Journée d’étude – Terres cuites architecturales de l’Antiquité à la période contemporaine

’organisation de rencontres sur les Terres cuites architecturales (TCA) de l’Antiquité à la période contemporaine et notamment l’organisation d’une journée d’actualités à intervalle régulier comptent parmi les objectifs fixés lors de la création du Réseau TCA en 2014. Ainsi deux journées ont été réalisées, en juin 2015 à Paris puis en octobre 2016 à Auxerre. Cette journée sera l’occasion de faire le point sur l’actualité de la recherche que ce soit sur le Centre-Val de Loire ou d’autres régions plus éloignées.

Terres cuites

Programme :

Vendredi 29 septembre 2017

Auditorium du Musée des Beaux-Arts, 1 rue Fernand Rabier à Orléans

9h30 – Accueil des participants
Antiquité

10h-10h20 – Alain FERDIERE (LAT, UMR CITERES, Tours), Jean-Michel MORIN (CD45)  – Utilisation opportuniste de la terre cuite en remplacement de la pierre en décor architectural : deux exemples à Boiscommun (Loiret) et Mer (Loir-et-Cher)

Deux récentes identifications de découvertes de surfaces, sur deux sites gallo-romains, respectivement du Loiret (sanctuaire de Boiscommun, Chemault C Champ Carré ») et de Loir-et-Cher (villa de Mer C les Cohues ») montrent l’usage de la terre cuite pour le décor architectural : modillons de grande taille dans le premier cas, briques à décor estampé pour le second.

Plutôt qu’un usage courant qui serait jusqu’à présent passé inaperçu, cette pratique – rarement attestée en Gaule romaine – révèle plutôt, sans doute, ici un remplacement opportuniste de la bonne pierre de taille par la terre cuite architecturale, dans des secteurs où les ressources en pierre adéquate font défaut.

Quelques comparaisons extérieures, encore rares, pourront être cités, pour des régions voisines, en Gaule romaine.

10h30-10h50 – Benjamin CLEMENT (Archéodunum, UMR5138 ArAr, Lyon 2) – Entre antéfixes et plaques campana : la décoration architecturale en terre cuite de la villa de Messimy (Rhône)

Les fouilles menées à Messimy (69), dans l’arrière-pays de la colonie de Lyon, ont révélé une ferme aristocratique de la fin de l’Âge du fer, supplantée dès les années 40 av. J.-C. par une grande villa à plan centré. Outre le caractère ostentatoire de cette occupation, le site se démarque par l’utilisation de terres cuites architecturales dès la période gauloise – sous la forme de tuiles et des antéfixes à tête humaine – jusqu’à la fin de l’Antiquité. Un four de tuilier a été mis au jour pour les premiers états antiques, caractérisé par la production de tuiles, briques mais surtout de plaques campana dont certaines sont estampillées au nom du propriétaire.

11h00-11h20 – Yves MANNIEZ (Inrap) – Les tuiles et terres cuites architecturales dans les sépultures d’époque romaine du Midi de la Gaule

Cette intervention sera l’occasion de présenter les différents types de contenants funéraires de l’Antiquité mettant en œuvre des tegdlae et imbrices (coffres, bâtières, coffres mixte utilisant bois et tuiles issus de fouilles récentes) ainsi que quelques types particuliers de tuiles et carreaux de terre cuite que j’ai pu recenser sur les sites du sud-est de la Gaule (tegdlae à tenons et mortaises, tuiles inscrites, avec empreintes ou décors, tegdlae courbes …
Haut Moyen Âge

11h30-12h00 – Etienne JAFFROT (Eveha) – La production de Saint-Laurent-Nouan (Loir et Cher) : datation, structure de production, technologie et très brève typologie

Une opération archéologique à Saint-Laurent-Nouan, Ganay (Loir-et-Cher), réalisée durant l’été 2014 par C. Ben Kaddour (Eveha), a révélé un atelier de production potière et tuilière, datable de l’antiquité tardive, entre la fin du V e siècle et le deuxième tiers du VIe siècle. Cette double production est matérialisée dans l’emprise des fouilles par au moins un four rectangulaire et la production tuilière se manifeste essentiellement par de nombreux rebuts de tegulae et d’imbrices.

12h10-12h30 – Sébastien JESSET (Service archéologique Orléans) – Les couvertures en terre cuite au haut Moyen Âge en Orléanais : Un mode de construction pour quels bâtiments ?

Le sol de la ville d’Orléans livre régulièrement, au gré de l’exploration de son centre ancien, des lots de tegulae, imbrices et modillons du haut Moyen Âge issus des proches ateliers de Saran.

Les contextes de découvertes sont pour une large part dans un rapport évident avec des édifices religieux (Saint-Pierre Lentin, SainteCatherine, Saint-Pierre Empont, Saint-Michel…). Néanmoins, d’autres ensembles, plus problématiques, ne sont situés qu’à proximité immédiate de ces édifices (rue Saint-Etienne à quelques mètres de Sainte-Colombe, Mail Pothier le long de la cathédrale), parfois en relation avec des constructions dont l’origine religieuse n’est pas démontrable, voire incertaine (rue de Bourgogne, rue Jeanne d’Arc, Saint-Paul, place Sainte-Croix).

Les difficultés soulevées pour les milieux urbanisés, inhérentes à la diversité des bâtiments et fonctions qui se jouxtent et quelquefois se superposent, se trouvent amoindries dans les faubourgs et les espaces ruraux où des exemples permettent d’envisager de façon plus assurée, à la fois l’existence de toitures en terre-cuite, mais également leur présence en couvrement de bâtiments d’habitation disposant de murs en matériaux périssables.

Le corpus orléanais constitué de plusieurs dizaines de contextes variés couvrant une large période entre le VII e et le Xe siècle permet aujourd‘hui de s’interroger sur la mise en œuvre de ses toitures, le statut des bâtiments qui les reçoivent et finalement d’éclairer d’un jour nouveau un mode de construction plus fréquent qu’il n’y paraît.

12h30-13h30 – Déjeuner

13h30-13h50 – Coline LEJAULT, Amélie LAURENT-DEHECQ (CD45) – Utilisation de la terre cuite architecturale à l’échelle du village du haut Moyen-Âge de Saran (Loiret)

Les fouilles du village alto-médiéval de Saran ont livré un corpus d’environ 10000 fragments de terres cuites architecturales représentant un poids total de plus d’1 tonne. Ce mobilier est issu de contextes variés datés entre le VII e et le XIe siècle. La majorité correspond à des productions provenant des ateliers saranais de C la Médecinerie » situés à 500 m au nord du site.

Une partie du corpus a été retrouvée en place dans les sépultures et les fours de potier. Cependant, l’importante quantité de TCA mise au jour dans les autres structures questionne sur l’emploi de ce matériau sur le site en particulier sur sa mise en œuvre dans l’architecture des bâtiments à ossature bois. Il s’agit ici de présenter les résultats et hypothèses d’utilisation de la terre cuite architecturale en lien avec leur identification fonctionnelle mais aussi leur répartition spatiale.

14h00-14h20 – Arnaud REMY (CD 49) – Un ensemble angevin de briques estampées du haut Moyen Âge

En 2011, un remarquable lot de briques estampées a été mis au jour lors d’une fouille préventive à Juigné-sur-Loire (Maine-et-Loire). Réemployées dans un four antérieur au milieu du VIIe siècle, ces briques présentent des traces qui permettent d’aborder leur utilisation antérieure et leur fabrication. Leur découverte vient enrichir un corpus bien ancré dans l’Ouest de la France, auquel elle apporte un bel éclairage.
Moyen Âge

14h30-14h50 – Sylvie SERRE (Inrap) – Premiers résultats du référentiel typo-chronologique TCA sur le site castral de Vesvre (Cher)

Les fouilles menées sur le site castral de Vesvre ont donné lieu à la découverte de lots de TCA. Ces collections, bien que très modestes, couvrent un champ chronologique large, allant au moins du HMA au XIXe siècle, et concernent principalement les matériaux de couverture. L’étude menée dans le cadre du PCR Vesvre, a permis de proposer la constitution d’un référentiel typo-chronologique.

Au vu de la fragmentation des lots, le travail engagé croise les informations données par la nature des pâtes et les indications morphologiques. Il s’agit ainsi non seulement d’apprécier la diversité des types de tuiles, des modules mais de reconnaître des savoir-faire et des approvisionnements variés, qui vont de pair avec l’évolution des modes de couvrement.

La communication proposée portera essentiellement sur les résultats obtenus sur la période du HMA au XIIe siècle, en présentant notamment des tegdlae de tradition antique produites à la période alto-médiévale cédant la place à des tuiles à cavités de fixation sans crochets.
Moderne

15h00-15h20 – Yves DUFOUR (Fédération Archéologique du Loiret), Bruno LAGARDE (Histoire et Patrimoine) – Un atelier de carreaux de poêle et de céramiques très décorées au XVIe siècle : Nibelle « Les Poteries » (Loiret)

Situé en bordure Est du Massif d’Ingrannes, en forêt d’Orléans, le village de Nibelle, grâce à ses richesses en bois, en eau et en argile de qualité, a accueilli un artisanat potier dès le XIIIe siècle et une succession impressionnante de lignées de potiers et tuiliers, dont les mentions autorisent à restituer l’activité au moins depuis le XVIIe siècle sans discontinuité jusqu’au début du XXe siècle.

Une prospection systématique conduite au début des années 90 a permis, dans ce contexte favorable, de renseigner une vaste zone de dépotoir de rebuts de cuisson contenant outre des ratés de poterie, ceux de carreaux de poêles. Plusieurs milliers de fragments se rapportent à une production originale du XVIe siècle, passée jusqu’alors inaperçue dans la région. Un premier examen du matériel a permis de dresser une première ébauche de typologie et de retrouver au travers de certaines thématiques des décors une influence alsacienne certaine.

15h30-16h00 – Pause

16h00-16h20 Jean-Baptiste VINCENT, Anne BOCQUET-LIENARD, Adrien DUBOIS (CRAHAM) – Les tuileries de Barbery (Calvados)

La documentation médiévale et moderne dans la région de Caen mentionne régulièrement l’utilisation de la tuile de Barbery. Plusieurs tuileries, appartenant à différents monastères, sont attestées sur le site entre le XIVe et le XVIIIe siècle, lorsque leur production est livrée aux châteaux de Caen, de Falaise, etc. On ignore pourtant presque tout de la chronologie de ces tuileries, de la nature des productions, des modes de commercialisation, de l’organisation de la production et de l’exploitation des matières premières.

Un plan du XVIIIe siècle montre une organisation similaire pour chacune des trois tuileries alors en activité: autour d’une petite cour se répartissent le four, la halle de séchage, l’habitation, un bâtiment de stockage et une petite mare avec une évacuation vers le ruisseau. En s’appuyant sur ce plan, une prospection magnétique a tenté de révéler les fours, les zones de dépotoir et l’organisation des bâtiments. Elle a également fourni l’occasion de ramasser des éléments de terre cuite et d’évaluer la nature des productions (tuile, carreau, brique…). En outre, des carottages (et l’étude à l’échelle microscopique des sédiments collectés à différentes profondeurs) visent à l’identification des lieux d’extraction de la matière première et à sa caractérisation.

16h30-16h50 – Franck VERNEAU (Inrap) – Les plaques décoratives à motifs de cuirs, de rinceaux et de grotesques du XVIe siècle du château de Meulan (Yvelines)

Le travail mené avec Ophélie de Peretti et Pierre-Jean Trombetta entre 2000 et 2006 sur le château des Comtes de Meulan, dans les Yvelines, a été l’occasion de découvertes inattendues dont un four de potier du XVIe siècle. Le four était assez mal conservé et une partie importante de rebus de production ont été jetés dans l’aire de chauffe. Parmi les tèles, coquemards et autres formes classiques pour la deuxième moitié du XVIe siècle, un certain nombre de plaques estampées ont également été découvertes. Elles sont décorées de motifs de rinceaux, de décors de cuirs et de grotesques. Le vocabulaire ornemental évoque la seconde école de Fontainebleau avec des types très particuliers de motifs de grotesques. Surcuits, ces ornements sont très endommagés et les faces arrières très rarement conservées, ce qui nous prive de précieuses indications pour comprendre l’utilisation de ces éléments, peut-être comme carreaux de poêle ou décorations murales. L’étude de ce mobilier, du reste de la production potière et du four lui-même devrait reprendre en 2019 et initiera la publication de cet ensemble.

17h00-17h20 – Cyril LACHEZE (Doctorant – Équipe d’Histoire des Techniques – IHMC – Université Paris 1) – La production de terre cuite architecturale : une affaire systémique

Comme toute production, la fabrication de terre cuite architecturale constitue un maillon des activités de la société analysable comme un système, compris dans le sens analytique de la systémique telle que définie à la fin des années 1960 par Ludwig van Bertalanffy. Un C système » est constitué d’éléments individuels mis en interaction par un ensemble de flux matériels, humains, énergétiques ou encore d’informations ; l’ensemble, bien qu’entièrement dynamique, est généralement stable sur le court terme mais tend vers certaines évolutions à plus longue durée. Nous nous proposons dans cette communication d’explorer une lecture systémique appliquée à la production de terre cuite architecturale et aux activités annexes, de la fin du Moyen Âge au milieu du XIX e siècle. Il apparaît en effet, notamment à la lecture des sources écrites, que les situations dans lesquels sont produits à la fois les objets de terre cuite et les savoirs qui y sont liés (entre autres les savoirs écrits qui forment une partie importante de la documentation actuellement disponible sur cette question) résultent d’enchevêtrement de situations pouvant aboutir à une compréhension partielle voire faussée par l’historien ou l’archéologue si non entièrement pris en compte. À titre d’exemple, on peut citer des choix dans la construction des infrastructures pris non par les tuiliers mais par les propriétaires sur des critères purement financiers et non techniques ; des modules légaux de produits liés à des politiques protectionnistes relevant des conseils de villes ; un corpus de textes techniques de l’époque moderne (Encyclopédie ou Description des Arts et Métiers notamment) constitué sur la base de mémoires d’ingénieurs militaires et de recopiages ou traductions plus ou moins exacts des auteurs entre eux ; ou encore d’innovations brevetées au XIXe siècle qui reflètent avant tout les préoccupations mercantiles de centaines d’C inventeurs » développant pour la plupart des principes techniques absolument semblables. À défaut de reconstituer l’ensemble du C système » de production de la terre cuite dans un seul exposé, nous nous proposons ainsi, à travers plusieurs exemples typiques, de démontrer l’utilité et l’importance d’une telle approche pour l’étude de la production de terre cuite architecturale.
Contemporain

17h30-17h50 – Jean François NAULEAU (Inrap) – Terres oubliées : les terres cuites contemporaines

Les études de bâti et de matériaux contemporains occupent une place grandissante dans l’arc1éologie actuelle. Pourtant notre connaissance des C produits rouges » et des lieux de production des XIXe et XXe siècles reste lacunaire…et le spécialiste en TCA n’est pas mieux armé que face à des tegdlae romaines.

L’élaboration d’une base de donnée inventoriant les lieux de production contemporains et d’un catalogue typo-chronologique des matériaux associés paraît désormais indispensable à l’échelle des Pays de la Loire.
Poster

François CAPRON, Bruno VANDERHAEGEN (Inrap) – L’apport de l’étude de la TCA pour la fouille de C La Mare de Saules » à Allonnes

Sur le site de C La Mare des Saules », la T.C.A est présente exclusivement en position secondaire dans des niveaux de remblais ou en comblement de C dépotoirs ». Les vestiges découverts à Allonnes (ensembles funéraires, habitats et un lieu de culte conservé en fondations) ne forment pas un contexte d’étude favorable pour aborder la production ou l’utilisation de ces T.C.A. Cependant, la durée d’occupation du site, qui couvre une large fourchette chronologique comprise entre le Moyen Âge et l’époque contemporaine, permet d’aborder la diversité et l’évolution des productions en terre cuite par une approche diachronique.

La problématique de l’étude des T.C.A du site d’Allonnes s’est centrée sur la caractérisation des différentes pâtes et formes relevées au sein de contextes datés, afin de fournir des éléments de datation aux contextes n’ayant livré comme mobilier que de la T.C.A. Ainsi, les quelques 1 300 restes de T.C.A étudiés ont permis une bien meilleure compréhension de l’articulation chrono-stratigraphique des vestiges d’Allonnes, et ont également alimenté une discussion critique des datations fournies par d’autres méthodes. L’objectif de notre présentation est donc de montrer de manière chiffrée les contextes exclusivement datés par ce type de matériau, mais aussi ceux dont la T.C.A a été d’un apport décisif dans la discussion de la datation.

La fouille du site d’Allonnes a ainsi démontré la nécessité de la prise en compte de ce type de matériau, même sur des sites où elle ne s’impose pas d’emblée.

Samedi 30 septembre 2017 Visite la matinée de la tuilerie de la Bretèche

Située à Ligny-le-Ribault à une trentaine de km du centre-ville d’Orléans, la tuilerie de la Bretèche classée monument historique fait partie des dernières tuileries traditionnelles encore en activité :

http://www.tuilerie-de-la-breteche.fr/

Cette journée sera l’occasion de faire le point sur l’actualité de la recherche que ce soit sur le Centre-Val de Loire ou d’autres régions plus éloignées.

Source : Calenda

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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