Colloque – Animal et animalité à l’époque romane

L’actualité nous amène souvent à regarder les choses à travers le filtre du passé et à revisiter l’histoire, à réinterroger les sources, et à renouveler le regard sur un sujet pas tout à fait nouveau. Il en va ainsi de l’histoire de l’animal.

En effet, des événements survenus au cours des dernières décennies comme l’épidémie de la vache folle, la disparition récemment constatée de nombreux animaux et la menace d’extinction de certaines espèces, dont l’impact risque d’être désastreux sur la biodiversité et sur l’existence de l’homme lui-même, ou encore l’évolution des mentalités et des comportements vis à vis des animaux, qui prennent en compte, par exemple, la souffrance animale, jusqu’au refus par certains de consommer de la viande ou tout produit d’origine animale, remettent périodiquement l’histoire de l’animal sous les feux de l’actualité.

De tous temps, l’animal a côtoyé l’homme, il fait partie de son environnement, il l’accompagne tout au long de sa vie. Et d’une certaine façon, étudier l’histoire de l’animal, permet d’envisager les rapports que l’homme établit avec lui, que ce soit sous sa forme vivante ou sous la forme de ses représentations mentales ou figurées.

Pour autant la période médiévale bénéficie d’un héritage ancien. À la Préhistoire, les animaux peuplent les parois des grottes, dans une ronde sans fin, objet sans doute de pratiques religieuses dont une grande partie nous échappe aujourd’hui. Dans l’Antiquité égyptienne, certains animaux sacralisés ont même fait l’objet d’un culte. Et dans la civilisation gréco-romaine, alors que la figure de l’homme domine, ce dont l’anthropomorphie de la divinité est le signe le plus visible, ils font partie intégrante de la mythologie, les dieux ne refusant pas à l’occasion de se transformer en animal pour jouer à l’homme un de ces tours dont ils avaient le secret.

Avec le christianisme, la présence animale et son rapport à l’homme s’enracinent dans la Genèse. Au Moyen Âge, l’animal est omniprésent, particulièrement à l’époque romane. Créature de Dieu, dont la création est intervenue les 4e et 5e jours et précède celle de l’homme, il n’en revêt une importance que plus grande. Mais lorsqu’Adam acquiert le pouvoir de nommer les animaux, l’homme exerce alors un pouvoir de domination sur lui. Aux XIe et XIIe siècles, accompagnant le paysan et le seigneur, le chasseur et le guerrier dans leurs occupations quotidiennes, il devient aussi le sujet d’un répertoire inépuisable d’images sculptées ou peintes couvrant les murs des églises et donnant lieu à toutes sortes d’interprétations dans lesquelles les artistes laissnt libre cours à leur imagination.

Du serpent de la Chute à la colombe du Déluge, de l’âne des Rameaux aux Quatre Vivants de l’Apocalypse, l’animal occupe une place qui dépasse très largement la simple sphère de la vie quotidienne et ne le relègue pas à de simples formes décoratives, ces « belles difformités » tant stigmatisées par saint Bernard comme objet de distraction, pour ne pas dire de délectation esthétique.
Si l’animal pose le problème de son rapport à l’homme, il pose aussi celui de sa place dans la société, dans la communauté, exprimée notamment dans une œuvre comme le Roman de Renart, un regard critique que l’homme porte sur lui-même à travers le filtre animal.

Enfin sous la plume des philosophes et des théologiens, l’animal devient aussi l’objet d’une réflexion théologique, qui fut initiée dès le début du Moyen Âge par les Pères de l’Église. À la différence de l’animal, l’homme est un être doté de la raison, responsable, pourvu d’une conscience. Du coup, l’être non humain est doté d’une pureté originelle.

« En réfléchissant sur l’animal, on se trouve donc au cœur de ce qu’il y a de plus incompréhensible dans le mystère chrétien : la souffrance de l’innocent ; nous voilà en présence d’une forme de souffrance encore plus mystérieuse que celle de l’homme pécheur (racheté par la souffrance du Christ innocent mort pour les fautes de celui-là). La souffrance d’un être pur et innocent – l’animal – nous oblige à projeter sur la bête, des lumières nouvelles. » (Jean Guitton)
Si donc on doit s’interroger sur la place de l’animal dans la vie quotidienne, la vie profane, comme la vie religieuse, l’analyse nous entraîne beaucoup plus loin dans les arcanes de la pensée, dans l’épaisseur des croyances de l’homme roman.

De nombreux axes pourront être envisagés :
L’animal : connaissance, classification
Les héritages
L’animal dans la Bible et l’exégèse
La dimension économique, l’animal comme ressource L’animal comme symbole
L’animal miroir de l’homme Animalité / humanité. Altérité L’animal comme signe L’animal comme lieu d’évasion

Colloque Issoire

Programme :

Vendredi 12 octobre
Dès 13h45

Accueil des participants
Allocution de Bertrand Barraud, Maire d’Issoire ou de Christian Karoutzos, conseiller municipal chargé de la culture et du patrimoine.

Introduction : Martine Jullian (Université Pierre Mendès-France Grenoble II)

L’animal au miroir de l’homme

15h Meyssa Bensaad (Université Paris VII Diderot) : Quelle influence d’al-Gâhiz (776-868) sur Abu Hayyân al-Tawhîdî (930-1023) dans le chapitre zoologique de son ouvrage Kitâb al-imtâ’ wa-l-mu’anasa ?
15h30 Jacqueline Leclercq-Marx (Université Libre de Bruxelles) : Des souris, des hommes (et des chats). À propos d’un petit animal qui a fait beaucoup fantasmer.
16h Discussion et pause

16h30 Anastasija Ropa (University of Latvia) : The horse as the mirror of man in romanesque writings (Le cheval comme le miroir de l’homme dans les écritures de l’époque romane).
17h Julien Muzard (Université Clermont Auvergne) : « Redevances à plumes et à poils ». Présence animale dans l’hagiographie et les cartulaires d’Auvergne (Xe – XIIe s.).
17h30 Discussion

Samedi 13 octobre

9h Accueil des participants

9h15 Nicolas Garnier (université Lyon 2) : Entre chien et lion: la fidélité à l’homme, apprivoisement ou désauvagement ?

Deuxième session : Ambiguïté et ambivalence de l’animal

9h45 Claire Gueyraud (Université de Poitiers) : Le chien à l’époque médiévale, ambiguïté et contestations autour d’une figure tenue pour exemplaire.
10h15 Discussion et pause

10h45 Raphaël Demès (Université de Bourgogne-Franche-Comté) : Entre renaissance et humilité. Réflexions sur la signification ambivalente du paon dans les décors monumentaux de San Pietro de Spolète et de San Clemente de Rome au XIIe siècle.
11h15 Anne-Sophie Traineau-Durozoy (Université de Poitiers) : Ambivalence et ambiguïté du ver du livre de Jonas.
11h45 Discussion

L’animal entre représentations et symbolique

14h45 Christian Geinsbeitel (Université de Bordeaux-Montaigne) et Estelle Chargé (Universités de Bordeaux-Montaigne et Toulouse-Jean Jaurès) : Entre image et ornement : l’animal et ses valeurs de représentation dans la sculpture romane en Aquitaine.
15h30 Discussion et pause

16h Angélique Ferrand (université de Bourgogne Franche-Comté) : Les figures animales du Zodiaque dans le décor ecclésial : mise en signes des rapports entre ciel et terre sur le portail de Sainte-Marie- Madeleine de Vézelay et sur le chevet de Saint-Austremoine d’Issoire.
16h30 Ombeline Fichant (EPHE/IRHT) : Penser le dragon à l’époque romane. Réinvention et succès d’une figure diabolique au tournant des XIe et XIIe siècles.
17h Discussion et pause

17h30 Danièle Alexandre-Bidon (EHESS) : Conclusions

18h Actualités de la recherche en Auvergne

Dimanche 14 octobre 2018
Excursion

(Inscription obligatoire par téléphone)

8h30 Rendez-vous devant le chevet de l’abbatiale Saint-Austremoine d’Issoire.

8h45 Le cycle zodiacal sculpté du chevet de l’abbatiale Saint-Austremoine.
Avec ses proportions harmonieuses et ses peintures polychromes du XIXe s., l’abbatiale d’Issoire possède un chevet décoré d’un cycle zodiacal complet. Ancien motif païen dédié au temps et aux saisons, le zodiaque est présent dès l’Antiquité avant d’être repris au Moyen Âge et réadapté à l’iconographie chrétienne.

Un 13e signe complète le cycle. Il représente un griffon prenant dans ses serres un âne ou un lièvre.

10h30 Chauriat : découverte des deux églises : l’ancienne église prieurale Saint- Julien et l’église Sainte-Marie.
12h30 Déjeuner au restaurant le Clos des Sens à Chauriat.

15h45 Découverte de l’église Saint-Nicolas de Nonette.

Classée M.H. en 1976, cette église était liée à un prieuré bénédictin dépendant de l’Abbaye de la Chaise- Dieu. Elle possède une nef et un porche du XIIe s. sculptés de figures animalières diverses.

À l’intérieur, un buste en marbre de Nonette, appelé le Beau Dieu, aurait été commandé par le duc Jean de Berry.

16h45 Découverte de l’église Notre-Dame de Mailhat.

Ancienne chapelle du prieuré clunisien de Sauxillanges, cette étonnante église de campagne de la fin du XIIe s. présente un riche programme sculpté.

Sur les piédroits du portail sud, des poissons, une femme aux seins mordus par des serpents cotoient des personnages accroupis. À l’intérieur, des anges, des hommes barbus s’accaparent les chapiteaux. À des atlantes répondent des sirènes à queue bifide ; une chouette engloutit une tortue.

17h30 Retour à Issoire place Altaroche.

L’ordre et les horaires de visite peuvent être sujets à modification
Nombre de places limité : réservation obligatoire avant le 28 septembre 2018

Informations pratiques :

12-13 octobre 2018
Issoire, Animatis – 2, rue Marcel Béraud
Entrée libre

Modalités d’inscription pour l’excursion :

Excursion « Animal et animalité à l’époque romane » Dimanche 14 octobre 2018
Tarif : 40 €/ personne comprenant le transport en autocar, le repas de midi et les visites accompagnées.

Inscription obligatoire par téléphone au 04 73 89 25 57

Après réservation par téléphone et réception du règlement, un courrier de confirmation d’inscription vous sera adressé accompagné des billets à présenter au départ de l’autocar.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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