Appel à contribution – Héritages culturels européens. L’Europe comme héritage conflictuel, intellectuel et symbolique

Appel à communication
IIIe journée des jeunes chercheurs du Centre de recherche en histoire européenne comparée Université Paris-Est Créteil

Les contextes récents des élections européennes et de la montée des nationalismes nous rappellent que la définition culturelle de l’Europe continue de se poser avec acuité, interrogeant les limites des héritages partagés. L’idée d’Europe ne va pas de soi, elle se construit sur des héritages fragiles, fantasmés ou encore remodelés. Cette construction de l’Europe est un phénomène qui varient selon les acteurs, les espaces et le temps. Cette journée d’études cherche à se concentrer sur trois aspects fondamentaux d’une idée de l’Europe qui se charge de symbolique au cours de son histoire : sur l’héritage intellectuel des philosophes, penseurs et actuels essentiels de la définition de l’héritage européen, sur l’héritage symbolique d’une Europe incarnée par des représentations mythologiques, linguistiques ou encore iconographiques. Enfin, sera abordée la question de l’héritage conflictuel d’une Europe construite par ses résistances internes et ses frontières, que celles-ci soient physiques, sociales ou culturelles.

Quand l’auteur chrétien anonyme de la Chronique mozarabe utilise le substantif « Européens » pour nommer les soldats francs ayant repoussé les troupes omeyyades en 732, il cherche à désigner un groupe hétéroclite encore indistinct, défini principalement par son altérité par rapport aux troupes musulmanes. Le choix de se rattacher à un vocable géographique alors neutre est révélateur de la difficulté de définir un socle culturel commun, qui ne se distingue alors que dans le rapport à l’altérité. Une première définition est avancée au Moyen Âge, celle d’une Europe se confondant avec la Chrétienté, unie par l’héritage judéo-chrétien et les racines gréco-latines. Cette idée, avancée entre autres par le pape Pie II dans son traité De Europa (1458), se construit surtout encore en opposition avec une menace extérieure, la puissance ottomane. Mais l’idée d’Europe ne va pas de soi : elle se construit aussi sur des héritages fragiles, fantasmés, remodelés. L’Empire romain, fréquemment invoqué comme socle culturel commun des Européens, allait bien au-delà de la Méditerranée, s’étant largement implanté en Asie et en Afrique, tout en ne recouvrant pas une grande partie de l’Europe actuelle. Face au choix du latin comme langue commune des intellectuels de l’Occident médiéval, le grec demeure la lingua franca d’une partie de l’Est de l’Europe. D’autres langues, comme par exemple l’arabe à partir du VIIe siècle, jouent un rôle important dans les échanges culturels européens.

La construction symbolique, intellectuelle et mémorielle de l’Europe est donc un phénomène qui peut varier selon les acteurs, les espaces et le temps. Nombre de moments historiques qui sont présentés comme un héritage partagé des Européens peuvent ainsi être questionnés : les Croisades, la Renaissance, les Lumières ou encore la colonisation ne formeraient plus blocs, mais seraient interprétés selon les circonstances, que ce soit dans le passé ou dans le présent. L’administration, la diplomatie, la politique ou encore la culture font lien comme ils peuvent opposer. Jusqu’où cet héritage politique, culturel et religieux est-il aujourd’hui partagé ? Quels conflits, mémoriels et symboliques, se jouent autour de l’idée d’Europe ?

L’idée d’Europe se charge donc de symbolique et explore son passé, à la recherche de racines réelles, construites ou fantasmées. Encore aujourd’hui, dans le contexte des élections et de la montée des nationalismes, la définition culturelle de l’Europe et de ses héritages continue de se poser avec acuité, interrogeant sur les limites de cet héritage partagé.

Cette journée d’études cherche à se concentrer sur trois aspects fondamentaux :

  • un héritage intellectuel : les intellectuels et les philosophes, depuis le Moyen Âge, sont des acteurs essentiels de la construction d’un héritage européen au travers de leurs discours, de leurs parcours personnels ou encore de leurs choix politiques, n’hésitant pas à relire le passé, en particulier antique, à l’aune de leurs ambitions et sensibilités.
  • un héritage symbolique : l’idée d’Europe s’incarne à travers des représentations dans la mythologie, la littérature, l’iconographie ou encore l’architecture. Programme idéologique assumé ou résultante accidentelle de trajectoires personnelles, la représentation apparaît comme un domaine fécond de la construction de l’Europe.
  • un héritage conflictuel : une Europe construite par ses frontières et ses résistances internes, que celles-ci soient militaires ou plus individuelles.

L’idée européenne est faite également de personnes et d’institutions qui n’ont pas voulu s’identifier à cet héritage, qui revendiquent un parcours différent et ont pu se sentir opprimées par des idées qui n’étaient pas les leurs.

Ces différents axes n’ont pas vocation à couvrir tout le champ des réflexions sur ce qu’est l’Europe aujourd’hui, mais bien à offrir matières à réflexion sur la notion d’héritage. Cette journée d’étude se place au cœur des problématiques abordées par le Centre de Recherche en Histoire Européenne Comparée (CRHEC), laboratoire d’Histoire rattaché à l’Université de Paris-Est Créteil. Elle a pour objectif de présenter les travaux de jeunes chercheuses et chercheurs en Histoire. Proposée par les doctorantes et les doctorants du CRHEC, elle est également ouverte aux jeunes chercheurs ayant récemment achevé et/ou soutenu leur thèse.

Les propositions de communications peuvent être envoyées jusqu’au 20 octobre à l’adresse suivante : journeedoctorantcrhec@gmail.com.

Les réponses seront connues au début du mois novembre et la journée se déroulera le 6 décembre. Les résumés sans titres ne doivent pas dépasser 1000 caractères (espaces compris) et doivent être accompagnés d’une courte présentation de l’auteur et d’une bibliographie de quelques titres. Les communications ne doivent pas excéder une vingtaine de minutes.

A propos RMBLF

Réseau des médiévistes belges de langue française
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