Appel à contribution – Popularité, réputation, renommée

La lecture des chroniques, des romans et des actes de la pratique  révèle à quel point la question de la notoriété est essentielle aux sociétés médiévales. Trois termes sont proposés à l’étude : tout d’abord, la « popularité », qui correspond à la faveur du peuple, au crédit dont une personne dispose auprès du plus grand nombre. Ensuite, la « réputation », cette opinion qu’un public se fait d’une personne. Entendue dans son sens positif, c’est une honorabilité, résultat une conduite conforme à une norme sociale socialement établie : c’est un gage de pureté morale. La « renommée » désigne enfin la rumeur que répand l’opinion publique : sémantiquement proche de la réputation, son sens se spécialise progressivement pour devenir un terme laudatif désignant la reconnaissance de prouesses ou de grandes qualités au-delà du cercle social de l’individu. Christine de Pizan dans le Livre des faits et bonnes mœurs du roi Charles V compare la renommée à une fleur de lys : belle, précieuse, mais fragile qui « dit quel chose est noblece de corage » (chp. IV).

Réputation et renommée sont des termes attestés dès la fin du XIIIe siècle, lorsque les premières attestations de popularité remontent au XVIe siècle. La racine commune de ces trois termes est la notion de fama, cette notoriété fondatrice de l’excellence sociale et de l’exemplarité. Le bien famé est écouté, respecté, acclamé dans tous les cercles de la société. Il jouit d’une bonne réputation et peut prétendre à une certaine renommée. A l’inverse, le mal famé devient un paria, et doit reconstruire sa réputation. Yvain dans le Chevalier au Lion est un des nombreux exemples littéraires de ce processus : contraint de partir à l’aventure après avoir été accusé de manquer à ses devoirs de chevalerie, il part en quête d’une renommée perdue.

Popularité, réputation, rénommée : ces trois héritiers de la fama sont des marqueurs clefs de la société et de la culture médiévales. Ils alimentent toute une série de travaux de l’historiographie récente, qui s’attache en particulier à (re)mettre en perspective l’étude des groupes et des rapports sociaux : pourrait-il y avoir excellence sociale, notamment nobiliaire, sans réputation ? La noblesse est-elle seule à pouvoir prétendre à la renommée ? Si réputation et renommée sont liées à une indéniable considération sociale, la popularité sur la place publique est-elle synonyme d’estime et de respect ?

Pistes de problématisation

  • Quels liens entretiennent ces trois avatars de la notoriété avec l’exercice politique ? Que peut nous dire la fama sur la justification du pouvoir ? Quel rapport les gouvernants entretiennent-ils avec leur image ?
  • Comment et pourquoi montrer que l’on est respectable au Moyen Âge ?
  • Comment ces trois notions s’articulent-elles dans les représentations artistiques et littéraires ? Sont-elles l’apanage de groupes sociaux, de personnes ?Ces trois notions sont-elles déterminées sur les mêmes critères ? La réputation et la renommée sont-elles attachées aux mêmes qualités morales et sociales dans tous les milieux ?

Modalité de contribution

Cet appel à communication est ouvert aux étudiants de master, de doctorat et aux jeunes chercheurs de toutes les disciplines. Les propositions de communication, d’un maximum de 1000 mots, accompagnées d’un CV doivent être envoyées conjointement à François Arbelet (fr.arbelet[a]gmail.com) et Marielle Devlaeminck (marielle.devlaeminck[a]gmail.com) avant le 10 décembre. Elles pourront donner lieu à une communication orale de 25 minutes durant l’une des trois séances du séminaire (19 janvier, 16 février, 16 mars) et/ou à une publication dans la revue de l’association (www.questes.revues.org).

Quelques références

Maria Rosa Lida de Malkiel, L’idée de la gloire dans la tradition occidentale : Antiquité, Moyen Âge occidental, Castille, Paris, C. Klincksieck, 1968.

Claude Gauvard (dir.), « La Fama, une parole fondatrice », Médiévales, 24, 1993.

Claude Gauvard, « Fama », article du Dictionnaire du Moyen Âge, dir. C. Gauvard, A. De Libera, M. Zink, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2002.

Thierry Dutour, Sous l’empire du bien : « bonnes gens » et pacte social (XIIIe-XVe siècles), Paris, Classiques Garnier, 2015.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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