Podcast – Nicolas de Cues, la chasse de la sagesse

Qu’est-ce que la chasse de la sagesse ? Chasse-t-on la sagesse comme on chasse le gibier ? Comment le philosophe-chasseur peut-il se servir de la logique, des concepts et des mots comme des armes ? Et surtout, est-il jamais sûr d’atteindre sa cible ?

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Le texte du jour

Nous pourrions débusquer dans ce mouvement de la toupie de nombreuses et belles choses, par exemple comment un enfant voulant rendre vivante sa toupie morte, c’est-à-dire sans mouvement, lui imprime, par le génie inventif de son intellect, la similitude de son concept (de mouvement) et comment, par un mouvement à la fois droit et oblique de ses mains, c’est-à-dire en poussant et en tirant à la fois, il lui imprime un mouvement au-delà de la nature de la toupie, puisque celle-ci n’aurait d’autre mouvement que celui qui la porte vers son centre, comme tout grave : il la fait tourner de façon circulaire comme le ciel. Et cet esprit moteur est présent de façon invisible dans la toupie plus ou moins longtemps selon l’impression de la force communiquée. Lorsque la toupie a cessé de tourner, elle retourne à son mouvement antérieur vers le centre. Ceci n’est-il pas une similitude du créateur voulant donner l’esprit de vie au non-vivant ? Comme il a prédéterminé de l’accorder, les cieux, qui sont les instruments de l’exécution de sa volonté, sont ainsi mus par le moyen du mouvement à la fois par un mouvement rectiligne de l’orient à l’occident, et par ce même mouvement de retour de l’occident à l’orient, comme le savent les astrologues. Et l’esprit de vie, insufflé par le zodiaque animal, meut vitalement ce qui par sa nature était dépourvu de vie et le vivifie aussi longtemps que perdure l’esprit, puis il revient à sa propre terre. De telles choses, qui ne relèvent pas de la présente spéculation, et de nombreuses autres encore, sont très bien signifiées par ce jeu d’enfants. Elles ont rapidement été remémorées afin que vous considériez comment, même dans le savoir-faire des enfants, la nature resplendit, et en elle Dieu, et comment les savants du monde, qui ont soupesé cela, sont parvenu à des conjectures plus vraies sur ce que l’on peut connaître.

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Lectures :

– Nicolas de Cues, Le dialogue à trois sur le pouvoir-est (1460), § 23, p. 61-62, Belles Lettres 2017, traduction de Jocelyne Sfez.
Lectures
– Nicolas de Cues, La chasse à la sagesse (1462), §98-100, p. 212-213, Belles Lettres 2017, traduction de Jocelyne Sfez.
– Nicolas de Cues, Le dialogue à trois sur le pouvoir-est (1460), § 23, p. 61-62, Belles Lettres 2017, traduction de Jocelyne Sfez.

Source : France Culture

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