Appel à contribution – La résistance au Moyen Âge

Alors que la notion de résistance, parfois déclinée au pluriel, fleurit dans les travaux des chercheurs en sciences humaines, elle n’a pas encore fait l’objet d’une véritable attention de la part des médiévistes, hormis dans quelques travaux consacrés aux soulèvements populaires (dans la lignée de l’ouvrage pionnier de M. Mollat et Ph. Wolff, Ongles bleus, Jacques et Ciompi). En outre, elle a surtout été étudiée à travers le prisme particulier de la révolte armée. Pourtant, la résistance constitue un champ d’étude qui permet à la fois d’appréhender les actions, les discours et les représentations des hommes du Moyen Âge. Le thème se situe donc autant au carrefour des échelles, appelant à déployer les jeux qui se nouent entre elles, qu’à la confrontation de multiples sources (des documents d’archives à la production littéraire).

La résistance, ou les résistances, désigne un ou des mouvements d’opposition à l’égard d’une autre force (une maladie, un envahisseur, un adversaire intellectuel), pouvant affecter différents domaines (l’histoire sociale, politique ou religieuse, la littérature, la philosophie, l’art, le droit). Ainsi, les mots résistance, résistants, résister, leur polysémie et la réalité complexe des situations qu’ils qualifient au sein des sources méritent amplement d’être interrogés :

Qui résiste ?

Qui résiste et à l’encontre de qui cette résistance est-elle levée ? Au Moyen Âge, la résistance peut être initiée individuellement (moines, chanoines, laïcs, nobles, hommes de cour, chevaliers, notaires, diplomates, marchands, pèlerins, femmes) ou collectivement (famille, confrérie, métier, ville ou village), tout comme elle peut être portée contre une seule personne ou une communauté/une institution entière. Par conséquent, il s’agira d’approcher au plus près le fait ou l’acte de résister en se plaçant du côté des acteurs, afin de déceler leurs motivations profondes et leurs modes d’action, tout en rendant à ces acteurs leur agency, c’est-à-dire leur capacité à agir sur le monde environnant et à mettre en place des stratégies de résistance.

Comment résister ?

Prendre la plume ou prendre les armes ? La résistance revêt de multiples formes et recouvre un large spectre de pratiques. Elle peut aller de l’opposition intellectuelle à la rébellion politique et militaire, en passant par la contestation religieuse. Dès lors, il s’agira d’interroger ces différentes formes de résistance, en examinant la manière dont elles s’actualisent à travers notamment des témoins manuscrits (dans quelle mesure un possesseur ou un lecteur opère-t-il des marques de résistance au travers de notes interlinéaires ou marginales ?), des discours (peut-on parler d’une rhétorique de la résistance ? comment un même fait ou thème a pu être traité par différents auteurs ou au travers des siècles ?) ou des pratiques effectives (quelle(s) représentation(s) et quelle(s) réalité(s) de la résistance ?).

Pourquoi résister ?

Au Moyen Âge, résister au roi, à son seigneur ou à un homme d’Église, c’est risquer de mettre en péril l’ordre du monde voulu par Dieu. Dans des sociétés fortement hiérarchisées, comme le rappelle G. Fourquin, « la révolte est inadmissible, sauf exceptions rares et bien précises », à savoir notamment quand il s’agit de défendre son salut ou le bien commun. Pourquoi résister ? Que visent les acteurs de la résistance en rompant avec la tradition ou la norme établie ? Quels sont les enjeux politiques, économiques, sociaux, religieux de la résistance ?

Conditions de soumission :

Questes est une association de jeunes chercheurs médiévistes, ouverte aux jeunes chercheurs et au dialogue interdisciplinaire (histoire, histoire de l’art, philologie, littérature, codicologie, anthropologie, sociologie, etc.).

Les contributions prendront la forme d’une communication de 20 minutes lors des séminaires du 13 janvier et du 10 février 2017 (18h-20h, Maison de la Recherche, 28 Rue Serpente). Elles pourront faire l’objet, dans un second temps, d’une publication dans le bulletin de l’association.

Les propositions (environ une demie-page et maximum 300 mots) sont à envoyer à anhthy.nguyen@uclouvain.be, david.domine-cohn@hotmail.fr et adrien.carbonnet@hotmail.fr au plus tard pour le 1er décembre 2016.

Responsables scientifiques :
• Adrien Carbonnet, doctorant en histoire médiévale à l’Université Paris-Sorbonne ;
• David Dominé-Cohn, doctorant en histoire à l’EHESS ;
• Anh Thy Nguyen, doctorante en Langues et lettres à l’Université catholique de Louvain.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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