Appel à contribution – Kaamelott ou la (re)lecture de l’histoire

Quand ? Le 24 et 25 mars 2017
Où ? A l’Université Paris-Sorbonne, salle à définir

La série Kaamelott, écrite et réalisée par Alexandre Astier entre 2005 et 2010, a marqué son public par son intelligence, son humour, ses personnages et ses répliques inoubliables. En choisissant de travailler sur la mythologie arthurienne, Alexandre Astier prenait pourtant un risque majeur, tant sont nombreuses les réécritures qui, des romans au cinéma en passant par les bandes dessinées, ont retravaillé, au fil des siècles, la « matière de Bretagne ». L’un des ressorts humoristiques de la série repose, on le sait, sur le décalage entre le contexte historique – l’Angleterre du Ve siècle ap. J.-C. – et le langage, résolument contemporain, utilisé par les personnages ; décalage chronologique redoublé et renforcé par un décalage social qui voit des personnages nobles employer un vocabulaire familier, voire argotique.

Si cette dimension a déjà fait l’objet d’études (Florentin 2010), on s’est encore trop peu penchés sur la vision de l’histoire construite par cette série. Or ce thème est capital : d’une part, la série réécrit l’histoire arthurienne, de la fondation de Camelot à la guerre contre Lancelot du Lac. Kaamelott reprend en écho des épisodes tirés de diverses sources médiévales, depuis la naïveté de Perceval suggérée par Chrétien de Troyes, jusqu’au Graal en forme de pierre évoqué par Wolfram von Eschenbach, Alexandre Astier jouant avec les codes littéraires pour mieux les détourner et se les approprier. D’autre part, l’auteur et réalisateur joue également avec l’histoire en se situant volontairement dans une période peu connue et peu représentée dans les fictions. Si la série n’a évidemment aucune prétention historique, reste qu’elle met en scène un certain nombre de dynamiques bien réelles, de la difficile christianisation du monde occidental à la lente désintégration de l’empire romain. On y croise des personnages historiques avérés, mais qui n’appartiennent pas à la même époque, tels Boniface de Mayence et l’empereur Justinien. Certains épisodes reprennent avec une précision remarquable des débats médiévaux, tel celui qui voit le Père Blaise tenter de christianiser la façon dont on siffle pour « interdire les intervalles païens ». D’autres épisodes jouent avec les légendes médiévales, faisant intervenir des dragons et des trolls ou encore un avatar de Robin des Bois. Et que dire des costumes, réalisés par Anne-Gaëlle Daval, de la musique, qui tient une place si importante dans la série, de l’alimentation, de la médecine, des techniques militaires ? Autant de thèmes qui mériteraient d’être explorés par des historiens et des littéraires désireux d’aborder la série comme un véritable objet d’études qui contribue à la « revenance » du Moyen Âge (Koble 2009) dans nos contemporains, une réactualisation permanente toujours chargée d’enjeux sociaux et politiques (Di Carpegna Falconieri, 2015).

L’enjeu de cette journée d’études n’est pas de lister les anachronismes et autres erreurs historiques de la série, mais au contraire de s’interroger sur les représentations historiques construites par la série, pour déconstruire le Moyen Âge de Kaamelott comme cela a pu être fait pour d’autres cycles littéraires contemporains (Besson, Kikuchi et Troadec 2015). Le tout visant à mieux comprendre, peut-être, les façons dont le Moyen Âge est perçu, compris et réinventé au-delà des seuls cercles universitaires (Ferré 2010).
Les communications de chercheurs de toutes disciplines sont les bienvenues, en particulier en histoire, littérature, histoire de l’art, archéologie, musicologie et linguistique.

Les organisateurs prêteront une attention particulière aux propositions des jeunes chercheurs (jeunes docteurs, doctorants, voire masterants).

Les propositions de communication, d’un maximum de 400 mots (merci de joindre un CV), sont à envoyer avant le 22 novembre à l’adresse suivante : colloquekaamelott@gmail.com

Orientation bibliographique :

– François AMY DE LA BRETEQUE, « Quand les chevaliers de la Table ronde se mettent [pour de bon] à table. Nourriture et manières de table dans Kaamelott », dans Françoise MIGNON et Michel ADROHER (dir.), Chaire, chair et bonne chère, Perpignan, 2014, p. 231-230.
– Florian BESSON, Catherine KIKUCHI et Cécile TROADEC, « Les Moyen Âge de Game of Thrones », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 2015, no 28, p. 479-507.
– Isabelle CANI, « “Le Roi qui ne peut pas mourir”. Représenter au XXe siècle la fin des temps arthuriens », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, 2004, no 11, p. 95-109.
– Tommaso DI CARPEGNA FALCONIERI, Médiéval et militant. Penser le contemporain à travers le Moyen Âge, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015
– Vincent FERRE, « Tolkien, retour et déroute du roi : lectures politiques d’Arthur », in Anne BESSON (dir.), Arthur au miroir du temps, Terre de Brume, 2007, p. 83-105.
– Vincent FERRE, « Introduction. Médiévalisme et théorie : pourquoi maintenant ? », Itinéraires, 2010, no 3, p. 7-25.
– Valérie FLORENTIN, L’humour verbal et sa traduction : une étude de la série télévisée française Kaamelott, mémoire sous la direction de Sarah Cummins, Université Laval, 2010.
– Nathalie KOBLE et Mireille SEGUY, Passé présent : le Moyen Âge dans les fictions contemporaines, Paris, Presses de la Rue d’Ulm, 2009.
– Laurie MALTERRE, Kaamelott. Une réécriture contemporaine du mythe d’Arthur, mémoire de master 2, sous la direction de Jacques Migozzi, Université de Limoges, 2009.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
Cet article a été publié dans Appel à contributions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.