Colloque – La littérature chrétienne disparue : regards sur un paysage de l’absence

Tout historien de l’Antiquité est confronté au problème de l’état des sources et au phénomène regrettable des pertes dans la littérature ancienne. La fragilité des supports d’écriture, les destructions provoquées par les guerres, les disparitions intentionnelles pour des raisons idéologiques, la perte d’actualité et d’utilité d’un ouvrage sont quelques-unes des causes de ce que l’on décrit souvent comme le « naufrage » des oeuvres littéraires antiques.

Ce phénomène, qui a des conséquences majeures pour la connaissance et la reconstitution du passé, n’a pas épargné la littérature chrétienne. Loin d’être un processus qui ne concerne que les écrits que les défenseurs de la droite doctrine considéraient comme déviants, voire hérétiques, la disparition de la production littéraire chrétienne, surtout ante-nicéenne, affecte également les auteurs appartenant à la « grande Église » : non seulement notre connaissance des ouvrages rédigés au cours des trois premiers siècles est très fragmentaire, mais, même là où un auteur a survécu au processus de sélection, qu’il soit délibéré ou non, le nombre limité d’écrits arrivés jusqu’à nous ne nous restitue qu’une facette de sa pensée.

Nous nous proposons donc de lever le voile sur ce paysage de l’absence et, persuadés que l’absence n’est pas le néant et que toute disparition – d’un auteur, d’une œuvre – est disparition de quelque chose qui a existé, nous partons en quête des traces qu’ils ont pu laisser.

Puisque la question de la conservation et de la transmission des écrits rejetés par le christianisme majoritaire fait, depuis longtemps, l’objet de nombreuses études, ce colloque accorde une place privilégiée aux ouvrages issus du courant dit de la « grande Église » et se donne pour objectif de prendre la mesure de ce qui est perdu, d’identifier les mécanismes de la perte et d’entamer également une réflexion sur les conséquences que la sélection d’ouvrages et d’auteurs opérée au fil des siècles a eues et a encore sur le plan historique et historiographique.

L’enjeu principal des différentes contributions est en effet de faire apparaître les mécanismes de la mémoire et de l’oubli dans le processus d’élaboration identitaire que le courant chrétien majoritaire a mis en œuvre tout au long de son histoire. Il s’agit en définitive d’évaluer si et comment la « mémoire » transmise par la persistance de certains écrits au cours des siècles et l’« oubli » provoqué par l’interruption de la chaîne de transmission d’autres écrits ont concouru et concourent encore aujourd’hui à façonner l’image du christianisme et de son histoire.

Programme :

29 septembre

15h00 Accueil des participants et ouverture du Colloque – Rémi Gounelle, Doyen de la Faculté de Théologie protestante, Université de Strasbourg, & Christian Grappe, Directeur de l’EA 4378, Théologie protestante, Université de Strasbourg

La disparition des ouvrages anciens : contexte et problématique

15h20-16h00 : Luciano Canfora (Università degli Studi di Bari Aldo Moro), Survie et pertes dans le domaine des littératures antiques
16h00-16h40 : Christian Jacob (EHESS, Paris – UMR ANHIMA), La perte et l’oubli : Sur les bibliothèques d’Athénée et de Galien
16h40-17h00 : Discussion
17h00-17h20 : Pause

17h20-18h00 : Jean-Luc Vix (Université de Strasbourg), Les Grecs avaient-ils conscience de la disparition de leurs « œuvres littéraires » ?
18h00-18h40 : Gabriella Aragione (Université de Strasbourg), La perte de la littérature chrétienne antique : un état de la question
18h40-19h00 : Discussion

30 septembre

À la recherche des œuvres perdues

09h00-09h40 : Patrick Andrist (Universität Freibourg [CH] – Universität Basel), Que sait-on de la Controverse de Jason et Papiscus attribuée à Ariston de Pella ? – État de la question et proposition nouvelle
09h40-10h20 : Agnès Bastit-Kalinowska (Université de Lorraine), Autour de l’Irénée perdu et du témoignage d’Eusèbe dans l’Histoire ecclésiastique
10h20-10h40 : Discussion
10h40-11h00 : Pause

11h00-11h40 : Marco Rizzi (Università Cattolica del Sacro Cuore, Milano), Clement’s work through the mirror of Eusebius: disguises and misunderstanding
11h40-12h20 : Éric Junod (Université de Lausanne), Dans la pénombre de l’Histoire ecclésiastique d’Eusèbe
12h20-12h40 : Discussion

14h10-14h50 : Martin Wallraff (Universität Basel), Das Trümmerfeld des Werkes von Iulius Africanus (3. Jh.) : Was kann uns das Verlorene über das Erhaltene lehren ?
14h50-15h30 : Mark Edwards (University of Oxford), A Triad of Origenists? Dionysius of Alexandria, Pierius and Theognostus
15h30-15h50 : Discussion
15h50-16h00 : Pause

16h00-16h40 : Michele Cutino (Université de Strasbourg), Traces des premiers commentaires sur l’Hexameron chez les auteurs de l’Antiquité tardive
16h40-17h20 : Gilles Dorival (Aix-Marseille Université), L’interprétation ancienne des Psaumes (jusqu’à Eusèbe de Césarée) : entre perte et transmission
17h20-17h40 : Discussion

18h00-19h00 : Lectures et musique autour du thème « Les disparitions imparfaites : à la recherche des œuvres perdues » dans le cadre de la manifestation « L’Heure du Livre », organisée par Gabriella Aragione et Beat Föllmi (EA 4378 Théologie protestante, Université de Strasbourg), avec la collaboration de la Bibliothèque de théologie de l’Université de Strasbourg

1er octobre

09h00-09h40 : Laetitia Ciccolini (Université Paris-Sorbonne), Les œuvres perdues de la première littérature latine chrétienne : le cas de Cyprien et de Novatien
09h40-10h20 : Sébastien Morlet (Université Paris-Sorbonne), Remarques sur les œuvres perdues d’Eusèbe de Césarée
10h20-10h40 : Discussion
10h40-11h00 :

Les phénomènes de censure et d’autocensure : causes et enjeux

11h00-11h40 : Frédéric Chapot (Université de Strasbourg), Συντάττειν καινὰς γραφάς : nature et destin des recueils de la Nouvelle Prophétie
11h40-12h20 : Winrich Löhr (Universität Heidelberg), La zone obscure de l’arianisme : les premiers écrits ariens
12h20-12h40 : Discussion

15h00-15h40 : Rémi Gounelle (Université de Strasbourg), Les stratégies volontaires de censure dans le christianisme antique
15h40-16h20 : Giovanni Filoramo, (Università degli Studi di Torino), Historiographie de l’absence. À la recherche du sens de la littérature chrétienne perdue
16h20-16h40 Discussion
16h40-16h50 Clôture du Colloque

Informations pratiques :

Strasbourg
29 septembre – 1er octobre 2016
Palais Universitaire – Salle Pasteur

Inscriptions et renseignements
EA 4378 « Théologie protestante »
Palais universitaire
9, place de l’Université
67084 Strasbourg Cedex
Tél. 03 68 85 68 33
Messagerie : patricia.carbiener[at]unistra.fr

Source : Compitum

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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