Colloque – Résister à l’Inquisition (XIIIe-XVe siècles)

L’Inquisition fut, dès l’origine, une institution d’une redoutable efficacité dont le succès s’explique en partie par les techniques de contrainte et de coercition mises en œuvre par les inquisiteurs. Pourtant, dès les premiers temps de son existence, dans les années 1230, cette institution a suscité des réactions parfois très hostiles et violentes. Si la forme de la révolte populaire contre l’inquisiteur constitue certainement l’un des aspects les plus visibles et spectaculaires de cette hostilité – et constitue en quelque sorte la partie émergée de l’iceberg, de telles oppositions et résistances se sont en réalité manifestées selon des modalités très diverses et à l’initiative d’acteurs très variés entre les XIIIe et XVe siècle. C’est cette pluralité des formes d’opposition que nous proposons d’envisager à l’occasion de cette rencontre.

Le combat mené par l’Inquisition contre l’hérésie, voire la sorcellerie, ne s’est pas toujours déroulé sans la forte ingérence des ordinaires ou des pouvoirs locaux, qui visaient à limiter l’intervention des inquisiteurs pontificaux, en imposant leur nécessaire et active collaboration, ou à se substituer à eux voire, plus radicalement, à empêcher toute action répressive.

La résistance à la poursuite des hérétiques peut s’exprimer sous la forme de protestations relatives au droit d’instruire la cause, de détenir et juger les accusés ou d’exécuter la sentence capitale, sous l’argumentation d’une usurpation des droits de juridiction, d’une violation des coutumes ou des lois. Les procédures d’annulation des sentences prononcées peuvent également être mises en oeuvre, sous la pression de forts enjeux politiques (Jeanne d’Arc, Arras, etc.). Or les restrictions ainsi imposées, sans bloquer totalement les procédures, sont davantage l’occasion d’affirmer une souveraineté, notamment par un marquage symbolique (bûcher, gibet) des espaces d’autorité.

Dans d’autres cas, l’obstruction faite par les autorités locales s’avère plus forte. Que mettent alors en œuvre ces inquisiteurs entravés dans leurs velléités de répression pour les surmonter ? Qu’il s’agisse de lettres adressées à des autorités supérieures (princes, papes, etc.) pour solliciter un soutien, de la rédaction de traités dans lesquels ils justifient leur action et leurs prérogatives et organisent leur défense, ou du passage en force par une procédure inquisitoire en mode sommaire, les moyens, multiples, témoignent de la diversité des stratégies de défense.

Le cadre politique et juridictionnel dans lequel peut ou non se déployer l’activité des inquisiteurs doit donc impérativement être pris en compte, en particulier lorsqu’elle est liée à la construction de nouveaux États territoriaux. Il s’agit donc de saisir les enjeux que représente la poursuite d’un crime touchant au pouvoir suprême.

A travers des études de cas qui concernent autant les questions liées à l’hérésie qu’à la sorcellerie, dans une chronologie et une géographie larges, il s’agira ainsi de poser les jalons d’un tableau comparé des espaces de répression et de résistance – ou de modération – face à la poursuite des crimes qualifiés d’hérésie.

Résister à l'Inquisiiton

Programme :

Jeudi 8 novembre 2018

13h Accueil
13h30 Introduction, par Martine Ostorero et Sylvain Parent

L’INQUISITION EN QUESTION: ENTRE CONFLITS JURIDICTIONNELS, NEGOCIATION ET COLLABORATION

13h50 Riccardo Parmeggiani (Univ. Bologne), Forme di resistenza all’Inquisizione nei Comuni toscani del Duecento
14h20 Jörg Feuchter (Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften), Négocier plutôt que résister : les élites urbaines de Montauban devant l’inquisiteur Pierre Sellan (1236-1241)
14h50 Alan Friedlander (Southern Connecticut State University), Résister ou moucharder ?
15h20 Discussion
15h35 Pause

16h Alessia Trivellone (Univ. Montpellier), Résistances anti-inquisitoriales et hérésie à Milan : Pierre de Vérone, Rainier de Plaisance et les cathares
16h30 Simone Balossino (Univ. Avignon), « Volebant assidere in inquisitione ». Elites dirigeantes et Inquisition dans les villes du Midi de la France (1ère moitié du XIVe siècle)
17h Julien Théry (Univ. Lyon 2), La revanche de l’Inquisition languedocienne sous Jean XXII: condamnations, pénitences et réconciliations des opposants
17h30 Discussion

Vendredi 9 novembre 2018

9h Pavel Soukup (Académie tchèque des sciences), La lutte contre l’hérésie hussite : légitimités et mises en cause
9h30 Georg Modestin (Kantonsschule Freudenberg, Zurich), L’« affaire Gilles Meursault » à Tournai (1423). Un cas de résistance à l’inquisition ?
10h Discussion
10h15 Pause

LE CAS DE LA SORCELLERIE : (DE-)LIMITATION DU CHAMP DE COMPETENCE DE L’OFFICE D’INQUISITION

10h45 Franck Mercier (Univ. Rennes 2), Limiter l’hérésie ? Le « Tractatus de haeresi » d’Ambrogius de Vignate (vers 1468) : un discours de résistance face à l’inquisition et au sabbat des sorcières en Italie du Nord
11h15 Pau Castell Granados (Univ. Barcelone), Un seul crime et deux marteaux : le conflit entre juges laïcs et inquisiteurs visant le crime de sorcellerie diabolique en Catalogne
11h45 Pau Castell Granados, « Quiconque aidera l’inquisiteur Ulric de Torrenté sera excommunié ». Genèse de la répression inquisitoriale et évolution des stratégies de résistance des bourgeois dans le comté de Neuchâtel au XVe siècle
12h15 Discussion
12h30 Buffet

LES RESISTANCES A L’INQUISITION, ENTRE DROIT ET THEOLOGIE

14h Irene Bueno (Univ. Bologne), « Apostolico conspectui » : appel au pape et résistance à l’inquisition en France au XIVe siècle, entre tentatives de supervision et rivalités locales
14h30 Cédric Quertier (Univ. Paris I) et Sylvain Parent (ENS Lyon), Un inquisiteur en procès : Pietro dell’Aquila, entre abus de l’office et faillite des Acciaioli (Florence, 1346)
15h Sylvain Piron (EHESS Paris), Les justifications des Spirituels (1309-1415)
15h30 Discussion
15h45 Pause

16h15 Marina Benedetti (Univ. Milan), « Non solo roghi ». I processi di riabilitazione (XIV-XV secolo)
16h45 Sergi Grau Torras (Univ. autonome Barcelone), Qui sont les vaudois de la couronne d’Aragon ?
17h15 Discussion

Samedi 10 novembre 2018

LA DEFENSE DU MODE INQUISITOIRE ET DE L’OFFICE D’INQUISITION

9h Thomas Girard (ENS, Lyon), Sur le crime d’« entrave » à l’inquisition (XIIIe-XIVe siècles)
9h30 Kathrin Utz Tremp (Univ. Lausanne), La résistance contre l’inquisition naissante en France du Sud vu par un dominicain : la chronique de Guillaume Pelhisson († 1268)
10h Discussion
10h15 Pause

11h45 Sebastian Provvidente (Univ. Buenos Aires – CONICET), « Stylus iuridicus et inquisitio »: les procès universitaires au Concile de Constance (1414-1418)
12h15 Laurence Silvestre (Lycée Victor Duruy, Paris), La « Recollectio » de Jean Bréhal, un plaidoyer pour une autre inquisition
12h45 Discussion conclusive

Informations pratiques :

8-10 novembre 2018
Colloque international
Ecole normale supérieure de Lyon, site Descartes

Organisation : Martine Ostorero (Université de Lausanne) et Sylvain Parent (ENS de Lyon / CIHAM)

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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