Appel à contribution – Formes et usages de la Bible au Moyen Âge

Au Moyen Âge, la Bible s’écrit, se lit, s’étudie et se vit. Elle assure de la légitimité au gouvernement des hommes ou à la pastorale tout en répondant aux problèmes nouveaux de la chrétienté. Les Psaumes peuvent alors être déclamés pour contrer des adversaires. Les Livres Sapientiaux inspirent les législateurs. Les textes sont glosés voire mis en images afin de faciliter leur lecture. On se réapproprie la Bible en fonction de sa réception. Ainsi, au-delà des commentaires qui l’accompagnent, il est nécessaire de considérer ses usages sociaux. Elle est l’affaire de tous et concerne des domaines tels que la liturgie, la prédication, le droit, l’Histoire, la politique ou encore la littérature. À chaque fois, elle est adaptée selon des contraintes inhérentes aux différentes pratiques. Comment alors donner sens à ses infléchissements formels ?

À l’heure actuelle, la plupart des recherches se développent sur deux versants distincts. L’intérêt porte soit sur les manuscrits et leur mise en page soit sur l’utilité du Livre dans la société. La bibliologie a révélé comment le format des livres et l’agencement des gloses et des commentaires ont été optimisés pour répondre aux besoins des frères ou encore des étudiants. Les historiens ont quant à eux donné sens à la présence des textes bibliques dans la société. Cependant, les contenus et la variété formelle des Écritures ne sont pas encore assez étudiés en fonction de l’usage du Livre. Quelles différences existe-t-il par exemple entre les adaptations et les traductions ? Cite-t-on la Bible de la même manière en droit ou en littérature ?

Nous aimerions mettre à profit l’apport des recherches actuelles pour éclairer les textes en eux-mêmes. Dans le prolongement du récent ouvrage coordonné par E. Poleg et L. Light Form and function in the late medieval Bible, il s’agira d’interroger la dialectique qui s’instaure entre les formes et les pratiques en envisageant plus étroitement le lien entre la bibliologie, la philologie, l’histoire et la sociologie. Comment penser les différentes réalisations textuelles des Écritures à la faveur de leur contexte socio-historique et littéraire ? Comment le Livre s’est-il constitué au gré des besoins du moment ? Pourquoi et comment faire référence à lui dans des œuvres de disciplines variées ?

Nous envisagerons deux axes de recherche selon les deux principales réalisations formelles des Écritures :

L’établissement du Livre et du texte. Dès l’origine, la Bible ne saurait être considérée comme uniforme. La forme et la mise en page des manuscrits varient selon les désirs des commanditaires et du lectorat. Chaque version représente aussi un « entrelacs de traditions » (G. Lobrichon) qui répond aux besoins et aux goûts du copiste et de la société qui le voient naître. Les réformes carolingienne et grégorienne ont notamment insufflé une volonté de rendre le Livre plus accessible. Qu’implique alors de choisir de le traduire plutôt que de le gloser, de l’adapter ou encore de le paraphraser ? À quels enjeux répondent ces choix formels ? Les textes engendrés ont-ils des spécificités les uns par rapport aux autres au sein d’un même corpus ?

Les références et emprunts bibliques. Les Écritures peuvent n’être reprises que partiellement et changer de nouveau d’aspect. Il existe plusieurs façons de les intégrer dans un discours ou un récit. Pourquoi alors choisir la citation, l’interpolation, l’emprunt ou encore l’allusion ? Chacune de ces méthodes renvoie-t-elle à un enjeu ou un emploi spécifique ? Plus largement encore, pourquoi utiliser tel ou tel passage ? Dans quelles limites peut-on le modifier ? Existe-t-il des spécificités propres à certaines disciplines comme le droit, la théologie, la prédication ou encore la littérature ? Comment fait-on usage de la Bible dans les droits canons, les sermons, l’hagiographie, l’historiographie, les apocryphes ou encore la prose graalienne ?

Les contributions à ce thème transdisciplinaire comporteront 600 mots environ et prendront ensuite la forme de communications de vingt minutes lors des séminaires du 18 novembre et du 16 décembre (18h-20h, Maison de la Recherche de la Sorbonne). QUESTES est une association s’adressant aux jeunes chercheurs. Les propositions sont à envoyer à maite.sauvetre@gmail.com avant le 18 octobre 2016 et le sujet de thèse ou du mémoire de l’étudiant y sera indiqué. Les contributions retenues pourront dans un second temps faire l’objet d’une publication sous forme de bulletin.

L’organisatrice recherche par ailleurs un étudiant pour co-organiser le séminaire et le bulletin avec elle. Il est possible de la contacter à l’adresse ci-dessus.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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