Journée d’étude – Le moderniste dans la cité

5 mai 2017, Archives Générales du Royaume (Bruxelles)
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Argumentaire

Le recul au cours des années 70 et 80 des grands paradigmes explicatifs, comme le marxisme, le structuralisme et la théorie des systèmes[1], a entraîné une part des sciences humaines et sociales – tout particulièrement les chercheurs qui ont fait du passé leur objet d’étude – à réinterroger leurs pratiques et le sens de leur travail, les conduisant à prendre ce qu’on a qualifié de « tournant critique » ; voire de « crise »[2]. Comme d’autres avant elle, cette « crise » a aussi été une opportunité ouvrant sur des champs d’investigation originaux, sur de nouveaux développements épistémologiques et sur un dialogue réactualisé avec la société[3]. Mais, comme le montre la parution récente de l’History Manifesto[4], cette « crise », accentuée par la remarquable transformation, ces vingt dernières années, des instances universitaires et du marché du travail des Humanités, a pu également être perçue comme néfaste. En effet, les deux auteurs de cet ouvrage, Jo Guldi et David Armitage, déplorant l’enfermement des historiens dans des recherches de plus en plus spécialisées qui les éloignerait de la société et des pouvoirs de décision, militent pour le retour d’une histoire de la longue durée sur le modèle de celle proposée par Fernand Braudel dans les années cinquante[5]. Ils considèrent ce retour comme à la fois nécessaire face à la multiplication des études de faible portée et réalisable grâce au développement sans précédent des big data.

Sans prendre part directement à la vaste polémique qu’a entraîné cette sollicitation[6] et qui, sous des allures semblables, se retrouve aussi dans d’autres disciplines telles que la littérature[7], nous aimerions saisir la perche tendue et profiter de cette nouvelle journée d’étude de ModerNum pour éclairer pragmatiquement la place qu’occupent aujourd’hui les modernistes dans notre société et la capacité de ces chercheurs à rendre le passé intelligible face aux défis du présent.

La question est d’une part épistémologique. La recherche n’a en effet pas attendu l’History Manifesto pour proposer de nouvelles manières d’interroger l’époque moderne à l’aune du monde contemporain[8]. Il serait intéressant de voir à quel point les modernistes francophones de Belgique participent aujourd’hui à ces questionnements. D’autre part, cette sollicitation concerne toute une série d’acteurs, dans et hors des institutions de recherche, chargés de faire le pont entre l’histoire savante en acte et la société. Nous pensons aux maisons des sciences de l’homme, aux médias généralistes ou à l’enseignement (tout particulièrement aux chercheurs-didacticiens qui réfléchissent aux programmes et aux modalités d’apprentissage). Nous pensons également à la promotion et à la préservation du patrimoine mobilier et immobilier ainsi qu’aux musées et bibliothèques, via notamment leurs services pédagogiques. Nous pensons enfin à la vulgarisation scientifiques plus large, dont les dispositifs concrets de mise en œuvre sont multiples : ouvrages généraux ou visant des publics spécifiques mais aussi manifestations culturelles (par exemple le théâtre), scientifiques (cellules de diffusion des sciences) et/ou citoyennes.

Les questionnements – comme les acteurs qui participent à leur élaboration – sont nombreux et couvrent de vastes domaines du champ social et scientifique. Ils présentent en outre des liens étroits entre plusieurs disciplines telles que l’histoire de l’art, l’histoire, la philosophie ou la littérature. Par son aspect résolument interdisciplinaire, cette rencontre nourrit donc le désir de participer à la formalisation d’un discours autocritique sur notre place, en tant que modernistes, dans l’élaboration du sens que la société d’aujourd’hui se donne. À l’heure où de nombreux gouvernements, institutions et groupes d’intérêts manifestent le désir de statuer motu proprio sur le destin de la recherche en science humaine et sociale, une telle démarche nous semble également bienvenue si nous désirons prendre part activement et de façon éclairée au devenir de nos professions.

Les différentes communications ne devraient pas excéder vingt minutes. À l’issue de chacune des interventions, une courte série de questions-réponses sera engagée avec les auditeurs.

[1] Lyotard J.-F., La condition postmoderne. Rapport sur le savoir, Paris, Les éditions de minuit, 1979.
[2] « Histoire et sciences sociales. Un tournant critique ? », in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, t. 43/2 (1988), p. 291‑293 ; Chartier R., Au bord de la falaise : l’histoire entre certitudes et inquiétude, Paris, A. Michel, 1998.
[3] Boutier J. et Julia D. (dirs.), Passés recomposés. Champs et chantiers de l’histoire, Paris, Ed. autrement, 1995.
[4] Guldi J. et Armitage D., The history manifesto, Cambridge, Cambridge University Press, 2014.
[5] Braudel F., « Histoire et sciences sociales : la longue durée », in Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, t. 13/4 (1958), p. 725‑753.
[6] Voir notamment Annales. Histoire, sciences sociales, La longue durée on débat, t. 70/2 (2015) ; Noiret S., Delafontaine R., Verreycken Q., Arnesen E., « « The History Manifesto » : a discussion », in Memoria e ricerca. Rivista di storia contemporanea, t. 51/1 (2016), p. 97-126.
[7] Voir notamment Schaeffer J.-M., Petite écologie des études littéraires. Pourquoi et comment étudier la littérature?, Vincennes, Thierry Marchaisse, 2011.
[8] Pensons à l’histoire culturelle et des représentations proposées par Roger Chartier ; pensons au boom de l’histoire connectée de Serge Gruzinski et Sanjay Subrahmanyam qui se fonde sur les XVe et XVIe siècles pour formuler un nouveau paradigme explicatif de l’histoire mondialisée (Gruzinski S., L’histoire, pour quoi faire ?, Paris, Fayard, 2015.) ; pensons aussi aux tentatives de Denis Crouzet et de Jean-Marie le Gall pour rendre le terrorisme islamiste intelligible à travers une lecture actualisée des guerres de religion (Crouzet D. et Le Gall J.-M., Au péril des guerres de religion. Réflexions de deux historiens sur notre temps, Paris, PUF, 2015.) ; pensons enfin à l’histoire de l’environnement, de la mémoire ou encore au développement des humanités numériques.

Programme :

10h : Accueil

Panel 1 – Présidente de séance : Lise Constant (F.R.S.-FNRS – UCL)

10h30 : Annick Delfosse(ULg) : Mots d’accueil
Julien Régibeau(F.R.S.-FNRS – ULg) : Introduction

11h00 : Quentin Verreycken (F.R.S.-FNRS – UCL / USL-B) – Big data, longue durée et expertise de l’historien.ne : les enjeux soulevés par l’« History Manifesto »
11h20 : Anne Staquet (UMons) – Détruire la tour d’ivoire du moderniste ou y inviter la foule ?
11h40 : Mathieu Ferrand(UCL) – Quand le chercheur se fait chef de troupe : retour sur le spectacle ‘Combats pour l’Humanisme : Deux revues latines de la Renaissance’
12h00 : Discussion
12h30 : Déjeuner

Panel 2 – Président de séance : Renaud Adam (F.R.S.-FNRS – ULg)

14h00 : Dominique Allart (ULg) et Rachel Brahy (MSH – Liège) – Des Maisons des Sciences de l’Homme en Belgique francophone : des champs d’action pour les disciplines humanistes ?
14h20 : Hélène Haug (Maison d’Érasme, Anderlecht) – Communiquer nos disciplines : l’université à l’épreuve du musée
14h40 : Discussion – Pause

15h30 : Eric Bousmar (Université Saint-Louis) – Histoire publique et public de l’histoire. Quelles places pour l’historien face aux usages ludiques, idéologiques ou mercantiles du passé?
15h50 : Un jour dans l’histoire ou l’histoire (moderne) dans les médias : une rencontre avec Laurent Dehossay (RTBF – La Première)
16h10 : Discussion

16h30 : Conclusions – Valérie Leyh (F.R.S.-FNRS – ULg)

Source : ModerNum

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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