Publication – Alain Boureau, « Le Feu des manuscrits. Lecteurs et scribes des textes médiévaux »

Les manuscrits se consument moins que leurs lecteurs. Et ici, je veux parler de l’éclat lumineux des manuscrits et de l’obscurité qui les menace toujours et dire ma passion des manuscrits, ou plutôt de l’activité manuscrite.

J’aime l’unicité fragile des manuscrits, sans leur vouer l’adoration ou la convoitise suscitées par des trésors, que j’évoque d’abord avant de livrer mon expérience des rapports incommodes entre les institutions détentrices, les lecteurs et les scribes. La suite, sur mes péripéties de déchiffreur, s’intitule « la peau des scribes » : à partir du matériau d’écriture, le cuir des moutons, je veux me mettre dans la peau des scribes face à leurs détracteurs, ceux qui veulent « avoir leur peau ».

Mais entre les scribes et moi, s’interpose l’institution d’une discipline qui s’est voulue « scientifique », avec une exigence de généalogie qui se fondait sur une recherche en paternité, bien vaine pour les textes médiévaux où les traces de l’auteur s’effacent au profit de celles des scribes, malgré d’illustres exceptions. Même en se libérant de ces carcans, le lecteur n’accède pas facilement aux textes des manuscrits : l’objet qui les porte, matériel, subit les aléas et infortunes des choses et les inadvertances des hommes qui en gèrent la fabrication. J’en viens alors à mes frères, les scribes eux-mêmes, quand je traite des marges du manuscrit comme lieu d’organisation du texte par les scribes, avant de résenter leur intervention directe et inventive dans le texte.

Ce livre raconte une rencontre heureuse.

Alain Boureau est directeur d’études à l’EHESS, spécialiste d’histoire de la scolastique médiévale. Parmi ses ouvrages récents : En somme… Pour un usage analytique de la scolastique médiévale (2011), L’Errance des normes (2016) et une édition critique et bilingue des Questions disputées (six volumes parus aux Belles-Lettres depuis 2011) et des Quodlibets (trois volumes depuis 2015) de Richard de Mediavilla. Aux Belles Lettres, il dirige également avec Michel Desgranges la collection « Histoire » et avec Ruedi Imbach la « Bibliothèque scolastique ».

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Table des matières :

INTRODUCTION

1. LE MANUSCRIT, OBSCUR OBJET DU DÉSIR PATRIMONIAL
Les aventures d’un manuscrit
Trésors
De main d’homme
De la culture à revendre

2. LA PEAU DES SCRIBES

3. ARBRES, FEUILLES, BROUETTES ET RÂTEAUX
Contre les hybridations : le stemma
Herbiers et flores : le cas de Chiaro de Florence
La confusion de deux commentaires sur Job
Le commentaire attribuable à Richard de Mediavilla
Un stemma impossible

4. LES VOILES DE L’AUTEUR ET L’ENVOL DES SCRIBES
La certitude des témoins
La fulgurance du schéma : Bartolo de Sassoferrato
Les manuscrits autographes en scolastique
La main passe : Richard de Mediavilla

5. HAUTE COUTURE ET MISE EN PIÈCES
Du cousu main
Des copies en cours d’achèvement
Profession : scribe
La pecia
Démembrements : la cécité des relieurs
Interpolations
Mélanges

6. AUX MARGES DE LA COPIE
Les graphes des scribes
De la fiche au tableau : les aventures d’une chèvre
Une fiche en quête de tableau : les cartilages de Béhémoth
Les risques du tableau
Des maîtrises différentes du tableau
Le renoncement de Turin
Le cheval de Troyes
L’ordre trompeur de Todi
Le mélange de Florence
La cohérence de Padoue
Du tableau de scribe au tableau d’auteur
Aux interstices du temps

7. ÉCRITURES DES SCRIBES
Inadvertances : Nicole Oresme et la stéréoscopie du scribe
Les lapsus d’un scribe
Quand un scribe se rebiffe
Une substitution
Un scribe philologue
Un prisme du réel

CONCLUSION
LISTE DES FIGURES
LISTE DES MANUSCRITS ANALYSÉS

Informations pratiques :

Alain Boureau, Le Feu des manuscrits. Lecteurs et scribes des textes médiévaux, Paris, Les Belles Lettres, 2018. 192 pages, 42 Illustration(s) couleurs. 12 x 19 cm. ISBN : 9782251447940. Prix : 21 euros.

Source : Les Belles Lettres

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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