Publication en ligne – Décrire la ville. Cahiers électroniques d’histoire textuelle du LaMOP

Comment décrit-on la ville au Moyen Âge ? De nombreuses études se sont intéressées aux représentations iconographiques, mais il est moins fréquent de réfléchir sur les descriptions textuelles des villes et leurs significations.

Les travaux d’histoire urbaine s’interrogent toujours en préambule sur la définition même d’une ville au Moyen Âge. Que considérait-on alors comme une véritable ville et à partir de quels critères ? S’il est si difficile de donner une réponse claire et univoque, c’est précisément parce que les témoins médiévaux eux-mêmes ont différents points de vue sur cette question, selon leur origine et les relations qu’ils ont avec l’espace urbain.

Une première approche consiste à se demander si les descriptions renvoient à une réalité matérielle, qui peut par exemple servir de point de départ à des recherches archéologiques ou d’histoire de l’art et de l’architecture. Nombre de descriptions en effet définissent l’emplacement des principaux monuments, de la voirie, des marchés, des paroisses, des cimetières, et aussi, ne l’oublions pas, des espaces agricoles –vergers, jardins, champs-insérés dans la ville.

Or la ville ne se définit pas seulement par son espace, mais aussi par ses habitants. Les descriptions des villes sont structurées à la fois par des réalités physiques, par des lieux communs (applicables à toutes les villes), et par le point de vue de l’observateur. Les descriptions des villes sont l’expression des habitants eux-mêmes, du regard qu’ils portent sur leur environnement, mais cela peut être aussi un regard extérieur, celui d’un voyageur qui découvre la ville et en donne les caractéristiques qui frappent son regard, qui attirent sa curiosité, celui d’un marchand qui y vient régulièrement pour ses affaires, celui d’un officier ou d’un seigneur.

Être de la ville ou ne pas en être change le regard qu’on porte sur elle. En effet, la description d’une ville est une question d’identité : la description assigne à la ville une identité, une personnalité, par des monuments emblématiques (tour, pont, monastère, beffroi…), mais aussi par la définition d’un espace circonscrit – souvent par des remparts- où se définissent des statuts juridiques (bourgeois ou non), des droits, des redevances.

Enfin, les descriptions des villes relèvent d’un genre littéraire, qui mobilise des archétypes urbains. Il y a des éléments communs à toutes les villes médiévales, qui peuvent être réutilisés en fonction des contextes pour une ville réelle, mais aussi pour les villes imaginaires ou mythiques qui parsèment la littérature. De Jérusalem à Troie, de Rome à Babylone, ce sont les mêmes mécanismes descriptifs qui sont sollicités par les auteurs des textes.

How were towns described in the Middle Ages? Although much work has been devoted to iconographical representations, it is less common to consider textual descriptions of towns and their meanings.

Almost every general work of urban history begins with an introductory discussion of how one can define a town in the Middle Ages. What did one consider to be a real town and on the basis of what criteria? If is so difficult to give a clear and straightforward answer to this question, it is in part because medieval writers themselves had different opinions on the matter, depending both on where they were from and the relations which they had with urban space.

One initial approach is first to ask to what extent the written descriptions we possess refer back to a material reality, for example as the point of departure for archaeological research or for the history of art or architecture. Many descriptions do indeed describe the location of a town’s principal monuments, of the roads, the markets, the parishes, the cemeteries and also, lest we forget, agricultural spaces – meadows, gardens, fields – integrated into the town.

But the town is not only defined by its space, but also by its inhabitants. The descriptions of towns are structured at the same time by physical realities, by commonplaces which are applicable to all towns, and by the point of view of the observer. Descriptions of towns sometimes arise from the inhabitants themselves, from their view of their environment, but they could also be the result of an exterior viewpoint, for example that of a traveller who encounters a town for the first time, describing those characteristics which attract attention or curiosity, or might be tempered by the particular perspective of a merchant who came regularly for business, say, of a royal or seigneurial officer, or of a lord.

Whether one came from a town or not changed the view that one had of it. Indeed, the description of a town is often a question of identity: the description ascribes the town an identity, a personality, through his emblematic monuments (tower, bridge, monastery, belfry…) but also through the circumscription of a defined space – often by walls – around which legal status, rights and customs were fixed.

Finally, descriptions of towns were also a literary genre, which mobilises urban archetypes. There are common elements in all medieval towns, which could be remobilised in different contexts for real towns, but also for imaginary or mythical towns which one finds scattered through medieval literature. From Jerusalem to Troy, from Rome to Babylon, the same descriptive mechanisms were brought to bear by the authors of these texts.

Table des matières :

– Cléo RAGER,Initiates file download Lieux urbains et lieux communs : Évaluer les descriptions de ville dans les mémoires urbains, l’exemple de Troyes (XVe siècle)

– Daniela CASO, Initiates file downloadL’éloge de la ville d’Athènes à Florence : sur les résonances entre le Panathénaïque d’Aelius Aristide et la Laudatio florentinae urbis de Leonardo Bruni

– Lisa DEMETS et Jan DUMOLYN, La ville comme Sainte Vierge. Un aspect de l’idéologie urbaine en Flandre médiévale (fin du XIVe siècle – début du XVIe siècle)

– Lucie MALBOS, Initiates file downloadPortus, vici, emporia, mercimonia, castra, urbes… : des perceptions contrastées des sites portuaires en Europe du Nord-Ouest (VIIe-Xe siècle) ?

Source : LAMOP

 

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Réseau des médiévistes belges de langue française
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