Exposition – Reliquaire en chantier. La raison des gestes

18 mai 2019 au 5 janvier 2020
Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune

Exposition - Agaune

L’exposition « Reliquaire en chantier. La raison des gestes » présente les travaux de restauration en cours de la Grande châsse de saint Maurice, l’un des reliquaires les plus importants du trésor de l’Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune. Elle se concentre sur l’étude de la châsse, son état de conservation et les différentes phases de transformations qu’elle a subies. Face à un objet d’art, l’historien conduit un travail d’identification qui permet de le replacer dans son temps et son lieu de création, c’est- à-dire de le dater et de le localiser. Dans le cas de la Grande châsse, cette approche essentielle est singulièrement compromise car l’objet, stylistiquement hétérogène, n’offre pas de programme iconographique précis et présente un aspect composite qui révèle clairement des strates chronologiques distinctes. L’état « bricolé » du reliquaire et les diverses traces de réutilisation et de réparation que l’on peut observer ici et là, ont amené la plupart des auteurs à considérer qu’il avait été, sinon fabriqué du moins fortement transformé au XVIIe siècle, en réutilisant des fragments originaux de reliquaires médiévaux. Bien qu’il ait été récemment prouvé que cela n’est pas le cas, il reste néanmoins difficile d’approximer la date et le lieu de fabrication de cet objet composite en utilisant les instruments habituels de l’histoire de l’art, à savoir les comparaisons iconographiques et l’analyse stylistique, puisque les réponses proposées jusqu’ici restent peu satisfaisantes.

Cependant, nous avons opéré depuis quelques décennies un retour à l’artefact dans le sens d’un material turn (ou tournant matériel). A cet égard, les médiévistes s’efforcent plus particulièrement d’équilibrer les qualités haptiques (ou tactiles) et optiques de l’objet. Il s’agit là d’une amélioration épistémologique indéniable qui a permis non seulement des (re)découvertes et des réattributions précieuses, mais aussi de restituer avec profit la matérialité et l’agentivité dans le discours historien. Ce « tournant » exige une meilleure intégration des contributions spécifiques des chercheurs des sciences de la conservation et celles des sciences historiques. Dans le cas présent, les acteurs impliqués ont précisément établi ce protocole dès l’entame des travaux, qui devraient constituer à terme l’analyse matérielle la plus complète de l’objet. L’exposition, qui court jusqu’au 5 janvier 2020, en présente les résultats intermédiaires.

Pour de plus amples informations (visite guidée de l’exposition, visite de l’atelier de restauration, rencontre avec les chercheurs, …) : conservateur-tresor@stmaurice.ch

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
Cet article a été publié dans Exposition. Ajoutez ce permalien à vos favoris.