comme objet d’étude, objet de lecture et sujet de fictions.

Les interventions générales pourront porter :

  • sur la théorie du médiévalisme et du « néo-médiévalisme »;
  • sur la réception savante, « reproductive », du Moyen Âge germanique par les philologues ;
  • sur sa réception populaire, « productive » : réécriture, transmodalisation, transmédialisation.

Les études de cas porteront sur la sensibilité collective autour du Moyen Âge germanique et la rémanence de celui-ci dans les productions culturelles contemporaines. Elles couvriront différentes périodes de réception ainsi que la diversité des genres et des supports dans une perspective d’intermédialité, incluant par exemple l’étude des manuels scolaires, la bande dessinée, les jeux vidéo, le cinéma, la chanson, les blogs sur l’internet, etc.

Exemples de thématiques :

  • l’appropriation de la mythologie germanique, en particulier de la « matière germanique » des Nibelungen, dans la littérature populaire depuis le XIXe siècle ;
  • la mise en fiction de personnages historiques (tels Charlemagne, Barberousse, Hildegarde de Bingen, les Chevaliers Teutoniques, Charles Quint, Luther), légendaires et/ou littéraires du Moyen âge germanique (Fortunat, Guillaume Tell, Faust, la Lorelei, etc.) ;
  • la fabrication de stéréotypes cultivés, d’hétéro-images intégrant des éléments culturels, comme le stéréotype de l’autodestruction germanique (massacre des Burgondes) ou le complexe psychanalytique d’Hildebrand (meurtre du fils).

Comité d’organisation :

Florent Gabaude, Maître de conférences en littérature et linguistique allemandes, Université de Limoges
Aline Le Berre, Professeur de langue et littérature germaniques, Université de Limoges
Andrea Schindler, Professeur de philologie médiévale allemande, Universität Bamberg

Comité scientifique :

Peter Hvilshøj Andersen, Professeur de littérature et d’histoire ancienne, Université de Strasbourg
Ingrid Bennewitz, Professeur de philologie allemande du Moyen Age, Universität Bamberg
Danielle Buschinger, Professeur émérite de langue et civilisation allemande, Université de Picardie-Jules Verne
Gérard Chandès, Professeur de sémiotique, Université de Limoges
Michael Gottlieb Dallapiazza, Professeur de littérature allemande, Università di Bologna
Vincent Ferré, Professeur de littératures comparées, Université Paris Est Créteil (UPEC)
Jürgen Kühnel, Professeur de littérature générale, Universität Siegen
Earl Jeffrey Richards, Professeur de littératures romanes, Bergische Universität Wuppertal
Bertrand Westphal, Professeur de littérature générale et comparée, Université de Limoges

Source : Fabula

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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